L’Algérie accélère sa réponse aux défis posés par le changement climatique en misant sur la formation des acteurs locaux. Récemment, un programme pilote a été lancé à Médéa, en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), pour renforcer les capacités des communes face aux bouleversements environnementaux. Ce projet, qui s’inscrit dans une stratégie plus large d’adaptation, vise à doter les territoires des outils nécessaires pour atténuer les impacts des sécheresses, des inondations et de la désertification.
À Médéa, une série d’ateliers a réuni des élus locaux, des techniciens municipaux et des représentants de la société civile. Selon le PNUD, ces sessions ont porté sur des thèmes comme la gestion durable des ressources en eau, l’agriculture résiliente et la planification urbaine adaptée aux risques climatiques. « L’objectif est de transformer les connaissances en actions concrètes sur le terrain », a déclaré un responsable du PNUD en Algérie. Les participants ont également été formés à l’utilisation d’outils de diagnostic et de suivi, comme les systèmes d’information géographique (SIG), pour mieux anticiper les crises.
Ce programme s’appuie sur des expériences similaires menées dans d’autres wilayas, comme Béjaïa, où un atelier algéro-tunisien a récemment été organisé pour une gestion durable des zones humides. Selon El Watan, cet échange a permis de partager des bonnes pratiques entre les deux pays, notamment en matière de préservation des écosystèmes fragiles. Les zones humides, essentielles pour la régulation des crues et la biodiversité, sont particulièrement menacées par la hausse des températures et la raréfaction des précipitations.
L’Algérie n’est pas seule dans cette démarche. D’autres pays du Maghreb font face aux mêmes défis, comme le montre un rapport du Portail Réussir publié en 2024. Celui-ci souligne que les surfaces céréalières reculent dans toute la région sous l’effet du changement climatique, avec des conséquences directes sur la sécurité alimentaire. En Algérie, les pertes agricoles ont été particulièrement marquées en 2024, une année qualifiée de « calamiteuse » par Le Monde. Les cultures de blé et d’orge, déjà fragilisées par des années de sécheresse, ont subi des baisses de rendement allant jusqu’à 40 % dans certaines zones.
Pour contrer ces effets, le gouvernement algérien a intégré la formation locale dans sa stratégie nationale d’adaptation. Selon L’Algérie Aujourd’hui, cette approche repose sur trois piliers : la sensibilisation, le renforcement des compétences et la mise en place de mécanismes de financement dédiés. Les wilayas sont désormais encouragées à élaborer des plans d’action climatiques, avec l’appui technique du ministère de l’Environnement et des Collectivités locales. À Médéa, par exemple, les participants aux ateliers ont travaillé sur des projets concrets, comme la réhabilitation de barrages collinaires ou la promotion de techniques d’irrigation économes en eau.
La dimension internationale n’est pas en reste. L’Algérie se positionne comme un acteur clé de la transition énergétique en Méditerranée, notamment à travers le projet SoutH2 Corridor, qui vise à exporter de l’hydrogène vert vers l’Europe. Selon le Portail de l’IE, ce projet pourrait faire de l’Algérie un hub énergétique régional, tout en contribuant à la réduction des émissions de CO2. Cependant, les experts soulignent que cette transition doit s’accompagner d’une adaptation locale, sous peine de creuser les inégalités territoriales.
Sur le plan institutionnel, la formation des acteurs locaux s’inscrit dans une dynamique plus large de décentralisation. Les communes, en première ligne face aux impacts du changement climatique, disposent désormais de davantage de prérogatives pour gérer les crises. À Béjaïa, par exemple, les autorités locales ont mis en place un système d’alerte précoce pour les inondations, en collaboration avec des experts tunisiens. Ces initiatives montrent que l’adaptation climatique ne peut plus être pensée uniquement à l’échelle nationale, mais doit impliquer les territoires.
Les défis restent néanmoins immenses. Les infrastructures hydrauliques, vieillissantes dans certaines régions, nécessitent des investissements massifs. Les agriculteurs, souvent livrés à eux-mêmes, manquent de moyens pour adopter des pratiques plus résilientes. Pourtant, les premiers résultats des programmes de formation sont encourageants. À Médéa, plusieurs projets portés par des communes ont déjà été retenus pour un financement dans le cadre du Fonds vert climat, un mécanisme international de soutien aux pays en développement.
L’Algérie semble avoir pris la mesure de l’urgence climatique. En misant sur la formation et l’action locale, elle cherche à éviter les erreurs du passé, où les politiques environnementales restaient souvent cantonnées à des déclarations d’intention. Les ateliers de Médéa et les échanges avec la Tunisie montrent que la solution passe par une approche pragmatique, ancrée dans les réalités des territoires. Reste à savoir si ces efforts seront suffisants pour faire face à un phénomène qui s’accélère, et dont les conséquences se font déjà sentir dans les champs, les villes et les écosystèmes du pays.