En 2025, l’Algérie est devenue le premier fournisseur d’électricité de la Tunisie, couvrant 10% de ses besoins énergétiques nationaux. Cette décision historique, annoncée par le ministre tunisien de l’Énergie, des Mines et de la Transition énergétique, Mongi Marzouk, s’inscrit dans le cadre d’un renforcement des échanges transfrontaliers et d’une stratégie de solidarité énergétique maghrébine. Pour les entrepreneurs algériens, cette nouvelle donne ouvre des opportunités économiques inédites dans le secteur de l’énergie, mais aussi des défis logistiques et réglementaires à anticiper.
Une interdépendance énergétique renforcée
La Tunisie, confrontée à une aggravation de son déficit commercial énergétique ces dernières années, a accéléré ses recherches de solutions alternatives. Selon les données du ministère tunisien de l’Énergie, le pays importe actuellement près de 70% de ses besoins en électricité, principalement depuis l’Italie via des câbles sous-marins. L’inclusion de l’Algérie dans ce mix énergétique réduit la dépendance de Tunis vis-à-vis des importations européennes et renforce la résilience du réseau tunisien.
Côté algérien, cette exportation s’appuie sur des infrastructures existantes mais sous-utilisées. La Société nationale de l’électricité et du gaz (SONELGAZ) exploite depuis plusieurs années des interconnexions électriques avec la Tunisie, notamment via la ligne de 225 kV entre Tebessa et El-Kef. Cependant, la capacité actuelle de transit ne dépassait pas 5% des besoins tunisiens avant 2024. L’augmentation récente de cette capacité à 10% a nécessité des investissements conjoints dans les postes de transformation et les lignes de transmission, avec un coût estimé à plus de 50 millions de dollars financés à parts égales par les deux pays.
Opportunités pour les entrepreneurs algériens
Pour les entreprises algériennes spécialisées dans les énergies renouvelables ou les infrastructures électriques, cette coopération offre plusieurs leviers de croissance. Les bureaux d’études algérois pourraient être sollicités pour optimiser le réseau tunisien, tandis que les fabricants de câbles et d’équipements électriques pourraient exporter vers leur voisin. En 2024, le groupe public algérien Sonatrach a déjà signé un protocole d’accord avec la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) pour moderniser les infrastructures gazières transfrontalières, un secteur où les PME algériennes pourraient intervenir en tant que sous-traitants.
Les entrepreneurs algériens du numérique pourraient aussi tirer parti de ce rapprochement. La digitalisation des réseaux électriques est un enjeu majeur pour les deux pays, avec un besoin pressant de systèmes de gestion intelligente (smart grids). En 2025, le gouvernement algérien a lancé un fonds de 200 millions de dollars dédié aux startups dans les technologies vertes, dont une partie est accessible aux projets transfrontaliers.
Risques et contraintes logistiques
Cette interdépendance énergétique n’est pas sans risques pour les entrepreneurs algériens. La contrebande de carburants entre les deux pays, qui grève les recettes fiscales des deux États, pourrait s’étendre aux échanges électriques si des mécanismes de contrôle ne sont pas renforcés. En avril 2026, les autorités algériennes ont saisi plus de 11 quintaux de cannabis à la frontière, révélant les failles du système de surveillance transfrontalière. Pour les entreprises, cela signifie des délais de livraison plus longs et des coûts logistiques accrus.
Un autre défi réside dans la stabilité des prix. L’électricité exportée par l’Algérie est actuellement tarifée à environ 0,04 dollar par kWh, un prix inférieur aux tarifs locaux tunisiens (0,12 dollar/kWh). Cette différence pourrait créer des tensions chez les industriels tunisiens, notamment dans les secteurs énergivores comme la chimie ou la sidérurgie. Les entrepreneurs algériens devront donc surveiller l’évolution des accords commerciaux pour adapter leurs stratégies.
Le gaz tunisien comme complément stratégique
Parallèlement à l’électricité, le gaz naturel pourrait devenir un deuxième pilier de la coopération. La Tunisie dispose de réserves offshore limitées, mais son terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) de Skhira pourrait servir de hub de réexportation pour l’Algérie. En 2025, Sonatrach et la STEG ont signé un mémorandum pour étudier la construction d’un gazoduc reliant les champs algériens du bassin de Berkine aux infrastructures tunisiennes. Pour les entrepreneurs, cela ouvre des perspectives dans les services d’ingénierie, les équipements de compression et les solutions de stockage.
Les startups algériennes pourraient aussi se positionner sur le marché tunisien des énergies renouvelables. La Tunisie vise 30% d’électricité verte d’ici 2030, avec un appel d’offres récent pour 1,5 GW de projets solaires et éoliens. Des entreprises comme la startup algérienne Ineratec, spécialisée dans les solutions solaires décentralisées, pourraient exporter leur savoir-faire via des partenariats locaux.
Un modèle pour l'intégration maghrébine ?
Les échanges énergétiques entre l’Algérie et la Tunisie pourraient servir de catalyseur pour une intégration économique plus large au Maghreb. En 2025, les deux pays ont relancé les discussions sur la création d’une zone de libre-échange, suspendues depuis 2008. Pour les entrepreneurs, cela signifie une simplification des procédures douanières et une harmonisation des normes, facilitant les investissements transfrontaliers.
Cependant, les obstacles politiques persistent. Le dossier du Sahara occidental reste un point de blocage, comme en témoigne la récente déclaration d’Abdelmadjid Tebboune sur le soutien algérien à une médiation internationale. Les entrepreneurs devront composer avec cette instabilité géopolitique, qui pourrait ralentir la mise en œuvre des projets conjoints.
À retenir pour les entrepreneurs:
La coopération énergétique algéro-tunisienne offre des opportunités dans les infrastructures, les énergies renouvelables et le numérique. Les entrepreneurs doivent surveiller les appels d’offres tunisiens et anticiper les risques logistiques liés aux frontières. Les secteurs du gaz et des smart grids sont particulièrement porteurs pour les projets transfrontaliers.
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