Walid Sadi mise sur la formation pour l’emploi des jeunes

Walid Sadi, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, a placé la formation professionnelle des jeunes au cœur de sa stratégie pour réduire le chômage en Algérie. Lors d’une intervention récente rapportée par La Gazette du Fennec, il a souligné que les dispositifs existants, comme l’Agence nationale de l’emploi (ANEM) et les programmes de formation qualifiante, devaient être renforcés pour répondre aux besoins du marché. « La formation n’est pas une dépense, mais un investissement », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité d’adapter les cursus aux secteurs porteurs comme le numérique, l’agroalimentaire et les énergies renouvelables.

Le ministère table sur une collaboration accrue avec le secteur privé pour identifier les compétences recherchées. Selon des données de l’Office national des statistiques (ONS), le taux de chômage des jeunes algériens (15-24 ans) reste élevé, autour de 25 % en 2023, malgré une légère baisse par rapport aux années précédentes. Sadi a évoqué la mise en place de partenariats avec des entreprises locales et internationales pour des programmes d’apprentissage rémunérés, citant l’exemple du secteur automobile où des accords ont déjà été signés avec des constructeurs comme Renault Algérie.

Un autre volet de cette stratégie concerne l’accompagnement des porteurs de projets. Le ministre a annoncé le lancement prochain d’un guichet unique pour les jeunes entrepreneurs, visant à simplifier les démarches administratives et à faciliter l’accès aux financements. Ce dispositif s’inspire de modèles testés dans d’autres pays africains, comme la Mauritanie, où une plateforme numérique centralise les offres d’emploi et de formation pour les jeunes, selon We Are Tech. En Algérie, des initiatives similaires, comme le Fonds national de soutien à l’emploi des jeunes (FNSEJ), existent déjà, mais leur impact reste limité par des lourdeurs bureaucratiques.

Les secteurs prioritaires identifiés par le ministère incluent l’agriculture, où des solutions numériques pourraient moderniser les chaînes de valeur, comme le fait le Cameroun avec des plateformes connectant les agriculteurs aux marchés (StopBlaBlaCam). En Algérie, des start-up comme DzAgri ou FarmLink commencent à émerger, mais leur développement est freiné par un manque de financement et de formation adaptée. Walid Sadi a évoqué la possibilité de créer des incubateurs spécialisés dans l’agritech, en partenariat avec des institutions comme l’Institut national de la recherche agronomique (INRAA).

Pour les jeunes de la diaspora algérienne, cette orientation pourrait représenter une opportunité. Le ministère envisage de mettre en place des programmes de retour et d’installation pour les compétences formées à l’étranger, notamment dans les domaines de l’ingénierie et du numérique. Des dispositifs comme le Programme de retour des compétences (PRC), lancé en 2020, n’ont pas encore atteint leurs objectifs en raison d’un manque de visibilité et de garanties pour les candidats. Sadi a promis une refonte de ces mécanismes pour les rendre plus attractifs, avec des incitations fiscales et des aides à la création d’entreprise.

Les critiques pointent cependant le décalage entre les annonces et la réalité du terrain. Selon un rapport de la Banque mondiale publié en 2023, seulement 20 % des jeunes Algériens bénéficient d’une formation professionnelle, contre 50 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Les centres de formation, souvent sous-équipés, peinent à suivre l’évolution des technologies. Kamel Baddari, ministre de l’Enseignement supérieur, a reconnu ces lacunes lors d’une intervention récente, soulignant que la modernisation des universités devait aller de pair avec les réformes du marché du travail (La Patrie News).

Sur le plan financier, le gouvernement a alloué un budget de 50 milliards de dinars (environ 350 millions d’euros) pour les programmes de formation et d’emploi des jeunes en 2025, selon des sources du ministère des Finances. Une partie de ces fonds sera dédiée à la digitalisation des services de l’ANEM, avec l’objectif de réduire les délais de traitement des demandes d’emploi et de formation. Un projet pilote, lancé en 2024 dans la wilaya d’Alger, a permis de raccourcir ces délais de 40 %, mais son extension à l’échelle nationale se heurte à des problèmes d’infrastructure numérique.

Les entrepreneurs algériens attendent des mesures concrètes pour lever les freins à l’embauche des jeunes. Parmi les obstacles récurrents, on cite les charges sociales élevées, qui dissuadent les PME de recruter, et le manque de flexibilité des contrats de travail. Walid Sadi a évoqué une possible réforme du Code du travail pour introduire des contrats à durée déterminée plus adaptés aux start-up et aux TPE. Une étude de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) montre que 60 % des jeunes embauchés le sont sous des contrats précaires, ce qui limite leur accès au crédit et à la stabilité financière.

À Oran, des acteurs du secteur privé ont déjà pris les devants. L’incubateur Startup Gate, soutenu par des investisseurs locaux, propose des formations en gestion de projet et en levée de fonds pour les jeunes entrepreneurs. Son fondateur, Amine Belkacem, explique que « les jeunes Algériens ont des idées, mais manquent souvent de méthodologie et de réseaux ». Le succès de certaines entreprises, comme Hamoud Boualem, fabricant historique de boissons gazeuses, montre que l’innovation locale peut prospérer malgré un environnement complexe (Jeune Afrique). Cependant, ces cas restent marginaux sans un écosystème plus favorable.

À retenir pour les entrepreneurs
La priorité donnée à la formation professionnelle par Walid Sadi ouvre des opportunités pour les jeunes et les start-up, notamment dans les secteurs du numérique et de l’agroalimentaire. Les entrepreneurs doivent surveiller les appels à projets du FNSEJ et les partenariats public-privé annoncés, tout en anticipant les réformes du Code du travail pour adapter leurs stratégies de recrutement. La diaspora algérienne pourrait aussi jouer un rôle clé dans le transfert de compétences, à condition que les dispositifs de retour soient simplifiés et mieux financés.

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