Revue de presse : Formation professionnelle Algérie, Immobilier Algérie, Santé Algérie…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres contradictions : entre modernisation autoritaire et inerties structurelles**

L’Algérie contemporaine se débat dans une tension permanente entre deux forces antagonistes : d’un côté, une volonté affichée de rupture avec les dépendances héritées de l’ère postcoloniale, portée par des projets technocratiques ambitieux (IA, villes intelligentes, souveraineté pharmaceutique) ; de l’autre, un système économique et social qui résiste, miné par des dysfonctionnements endémiques (chômage des jeunes, bulle immobilière, corruption numérique). Les actualités des dix derniers jours dessinent le portrait d’un pays en équilibre précaire, où chaque avancée sectorielle révèle une faille plus profonde, et où les discours de puissance butent sur des réalités locales souvent sclérosées.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de cohérence horizontale entre les politiques publiques. L’Algérie semble avancer par à-coups, comme un navire dont chaque département manœuvrerait ses propres voiles sans cap commun. Pourtant, des fils rouges émergent : la quête de souveraineté (numérique, sanitaire, industrielle), l’obsession de la jeunesse comme variable d’ajustement, et la persistance d’un modèle rentier qui, malgré les discours, continue de structurer les imaginaires et les pratiques. Examinons ces dynamiques à travers leurs manifestations les plus saillantes.

**Souveraineté numérique : l’Algérie entre l’IA et les arnaques en ligne, ou le miroir brisé de la modernité**

L’annonce du premier centre de calcul haute performance dédié à l’IA en Algérie, couplée à la visite du directeur de l’École nationale supérieure de mathématiques par le ministre de l’Industrie, sonne comme une déclaration de guerre aux dépendances technologiques. L’Algérie, qui a longtemps subi les effets de la fuite des cerveaux et de l’importation de solutions clés en main (notamment dans les télécoms), semble enfin vouloir jouer dans la cour des grands. Le projet de villes intelligentes à Alger, évoqué en parallèle, s’inscrit dans cette logique : transformer l’urbain en laboratoire de la modernité, avec l’IA comme nouveau pétrole.

Pourtant, cette ambition se heurte à une réalité crasse : les arnaques financières en ligne, qui poussent les associations de consommateurs à exiger des actions urgentes. Comment concilier un discours sur la souveraineté numérique avec un internet algérien où prolifèrent les escroqueries, les faux livreurs et les plateformes frauduleuses ? La réponse tient en un mot : décalage. L’Algérie investit dans des infrastructures de pointe (centres de calcul, certification ISO 9001 pour les universités) tout en laissant prospérer un écosystème numérique anarchique, où l’État peine à réguler les usages. Ce paradoxe n’est pas propre à l’Algérie – on le retrouve en Inde ou au Nigeria –, mais il y prend une dimension particulière : celle d’un pays qui veut sauter les étapes sans avoir consolidé les bases.

La jeunesse, cible principale de ces politiques, est à la fois le moteur et la victime de cette schizophrénie. Les programmes de formation en IA (comme celui de ZeroAI en Zambie, cité en exemple) et les initiatives pour intégrer le numérique dans les écoles sont louables, mais ils restent des gouttes d’eau face à un chômage des jeunes qui frôle les 30% (selon les chiffres officiels, probablement sous-estimés). L’Algérie forme des ingénieurs en IA tout en laissant des millions de jeunes diplômés sans emploi, ou cantonnés à des postes précaires. La souveraineté numérique, si elle ne s’accompagne pas d’une souveraineté économique et sociale, risque de devenir un simple slogan.

**Santé et pharmacie : la bataille de l’autonomie face à l’urgence oncologique**

Le secteur de la santé algérien offre un autre exemple de cette dualité entre ambition et réalité. D’un côté, le président Tebboune ordonne la construction d’un hôpital d’oncologie dans chaque wilaya et lance une stratégie nationale contre le cancer à l’horizon 2035 – une décision saluée, mais qui rappelle étrangement les promesses non tenues des décennies passées (combien d’hôpitaux « flambant neufs » sont restés des coquilles vides faute de personnel ou de budgets ?). De l’autre, le financement de la recherche reste un serpent de mer : l’Africa CDC estime que l’Afrique pourrait gagner 668 milliards de dollars en optimisant ses investissements en R&D, mais l’Algérie, malgré ses ressources, peine à sortir de sa dépendance aux laboratoires étrangers.

La réception du directeur régional de l’UNICEF par le secrétaire général du ministère de la Santé est symptomatique : l’Algérie compte sur les partenariats internationaux pour combler ses lacunes, alors même qu’elle affiche une volonté d’autonomie. Cette contradiction est encore plus visible dans le domaine pharmaceutique. Le pays a fait des progrès indéniables (production locale de médicaments génériques, réduction des importations), mais il reste dépendant des principes actifs étrangers, notamment indiens et chinois. La souveraineté sanitaire, comme la souveraineté numérique, ne se décrète pas : elle se construit par des investissements massifs dans la recherche, la formation et les infrastructures – des domaines où l’Algérie traîne des pieds depuis des années.

Le cancer, priorité affichée du gouvernement, est un cas d’école. Les hôpitaux d’oncologie sont une nécessité absolue (l’Algérie enregistre 50 000 nouveaux cas par an), mais leur efficacité dépendra de la capacité du système à former des oncologues, à financer la recherche et à lutter contre les inégalités d’accès aux soins. Or, aujourd’hui, un patient algérois a plus de chances d’être bien pris en charge qu’un habitant de Tamanrasset ou de Béchar. La santé, comme l’éducation ou l’emploi, reste un marqueur des fractures territoriales qui minent le pays.

**Immobilier et emploi des jeunes : la bulle qui éclate et le chômage qui persiste**

L’immobilier algérien est un thermomètre des dysfonctionnements économiques. Les dernières données sont sans appel : les prix ont baissé en 2024, mais les ventes ont plongé. Cette apparente contradiction s’explique par un cocktail explosif : saturation du marché, spéculation effrénée, et surtout, l’absence de pouvoir d’achat chez les jeunes. L’Algérie compte 14 millions de moins de 30 ans (soit près de 35% de la population), mais cette jeunesse, pourtant cible des politiques publiques, est exclue du marché immobilier. Les prix, bien qu’en baisse, restent inaccessibles pour des salaires moyens qui stagnent autour de 40 000 DA (280 euros) par mois.

Le gouvernement tente de relancer le secteur en misant sur des projets pharaoniques (comme les villes nouvelles ou les programmes de logements sociaux), mais ces initiatives se heurtent à deux réalités :
1. La corruption : les scandales de détournements dans les programmes de logement (comme le tristement célèbre AADL) ont érodé la confiance des citoyens.
2. L’inadéquation entre l’offre et la demande : les promoteurs construisent des logements haut de gamme pour une clientèle qui n’existe pas, tandis que les classes moyennes et populaires peinent à accéder à des logements décents.

Cette crise immobilière est indissociable de celle de l’emploi. Les actualités regorgent d’initiatives pour former et insérer les jeunes (3 500 jeunes au Mali, prêts de la BAD en Guinée équatoriale), mais en Algérie, le chômage des jeunes reste un cancer social. Les formations professionnelles (certification ISO 9001, centres de calcul) sont nécessaires, mais elles ne suffisent pas : sans création d’emplois durables et qualifiés, ces jeunes diplômés iront grossir les rangs des harraga (candidats à l’émigration clandestine) ou des chômeurs en costume, ces cadres précaires qui survivent grâce à l’économie informelle.

L’Algérie a les moyens de résoudre ce problème – elle a les ressources, les compétences et les infrastructures –, mais elle se heurte à un blocage systémique : un modèle économique encore trop dépendant des hydrocarbures, une administration pléthorique et inefficace, et une classe politique qui préfère les effets d’annonce aux réformes structurelles.

**Hydrocarbures et agroalimentaire : le mirage de la diversification**

L’Algérie reste prisonnière de sa malédiction des ressources. Les hydrocarbures, qui représentent 95% des exportations et 60% des recettes budgétaires, continuent de dicter le tempo économique. Pourtant, les signaux sont clairs : le monde se détourne des énergies fossiles, et l’Algérie, malgré ses réserves de gaz, risque de se retrouver avec des actifs échoués (comme le Venezuela ou l’Angola). Le conflit au Moyen-Orient, loin d’être une aubaine, est un mirage : les prix du pétrole fluctuent, mais la tendance longue est à la baisse.

Face à ce risque, l’Algérie tente de se diversifier, notamment dans l’agroalimentaire. Le rapprochement avec le Royaume-Uni sur ce secteur est révélateur : l’Algérie veut exporter ses dattes, son huile d’olive et ses produits halal, mais elle reste dépendante des importations pour les produits de base (blé, lait, viande). Les tendances lait-viande évoquées dans les actualités masquent une réalité inquiétante : l’Algérie importe plus de 50% de ses besoins alimentaires, une vulnérabilité stratégique en cas de crise mondiale.

La diversification passe aussi par les partenariats Sud-Sud, comme celui avec Oman, ou les initiatives panafricaines (comme le Creative Africa Nexus d’Afreximbank). Mais ces projets butent sur un obstacle majeur : l’instabilité juridique et fiscale. Les investisseurs étrangers, même attirés par le climat des affaires (comme le suggère l’article sur les « grandes puissances captées »), restent méfiants face à la bureaucratie algérienne et aux risques de nationalisation (comme ce fut le cas pour les télécoms ou les mines).

**Banques et financement : le chaînon manquant**

Le secteur bancaire algérien est le maillon faible de cette équation. Les banques publiques, qui dominent le marché, sont sous-capitalisées, inefficaces et corrompues. Les actualités ne mentionnent aucune réforme majeure dans ce domaine, alors que c’est pourtant là que se joue l’avenir économique du pays. Sans un système bancaire solide, capable de financer

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