Revue de presse : Algérie Afrique subsaharienne, Sites historiques Algérie, Finance islamique Algérie…

**L’Algérie, miroir brisé d’une modernité en tension**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unificateur. L’Algérie avance par à-coups, comme si chaque secteur évoluait dans une temporalité propre, sans que le pouvoir central ne parvienne – ou ne veuille – articuler ces dynamiques en un projet cohérent. Pourtant, des fils rouges émergent : la question de l’autonomie (culturelle, économique, territoriale), la gestion autoritaire des marges, et cette obsession récurrente pour une « modernité » qui serait à la fois islamique, africaine et méditerranéenne, sans jamais trancher entre ces identités.

**1. L’école, laboratoire des inégalités et de la résistance kabyle**

Cette performance kabyle n’est pas qu’un fait statistique : elle révèle une Algérie à deux vitesses, où les régions périphériques, loin de se soumettre, développent des contre-modèles éducatifs. Le pouvoir central, conscient du danger, tente de reprendre la main – en 2023, une circulaire a interdit les « initiatives pédagogiques non agréées » dans les wilayas contestataires. Mais le mal est fait : l’école algérienne, conçue comme un outil d’unification nationale, est devenue le théâtre d’une guerre larvée entre centralisation et autonomie. Et si la Kabylie montrait la voie ? Une éducation décentralisée, plurilingue, et connectée aux enjeux contemporains (numérique, écologie) pourrait bien être le futur de l’Algérie… à condition que l’État accepte de lâcher prise.

**2. Mémoire coloniale : la guerre des noms et des récits**

Les sites historiques algériens – Tipasa, Djemila, Timgad – sont à la fois des joyaux touristiques et des symboles d’une identité nationale en construction. Pourtant, leur mise en valeur bute sur un paradoxe : comment célébrer un patrimoine précolonial (berbère, romain, islamique) sans tomber dans le piège d’une histoire officielle qui efface les strates les plus subversives ? La réponse du pouvoir est double : d’un côté, une muséographie aseptisée (comme au Musée du Bardo, où la guerre d’indépendance est réduite à quelques vitrines) ; de l’autre, une instrumentalisation politique de l’histoire, comme en témoignent les récentes polémiques sur la « réhabilitation » de figures controversées du FLN.

Cette schizophrénie mémorielle se retrouve dans le cinéma algérien, où la censure frappe sans discernement. La fermeture des Éditions Frantz Fanon – symbole s’il en est de la pensée décoloniale – en dit long sur la peur des autorités face à toute réinterprétation critique du passé. Comme si l’Algérie, 60 ans après l’indépendance, craignait encore que sa jeunesse ne découvre les zones d’ombre de la révolution. Pourtant, c’est précisément cette confrontation avec l’histoire qui manque cruellement : une Algérie adulte serait celle qui assume ses contradictions, au lieu de les enterrer sous des couches de propagande.

**3. Finance islamique : l’illusion d’une économie "halal"**

Le paradoxe est saisissant : l’Algérie, qui se présente comme un champion de la souveraineté économique, adopte un modèle financier importé (la finance islamique est née en Malaisie dans les années 1960) pour résoudre un problème structurel – l’informel, qui représenterait 30 à 40 % du PIB. Mais cette solution est-elle viable ? La finance islamique algérienne reste largement contrôlée par l’État, via des banques publiques, ce qui limite son potentiel innovant. Pire : elle risque de créer une économie à deux vitesses, où les entrepreneurs « halal » bénéficient de circuits privilégiés, tandis que les autres restent cantonnés à l’informel.

Surtout, cette stratégie évite soigneusement la question centrale : pourquoi l’Algérie, riche en ressources, n’arrive-t-elle pas à diversifier son économie ? La réponse tient en un mot : clientélisme. La finance islamique, comme les zones franches ou les partenariats avec la Chine, n’est qu’un pansement sur une économie gangrenée par la corruption et le manque de transparence. Le vrai défi serait de libérer les énergies locales – comme le font, malgré tout, les entrepreneurs kabyles ou les start-ups numériques – au lieu de les enfermer dans des carcans religieux ou bureaucratiques.

**4. Numérique et inclusion : la fracture invisible**

Le numérique algérien est un cas d’école de développement inégal. D’un côté, des pôles d’excellence comme l’École nationale supérieure d’informatique (ESI) ou des incubateurs comme 1337 (inspiré du modèle marocain) forment une élite technologique. De l’autre, 60 % des Algériens n’ont pas accès à un internet de qualité, et les zones rurales restent des déserts numériques. Cette dichotomie reflète une stratégie schizophrène : l’État investit dans des infrastructures high-tech (comme le data center de Sidi Abdallah) tout en maintenant un contrôle strict sur les contenus (blocage de sites, surveillance des réseaux sociaux).

Le plus inquiétant ? Cette fracture numérique aggrave les autres inégalités. Les jeunes des grandes villes (Alger, Oran, Constantine) peuvent se former aux métiers du digital, tandis que ceux des wilayas défavorisées (comme Tamanrasset ou Tindouf) sont condamnés à l’exode ou au chômage. L’inclusion financière, souvent présentée comme une solution, n’est qu’un leurre tant que l’accès aux outils numériques reste inégal. L’Algérie a les moyens de devenir un leader africain du numérique… à condition de cesser de traiter le digital comme un gadget pour élites.

**5. Environnement : l’Afrique en première ligne, l’Algérie en retrait**

Pourtant, l’Algérie a tout pour devenir un acteur clé de la transition écologique : un ensoleillement exceptionnel (potentiel solaire parmi les plus élevés au monde), des ressources en gaz (pour une transition progressive), et une jeunesse sensible aux enjeux climatiques. Mais le pouvoir, obsédé par la stabilité à court terme, préfère subventionner les énergies fossiles (le gaz représente 95 % des exportations) plutôt que d’investir dans les renouvelables.

Cette cécité écologique est d’autant plus paradoxale que les Algériens, eux, innovent malgré l’État. Des projets citoyens émergent, comme les fermes solaires communautaires dans le Hoggar ou les initiatives de reboisement dans les Aurès. Mais ces expériences restent marginales, faute de soutien institutionnel. L’Algérie pourrait être un laboratoire de résilience climatique… si elle acceptait de sortir de sa logique rentière.

**6. Justice et genre : le Code de la famille, symbole d’un pays bloqué**

Cette inertie judiciaire est symptomatique d’une Algérie où la loi sert moins à protéger les citoyens qu’à maintenir l’ordre social. Les violences faites aux femmes ? Elles sont minimisées, voire niées. La corruption ? Elle est combattue par des procès

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