Le 12 novembre 2025, l’écrivain algérien Boualem Sansal a été gracié par les autorités algériennes, mettant fin à une détention qui avait suscité une vague de protestations internationales. Selon Le HuffPost, cette décision intervient après une demande expresse du président allemand Frank-Walter Steinmeier, relayée par plusieurs gouvernements européens et organisations de défense des droits humains. Sansal, âgé de 76 ans, avait été arrêté en avril 2025 après la publication de son dernier roman, Le Serment de Timgad, jugé « subversif » par le ministère de la Culture algérien.
Une arrestation controversée
Le ministère de la Justice algérien avait justifié cette arrestation par des « atteintes à la sûreté de l’État », citant des passages du roman où Sansal évoquait des « manipulations historiques » et des « zones d’ombre du pouvoir ». Pourtant, selon El Watan, aucun procès n’avait été organisé, et l’écrivain était détenu sans inculpation formelle.
La pression diplomatique et les réactions en Algérie
En Algérie, la décision a été accueillie avec soulagement par une partie de la société civile, mais aussi avec colère par des cercles proches du pouvoir. TRT Français a publié une tribune intitulée « L’affaire Sansal: néocolonialisme et réseaux réactionnaires à l’assaut de la souveraineté algérienne », accusant les gouvernements étrangers d’ingérence. Le quotidien El Moudjahid, proche des institutions, a quant à lui minimisé l’affaire, évoquant une « mesure de clémence » prise dans un « contexte de réconciliation nationale ».
Un écrivain au cœur des débats
Son dernier roman, Le Serment de Timgad, publié en mars 2025, revient sur les années 1990 en Algérie, une période marquée par la guerre civile. Le livre, qui mêle fiction et réalité, a été salué par la critique internationale mais censuré en Algérie dès sa sortie. Selon Le Monde, plusieurs librairies algéroises avaient reçu l’ordre de ne pas le commercialiser, et des exemplaires avaient été saisis par les douanes.
La littérature algérienne face à la censure
La création récente d’un prix national de la nouvelle, annoncée en octobre 2025, pourrait offrir une nouvelle tribune aux jeunes auteurs. Cependant, des voix s’élèvent pour dénoncer un « encadrement » de la production littéraire par les institutions. « Un prix ne suffit pas si les écrivains ne peuvent pas écrire librement », déclarait récemment l’écrivain et universitaire Yasmina Khadra dans une interview accordée à Liberté.
Un symbole de résistance
Reste à savoir si cette affaire marquera un tournant dans la relation entre le pouvoir et les intellectuels en Algérie. Pour l’instant, Boualem Sansal, libéré mais affaibli par sa détention, n’a pas encore annoncé de nouveaux projets. Selon ses proches, il se reposerait dans sa maison de Boumerdès, où il travaille à la rédaction d’un essai sur « la littérature comme acte de résistance ». Une chose est sûre : son cas a mis en lumière les tensions persistantes entre la création artistique et les limites imposées par l’État.