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**L’Algérie au miroir brisé de ses actualités**
Cette revue de presse n’est pas un inventaire, mais une radiographie. Nous y chercherons les fils rouges qui relient la condamnation de Kamel Daoud à l’effondrement des réseaux d’assainissement de Blida, la réécriture de l’histoire nassérienne aux accidents de la route pendant le Ramadan, ou encore la modernisation des aéroports à l’omerta sur les promoteurs immobiliers véreux. Car l’Algérie, comme toute nation en transition, est un laboratoire où se jouent, en accéléré, les contradictions du capitalisme périphérique, de l’autoritarisme postcolonial et de la mondialisation asymétrique.
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**1. La Rente, ou l’Éternel Retour du Même**
Pourtant, le vrai scandale n’est pas dans les chiffres, mais dans leur répartition. Les 4,3 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures – un record historique – proviennent en grande partie de secteurs informels ou semi-légaux (médicaments, matériaux de construction, produits agricoles), où les marges bénéficient davantage à des réseaux clientélistes qu’à une bourgeoisie productive. La Bourse d’Alger, elle, reste un désert institutionnel : les petits porteurs marocains, eux, commencent à peser, tandis qu’en Algérie, le marché financier est verrouillé par une poignée d’acteurs liés au pouvoir. La modernisation promise depuis des décennies se heurte à un mur : celui de la défiance envers tout mécanisme susceptible de redistribuer le pouvoir économique.
Fils rouges :
– Logement : Les promoteurs immobiliers privés, dénoncés pour leur « jeu trouble » à Bordj El Bahri, sont souvent les mêmes qui bénéficient de contrats publics sans transparence. Leur enrichissement repose sur la spéculation foncière, elle-même alimentée par la rente pétrolière qui permet à l’État de subventionner des projets pharaoniques… et de fermer les yeux sur les malversations.
– Histoire : La réhabilitation de Nasser par les archives algériennes n’est pas anodine. Elle rappelle que l’Algérie, comme l’Égypte des années 1960, a bâti son indépendance sur un nationalisme économique qui a fini par se muer en capitalisme d’État. La différence ? L’Algérie n’a jamais vraiment rompu avec ce modèle, même après les privatisations des années 1990.
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**2. Le Corps Social sous Pression : Eau, Santé, Transport**
Le transport, lui, est un champ de ruines. Les 70 morts et 2 570 blessés en 14 jours de Ramadan ne sont pas une fatalité, mais le résultat d’une politique du laisser-faire : routes défoncées, véhicules vétustes, corruption des contrôles techniques. Pourtant, l’État investit massivement… dans les aéroports. Celui d’Alger se modernise, avec des « nouveautés qui vont changer l’expérience de voyage ». Pour qui ? Pour les 5 % d’Algériens qui prennent l’avion, tandis que les autres crèvent dans les bus surchargés ou les taxis clandestins.
Contradictions :
– Littérature : Kamel Daoud, condamné à trois ans de prison pour Houris, est le symptôme d’un pouvoir qui craint les mots plus que les routes défoncées. L’écrivain, qui dénonce dans son roman les hypocrisies de la société algérienne, est puni pour « atteinte aux valeurs nationales ». Pendant ce temps, les promoteurs immobiliers qui spéculent sur le logement social ou les médecins qui détournent des fonds publics jouissent d’une impunité totale.
– Athlètes : La Fiba-Afrique veut construire une académie de basket à Abidjan, tandis que les talents algériens s’exilent. Le sport, comme la culture, est un miroir de l’échec des politiques publiques : on préfère exporter les champions plutôt que de leur offrir des infrastructures dignes.
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**3. La Mémoire et le Futur : Histoire, Littérature, Jeunesse**
La littérature, elle, paie le prix de cette contestation. Kamel Daoud, condamné pour Houris, incarne la peur du pouvoir face à une écriture qui dérange. Son procès est politique : on lui reproche moins son roman que son statut de figure médiatique, capable de fédérer une jeunesse en quête de repères. Boualem Sansal, lui, reçoit le Renaudot en France – une consécration qui sonne comme une condamnation pour les autorités algériennes, qui le considèrent comme un « traître ».
Dynamiques profondes :
– Commerce : Les 4,3 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures sont en partie portés par une jeunesse entreprenante, qui contourne les lourdeurs administratives via le e-commerce et les réseaux informels. Mais cette économie parallèle, si elle crée des emplois, ne résout pas la question centrale : celle d’un État qui, faute de réformes structurelles, étouffe l’initiative privée.
– Logement : Les promoteurs véreux de Bordj El Bahri prospèrent parce que l’État a abandonné son rôle de régulateur. Résultat : des logements sociaux construits à la va-vite, des prix exorbitants, et une jeunesse condamnée à vivre chez ses parents jusqu’à 30 ans.
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**4. La Jeunesse Algérienne : Entre Exil et Résilience**
Mais ces échappatoires ont leurs limites. Sans réformes profondes, l’Algérie risque de devenir un pays de « jeunes vieux » – une société où les moins de 30 ans, majoritaires, sont condamnés à une précarité permanente, tandis que les plus de 60 ans, minoritaires, monopolisent le pouvoir et les richesses.
Scénarios possibles :
1. L’implosion douce : L’État continue à acheter la paix sociale via les subventions (logement, carburant, nourriture), mais le système finit par s’effondrer sous le poids de la dette et de la corruption. Les émeutes de 2019 se reproduisent, plus violentes.
2. La transition contrôlée : Une partie de l’élite au pouvoir comprend que le statu quo est intenable et engage des réformes a minima (ouverture économique, assouplissement des libertés). Mais ces changements sont trop lents pour éviter une fuite des cerveaux massive.
3. Le coup de force : Face à la pression de la rue, l’armée ou un clan du FLN impose un régime plus autoritaire, avec une répression accrue des opposants et une fermeture des frontières. Ce scénario, déjà expérimenté dans les années 1990, serait un désastre humanitaire.
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**Synthèse Prospective : L’Algérie à la Croisée des Chemins**
Trois scénarios pour l’avenir :
1. Le scénario « Turquie des années 2000 » : Une ouverture économique progressive, couplée à un autoritarisme modéré. L’Algérie attirerait des investissements étrangers (notamment dans les énergies renouvelables) et deviendrait un hub régional, mais au prix d’une restriction des libertés. Ce scénario suppose une classe dirigeante capable de réformes, ce qui est loin d’être acquis.
2. Le scénario « Venezuela » : L’effondrement du prix du pétrole (ou une crise géopolitique) précipite une crise économique et sociale. L’État, incapable de payer ses fonctionnaires