Cette semaine, la Société nationale de l’électricité et du gaz (SONELGAZ) et son homologue tunisienne, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG), ont franchi une étape décisive dans leur coopération énergétique régionale. Les deux entreprises publiques ont annoncé le lancement officiel du projet d’interconnexion électrique tripartite Algérie-Tunisie-Libye, une infrastructure stratégique qui vise à renforcer la stabilité des réseaux et à optimiser les échanges d’énergie entre les trois pays.
D’après les déclarations rapportées par Espacemanager, ce projet prévoit la construction d’une ligne à haute tension de 400 kV reliant les réseaux électriques algérien, tunisien et libyen. La première phase des travaux, qui concernera l’interconnexion entre l’Algérie et la Tunisie, devrait débuter d’ici la fin de l’année 2026. La STEG a précisé que cette infrastructure permettra d’augmenter la capacité d’échange entre les deux pays de 500 MW à 1 200 MW, soit plus du double de la capacité actuelle.
Un projet aux enjeux économiques et géopolitiques
Du côté tunisien, les autorités misent sur cette interconnexion pour sécuriser l’approvisionnement électrique du pays, confronté à des pénuries récurrentes ces dernières années. Le ministre tunisien de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Fatma Thabet Chiboub, a souligné lors d’une récente intervention que ce projet permettrait de « réduire la dépendance aux énergies fossiles et d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables ». La Tunisie, qui importe environ 10 % de ses besoins en électricité de l’Algérie, pourrait ainsi mieux gérer les pics de consommation, notamment pendant les périodes estivales.
Des défis techniques et sécuritaires
La question de la sécurité est également un enjeu majeur. La Libye, en proie à des divisions politiques et à une instabilité chronique, représente un risque pour la pérennité du projet. Les autorités algériennes et tunisiennes ont toutefois assuré que des mécanismes de protection des infrastructures seraient mis en place, en collaboration avec les acteurs locaux. Selon El Khabar, des discussions sont en cours avec des entreprises spécialisées dans la sécurisation des réseaux électriques pour prévenir les actes de sabotage ou les cyberattaques.
Une coopération énergétique en expansion
La STEG a également annoncé son intention de participer au développement des parcs solaires algériens, dans le cadre d’un partenariat public-privé. Ces initiatives s’inscrivent dans la stratégie algérienne de diversification de son mix énergétique, qui vise à porter la part des énergies renouvelables à 30 % d’ici 2030.
Réactions et perspectives
Sur le plan politique, ce projet renforce les relations bilatérales entre Alger et Tunis, qui ont connu des tensions ces dernières années en raison de divergences sur la question libyenne et la gestion des frontières. Le président tunisien, Kaïs Saïed, a récemment souligné l’importance de la « solidarité maghrébine » pour faire face aux défis communs, une position partagée par le président algérien, Abdelmadjid Tebboune.
Un modèle pour l'intégration régionale
Pour l’Algérie, ce projet s’inscrit dans une vision plus large de développement des infrastructures énergétiques, qui inclut également des projets d’interconnexion avec l’Europe via des câbles sous-marins. SONELGAZ a déjà engagé des discussions avec des partenaires européens pour exporter de l’électricité verte, une perspective qui pourrait positionner l’Algérie comme un acteur clé de la transition énergétique en Méditerranée.
En attendant, les premiers travaux de l’interconnexion électrique Algérie-Tunisie-Libye devraient débuter dans les prochains mois, marquant une nouvelle étape dans la coopération énergétique maghrébine.