Le gouvernement algérien a dévoilé récemment ses ambitions pour accélérer la transition énergétique du pays, avec un objectif clair : atteindre 20 gigawatts (GW) de capacité installée en énergies renouvelables d’ici 2035. Selon L’Expression, cette annonce s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire la dépendance aux hydrocarbures et à diversifier le mix énergétique national. Le ministre de la Transition énergétique et des Énergies renouvelables, Benattou Ziane, a précisé que ce plan s’appuiera sur des investissements massifs et des partenariats internationaux.
Un plan en trois phases
Le programme algérien se structure autour de trois étapes clés. La première, qui s’étend jusqu’en 2025, prévoit l’installation de 3 GW de capacités renouvelables, principalement composées de centrales solaires. La deuxième phase, de 2026 à 2030, portera ce chiffre à 12 GW, avec une diversification des sources incluant l’éolien et l’hydraulique. Enfin, la troisième phase, de 2031 à 2035, complétera le dispositif pour atteindre les 20 GW. Selon le ministre, cette progression permettra de couvrir près de 30 % de la demande nationale en électricité d’ici la fin de la période.
Le solaire en première ligne
L’Algérie mise avant tout sur son potentiel solaire, l’un des plus élevés au monde avec un ensoleillement moyen de 2 500 à 3 000 heures par an. Le projet phare de cette stratégie est la centrale solaire de Hassi R’Mel, dont la première tranche de 50 mégawatts (MW) a été inaugurée en 2023. D’autres sites sont en cours de développement, notamment dans les wilayas du Sud, où les conditions climatiques sont particulièrement favorables. Le ministre a souligné que ces infrastructures permettront non seulement de répondre à la demande locale, mais aussi de positionner l’Algérie comme un acteur clé dans l’exportation d’électricité verte vers l’Europe.
Des partenariats pour financer la transition
Pour mener à bien ce plan, l’Algérie compte sur des collaborations avec des acteurs étrangers. Plusieurs accords ont déjà été signés avec des entreprises européennes et asiatiques, notamment dans le cadre du programme « Desertec », qui vise à exploiter les ressources solaires du Sahara pour alimenter les marchés méditerranéens. Le gouvernement algérien a également annoncé la création d’un fonds souverain dédié aux énergies renouvelables, doté d’un budget initial de 5 milliards de dollars. Ce fonds servira à attirer des investisseurs et à financer des projets innovants, comme le stockage d’énergie par batteries ou l’hydrogène vert.
Les défis à relever
Malgré ces ambitions, plusieurs obstacles persistent. Le premier concerne la capacité industrielle locale à produire les équipements nécessaires, comme les panneaux solaires ou les éoliennes. Actuellement, une grande partie des composants est importée, ce qui alourdit les coûts et rallonge les délais. Le ministre a reconnu cette dépendance et annoncé la construction d’usines de fabrication sur le territoire national, en partenariat avec des groupes étrangers. Un autre défi est la formation des compétences locales, avec la création d’écoles spécialisées et de programmes universitaires dédiés aux énergies renouvelables.
Un impact économique et social
Au-delà des enjeux énergétiques, ce plan pourrait avoir des retombées économiques significatives. Selon L’Expression, la transition vers les renouvelables devrait créer entre 50 000 et 100 000 emplois directs et indirects d’ici 2035, notamment dans les régions du Sud, où le chômage reste élevé. Le développement de ces filières pourrait aussi stimuler d’autres secteurs, comme le transport ou la construction, avec la mise en place d’infrastructures adaptées. Enfin, la réduction de la consommation de gaz naturel pour la production d’électricité libérera des volumes supplémentaires pour l’exportation, renforçant ainsi les recettes en devises du pays.
Une réponse aux enjeux climatiques
Cette stratégie s’inscrit également dans le cadre des engagements internationaux de l’Algérie en matière de lutte contre le changement climatique. Lors de la COP28, le pays a réaffirmé son objectif de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 7 % d’ici 2030, avec une possibilité d’atteindre 22 % si des financements internationaux sont obtenus. Le déploiement des énergies renouvelables jouera un rôle central dans cette démarche, en permettant de diminuer la part des centrales à gaz, responsables d’une partie importante des émissions nationales.
Des critiques et des interrogations
Si le plan est salué par une partie de la classe politique et des experts, certains observateurs soulignent des lacunes. Des voix s’interrogent sur la capacité du pays à mobiliser les fonds nécessaires, alors que les finances publiques restent sous pression en raison de la volatilité des prix du pétrole. D’autres pointent du doigt les lenteurs administratives, qui pourraient retarder la mise en œuvre des projets. Enfin, des questions subsistent sur la stabilité du cadre réglementaire, essentielle pour rassurer les investisseurs étrangers.
Un signal fort pour l’Afrique
L’Algérie n’est pas le seul pays africain à miser sur les énergies renouvelables, mais son approche ambitieuse pourrait servir d’exemple pour le continent. Avec des ressources naturelles abondantes et une position géographique stratégique, elle dispose d’atouts majeurs pour devenir un hub énergétique régional. Son engagement pourrait aussi inciter d’autres nations à accélérer leur transition, dans un contexte où la demande en électricité ne cesse de croître en Afrique.
En définitive, l’annonce de ce plan marque une étape importante pour l’Algérie, qui cherche à concilier développement économique et préservation de l’environnement. Si les défis sont nombreux, les opportunités le sont tout autant. Reste à voir comment le pays parviendra à transformer ces ambitions en réalisations concrètes, dans un délai relativement court.