Revue de presse : Algérie Afrique subsaharienne, Entrepreneuriat Algérie, Made in Algeria…

**L’Algérie, miroir brisé d’un monde en recomposition**

L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où s’entrelacent les strates d’un passé glorieux, les fractures d’un présent incertain et les promesses d’un avenir encore indécis. Les actualités de ces dernières semaines dessinent une carte mouvante, où chaque domaine – de la géopolitique sahélienne à l’archéologie, en passant par l’énergie et le sport – révèle une société tiraillée entre souveraineté et dépendance, entre fierté nationale et réalisme économique, entre mémoire et modernité. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de linéarité : l’Algérie avance par à-coups, comme un navire dont la voile se gonfle tantôt sous les vents de l’opportunité, tantôt sous les tempêtes des contradictions internes.

Pour comprendre cette complexité, il faut accepter une vérité dérangeante : l’Algérie n’est ni un bloc monolithique ni un simple terrain de jeu pour les puissances étrangères. Elle est un système – au sens où l’entendait Frédéric Lordon –, c’est-à-dire un ensemble de forces en tension permanente, où les dynamiques économiques, politiques et culturelles s’entrechoquent sans jamais s’annuler. Et c’est précisément dans ces interstices que se niche la clé de son avenir.

**Géopolitique : l’Algérie, puissance sahélienne malgré elle ?**

Le chaos malien, les accusations de Jeremy H. Keenan sur le rôle trouble d’Alger dans le terrorisme régional, et la menace d’un scénario syrien aux portes de Bamako ne sont pas de simples nouvelles exotiques. Ils révèlent une réalité plus profonde : l’Algérie est devenue, malgré elle, un acteur incontournable du Sahel, mais sans en maîtriser pleinement les règles.

La fermeture des frontières avec le Mali et le Niger, les manœuvres militaires le long de la bande sahélo-saharienne, et les discours officiels sur la « stabilité régionale » trahissent une angoisse existentielle. Alger craint deux choses : d’une part, une contagion djihadiste qui transformerait le Sud en zone grise incontrôlable ; d’autre part, une marginalisation diplomatique au profit du Maroc, dont l’influence grandissante au Sahel (via le soutien aux juntes militaires et les accords sécuritaires) menace directement ses intérêts. Dans ce jeu, l’Algérie joue la carte de la realpolitik : elle arme discrètement certains groupes touaregs, tout en affichant une neutralité de façade. Mais cette stratégie a un coût – celui de l’isolement.

Car si Alger peut « tirer son épingle du jeu » au Mali, comme le suggère l’analyse, c’est au prix d’un paradoxe : plus elle s’implique dans les affaires sahéliennes, plus elle s’expose aux accusations de double jeu. Les Émirats, alliés du Maroc, ont d’ailleurs répondu avec virulence aux critiques algériennes, illustrant l’escalade des tensions dans un arc de crise qui va de Tripoli à Niamey. L’Algérie est-elle condamnée à devenir le gendarme du Sahel ? Ou peut-elle, au contraire, transformer cette position inconfortable en levier diplomatique ? La réponse dépendra de sa capacité à articuler sécurité et développement – deux termes qui, en Algérie, riment trop souvent avec répression et clientélisme.

**Économie : le made in Algeria entre fierté et fragilité**

L’entrepreneuriat algérien offre un contraste saisissant. D’un côté, la mort de Lounis Hamitouche, fondateur de la laiterie Soummam, rappelle que l’Algérie a bâti des empires industriels sans le soutien de l’État – ou malgré lui. De l’autre, l’exemple de Youssef Omaïs, ce « roi du bouillon cube » sénégalais d’origine algérienne, interroge : pourquoi les entrepreneurs algériens réussissent-ils mieux à l’étranger qu’au pays ?

La réponse tient en un mot : l’environnement des affaires. Les niches porteuses identifiées par Le Courrier (agroalimentaire, énergies renouvelables, numérique) sont autant de secteurs où l’Algérie dispose d’atouts naturels. Pourtant, ces succès restent marginaux, étouffés par une bureaucratie kafkaïenne, une corruption endémique et une méfiance chronique envers le secteur privé. Le cas de la laiterie Soummam est emblématique : une entreprise familiale devenue un géant régional, mais dont la pérennité est menacée par l’absence de transmission générationnelle – un problème récurrent en Algérie, où les dynasties économiques peinent à se renouveler.

Le tourisme, lui, illustre une autre contradiction. L’Algérie est « délaissée par les tour-opérateurs » sous prétexte qu’elle serait la « matrice d’AQMI », alors même qu’elle s’invite timidement dans le panorama touristique arabe. Cette dissonance cognitive révèle un pays schizophrène : d’un côté, une volonté affichée de diversifier son économie ; de l’autre, une incapacité à vendre son image autrement que par le prisme de la sécurité. Les « châteaux perdus des Ksour » décrits dans le carnet de voyage ne suffiront pas à attirer les visiteurs tant que l’Algérie n’aura pas réglé son rapport à l’histoire – et à sa propre mémoire tourmentée.

**Énergie : le gaz, arme géopolitique ou boulet économique ?**

L’Algérie exporte 90% de son gaz vers l’Europe, et les partenariats avec l’UE (comme le projet Taqathy+) semblent sceller une alliance énergétique durable. Pourtant, cette dépendance européenne est un piège à double tranchant.

D’un côté, l’Algérie profite de la crise ukrainienne pour se repositionner comme un fournisseur fiable, au moment où la Russie perd des parts de marché. De l’autre, elle reste prisonnière d’un modèle économique rentier, où les hydrocarbures représentent encore 90% des exportations. Le solaire, malgré les annonces grandiloquentes, peine à décoller : le Sahara n’est pas la « centrale géante » qu’on imagine, en raison des coûts logistiques, de la corruption et du manque d’investissements structurants. TotalEnergies, présent depuis un siècle, reste un acteur clé – mais aussi un symbole de cette dépendance aux multinationales étrangères.

Le vrai défi n’est pas technique, mais politique. L’Algérie refuse l’endettement auprès de l’AFD (Agence française de développement), par crainte de perdre sa souveraineté. Pourtant, sans financement extérieur, comment financer la transition énergétique ? Le pays est pris dans un dilemme : soit il accepte les conditions des bailleurs de fonds (et risque de reproduire les schémas néocoloniaux), soit il mise sur ses propres ressources (et se condamne à un développement lent et inégal). La solution ? Peut-être dans une troisième voie, celle d’un partenariat équilibré avec l’UE, où l’Algérie négocierait non pas en demandeur, mais en puissance régionale consciente de sa valeur stratégique.

**Mémoire et identité : l’archéologie comme champ de bataille**

Le colloque sur l’Emir Abdelkader et la découverte d’une mosaïque romaine à Rome ne sont pas de simples faits culturels. Ils révèlent une Algérie en quête de légitimité historique – et une France qui tente, une fois de plus, de réécrire le récit.

La restauration de la mosquée Ketchaoua, symbole de la colonisation française (transformée en cathédrale avant de redevenir mosquée), est un cas d’école. Paris y voit une opportunité de « réconciliation mémorielle », mais Alger y lit une tentative de normaliser l’héritage colonial. De même, les travaux sur l’urbanisme sous l’Emir Abdelkader ne sont pas neutres : ils rappellent que l’Algérie a une histoire avant la France – une histoire que le pouvoir actuel instrumentalise pour légitimer son discours nationaliste.

L’archéologie devient ainsi un terrain miné. D’un côté, elle permet de réhabiliter un patrimoine négligé (comme les arts islamiques du Musée national de l’Antiquité). De l’autre, elle sert d’outil politique, comme lorsque l’État algérien utilise les découvertes romaines pour affirmer que « l’Algérie a toujours été méditerranéenne » – un discours qui efface délibérément les siècles de résistance amazighe et arabe.

Cette tension entre mémoire et instrumentalisation pose une question cruciale : l’Algérie peut-elle construire une identité nationale inclusive, qui intègre à la fois son passé précolonial, sa lutte pour l’indépendance et sa diversité culturelle ? Ou est-elle condamnée à osciller entre un nationalisme étouffant et une ouverture qui risque de diluer son âme ?

**Diaspora : les Algériens de l’étranger, entre intégration et précarité**

Les Algériens de l’étranger incarnent une autre contradiction. D’un côté, ils sont présentés comme des ambassadeurs de la nation, des ponts entre l’Algérie et le monde. De l’autre, leur réalité est souvent celle de la précarité : travailleurs sous-payés en Europe, étudiants en galère aux États-Unis, ou encore anciens militants du FLN devenus des figures marginalisées en France.

Le cas du « Centre d’hébergement nord-africain » à Marseille et Lille est révélateur. Ces lieux, nés après les indépendances, étaient censés accueillir les immigrés algériens dans la dignité. Aujourd’hui, ils symbolisent l’échec d’une intégration qui n’a jamais vraiment eu lieu – ni en France, où les discriminations persistent, ni en Algérie, où les « retournés » sont souvent perçus comme des étrangers.

Pourtant, la diaspora algérienne est un atout majeur. Les transferts d’argent (plus de 2 milliards de dollars par an) soutiennent l’économie nationale, et les compétences des Algériens de l’étranger pourraient être mieux exploitées. Mais pour cela, il faudrait que l’Algérie cesse de les considérer comme une simple source de devises, et commence à les traiter comme des citoyens à part entière – avec des droits politiques, économiques et culturels.

**Sport : le football comme exutoire et miroir des tensions**

La CAN 2025 et les performances des athlètes algériens (comme Sauveur Cristofani, qui bat un record de Léon Marchand) offrent une parenthèse enchantée dans un pays en quête de victoires. Le football, en Algérie, est bien plus qu’un sport : c’est un exutoire, un marqueur identitaire, et parfois même un enjeu politique.

La présence de Luca Zidane (fils de Zinédine) en équipe nationale est symptomatique. D’un côté, elle illustre l’ouverture de l’Algérie à sa diaspora, capable de naturaliser des talents pour renforcer ses équipes. De l’autre, elle pose la question de l’authenticité : un joueur né en France, formé à Madrid, peut-il incarner les « Fennecs » sans susciter des débats sur la

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