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**L’ALGÉRIE, UN PAYS EN MOUVEMENT… MAIS VERS OÙ ?**
L’Algérie contemporaine se débat dans une tension permanente entre l’urgence du présent et l’héritage d’un passé qui refuse de passer. Les actualités récentes, aussi disparates soient-elles, dessinent les contours d’un pays tiraillé entre plusieurs temporalités : celle des infrastructures qui peinent à suivre le rythme de la croissance urbaine, celle d’un patrimoine à la fois célébré et instrumentalisé, et celle d’une jeunesse en quête d’emploi dans une économie encore prisonnière des hydrocarbures. Derrière les annonces officielles et les controverses médiatiques, se profile une question centrale : l’Algérie est-elle en train de construire une modernité algérienne, ou reste-t-elle prisonnière d’un modèle de développement importé, inadapté à ses réalités ?
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de fil conducteur apparent entre ces dix domaines. Pourtant, à y regarder de plus près, des logiques transversales émergent : la quête d’autonomie stratégique (énergétique, alimentaire, culturelle), la persistance de blocages structurels (bureaucratie, corruption, dépendance aux rentes), et une volonté, parfois maladroite, de se réinventer. L’Algérie n’est plus le pays des années 1990, paralysé par la décennie noire, mais elle n’est pas encore celui qu’elle ambitionne d’être – une puissance régionale maîtresse de son destin.
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**LES INFRASTRUCTURES : SYMBOLE D’UNE MODERNITÉ EN PANNE DE SOUFFLE**
Le métro d’Alger, fleuron de la modernité algérienne, incarne à lui seul les contradictions du pays. D’un côté, son extension est présentée comme une avancée majeure, avec le lancement officiel des nouvelles lignes. De l’autre, les fermetures répétées (à 21h30, puis six semaines en 2028) révèlent une gestion chaotique, où les travaux s’éternisent et où les usagers subissent les conséquences d’une planification défaillante. Cette situation n’est pas sans rappeler les inondations qui, en dévoilant l’anarchie urbaine, ont mis en lumière l’absence de vision cohérente en matière d’aménagement du territoire.
L’Algérie investit massivement dans les infrastructures – autoroutes, barrages, métros –, mais ces projets, souvent pharaoniques, peinent à s’inscrire dans une logique durable. Pourquoi ? Parce qu’ils sont conçus comme des vitrines politiques plutôt que comme des outils au service des citoyens. Le métro d’Alger, par exemple, est un symbole de fierté nationale, mais son utilité réelle est limitée par des horaires restrictifs et une couverture géographique insuffisante. De même, les inondations récurrentes à Alger ou à Oran montrent que les infrastructures ne sont pas pensées en fonction des risques climatiques, pourtant bien réels.
La question qui se pose est simple : à quoi bon construire des métros si les villes restent ingérables ? La réponse algérienne, pour l’instant, semble être : « Parce que c’est moderne. » Mais la modernité ne se décrète pas, elle se vit. Et dans un pays où 70 % de la population a moins de 30 ans, cette modernité-là sonne creux.
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**PATRIMOINE ET IDENTITÉ : ENTRE RÉCUPÉRATION ET RÉSISTANCE**
Le patrimoine algérien est un champ de bataille symbolique. D’un côté, l’inscription du couscous au patrimoine immatériel de l’Unesco – une victoire diplomatique pour l’Algérie, le Maroc et la Tunisie – est célébrée comme une reconnaissance de la culture maghrébine. De l’autre, l’entrée de la cuisine italienne dans le même registre suscite des interrogations : pourquoi l’Algérie, qui possède une richesse culinaire inouïe (de la chakhchoukha à la rechta), n’a-t-elle pas davantage mis en avant ses propres traditions ?
Cette ambiguïté révèle une tension plus profonde : l’Algérie cherche à affirmer son identité, mais elle le fait souvent en réaction à l’Occident plutôt qu’en assumant pleinement sa singularité. Le couscous, plat transnational, est un symbole de cette stratégie. Mais qu’en est-il des autres éléments du patrimoine algérien ? La musique chaâbi, les contes oraux, les savoir-faire artisanaux ? Ils restent largement absents des radars internationaux, comme si l’Algérie hésitait encore à se définir par ce qu’elle est, plutôt que par ce qu’elle n’est pas.
Le Festival international de la bande dessinée d’Alger, avec son public majoritairement jeune, offre une lueur d’espoir. La culture populaire algérienne, longtemps marginalisée, trouve enfin un espace d’expression. Mais là encore, le risque est grand de voir ces initiatives réduites à des opérations de communication, sans véritable ancrage dans une politique culturelle ambitieuse.
L’enjeu est clair : l’Algérie doit cesser de courir après la reconnaissance internationale et commencer à cultiver sa propre fierté. Le patrimoine n’est pas un musée, c’est un levier de développement. Pourquoi ne pas imaginer des couscous-tours comme il existe des wine-tours en Europe ? Pourquoi ne pas faire de la bande dessinée algérienne un outil d’éducation et de soft power ?
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**ÉCONOMIE : ENTRE RENTE ÉNERGÉTIQUE ET RÊVE D’ENTREPRENEURIAT**
L’Algérie reste prisonnière d’un modèle économique basé sur les hydrocarbures, malgré les discours sur la diversification. Les actualités récentes en sont une illustration frappante :
– Les exportations : L’affaire El Mordjene, cette pâte à tartiner algérienne interdite en Europe pour non-respect des normes sanitaires, est symptomatique des difficultés du pays à conquérir les marchés étrangers. Comment expliquer qu’un produit local, pourtant plébiscité en Algérie, échoue à l’export ? La réponse tient en deux mots : normes et bureaucratie. L’Algérie a du mal à s’adapter aux standards internationaux, et ses entreprises, souvent petites et peu structurées, peinent à franchir les barrières douanières.
– L’entrepreneuriat : Les annonces sur l’Algeria Job Summit 2026 (2 000 postes à pourvoir) ou les partenariats public-privé (comme celui du Gabon pour un parc solaire) montrent une volonté de dynamiser le secteur privé. Mais ces initiatives restent marginales face à l’hégémonie des entreprises publiques et à la frilosité des banques à financer les start-ups.
– La transition énergétique : L’Algérie possède un potentiel solaire et éolien colossal, mais elle continue de dépendre à 90 % des hydrocarbures. Les discours sur la création d’un « espace africain intégré » (comme celui de Zerrouki) sont louables, mais ils se heurtent à une réalité : l’Algérie n’a pas encore fait le choix de la rupture. Elle veut à la fois vendre du gaz à l’Europe et développer les énergies renouvelables, sans trancher. Résultat : les projets avancent au ralenti, et le pays rate une occasion historique de devenir un leader africain de la transition verte.
La contradiction est flagrante : l’Algérie a les ressources, les compétences et les ambitions pour devenir une puissance économique, mais elle reste bloquée par un système qui privilégie la rente à l’innovation. La solution ? Une révolution culturelle, où l’État accepterait de lâcher prise sur certains secteurs pour laisser émerger une économie plus agile, portée par les jeunes et les entrepreneurs.
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**JEUNESSE ET EMPLOI : LE GRAND PARADOXE ALGÉRIEN**
L’Algérie est un pays jeune – trop jeune pour son économie. Avec 44 % des jeunes accompagnés par la Mission Locale de l’Insertion (MLI) accédant à l’emploi, les chiffres semblent encourageants. Mais derrière ces statistiques se cache une réalité plus sombre : la plupart de ces emplois sont précaires, mal payés, ou dans des secteurs peu porteurs. Le Job Summit 2026 promet 2 000 postes, mais combien seront durables ? Combien offriront des perspectives d’évolution ?
Le problème n’est pas seulement quantitatif, il est qualitatif. L’Algérie forme des ingénieurs, des médecins, des informaticiens, mais son économie n’est pas en mesure de les absorber. Résultat : le chômage des diplômés explose, et la fuite des cerveaux s’accélère. Les jeunes Algériens ne veulent plus d’un emploi dans la fonction publique ou dans une entreprise pétrolière. Ils veulent créer, innover, entreprendre. Mais le système les en empêche.
La solution ne viendra pas d’en haut.** Elle viendra des jeunes eux-mêmes, comme en témoignent les succès (encore trop rares) de start-ups algériennes dans le numérique ou l’agroalimentaire. Mais pour que cette dynamique s’amplifie, il faut une révolution des mentalités : **accepter que l’échec fasse partie du processus, encourager la prise de risque, et surtout, cesser de voir la jeunesse comme une menace plutôt que comme une chance.
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**ENVIRONNEMENT : L’ALGÉRIE FACE À SES DÉMONS**
L’Algérie est un pays riche en ressources naturelles, mais ces richesses sont menacées par une gestion désastreuse. Les inondations à répétition, la pollution des villes, la surexploitation des nappes phréatiques… le pays paie le prix d’une croissance urbaine anarchique et d’un mépris historique pour l’écologie.
Pourtant, les solutions existent. La Tunisie, par exemple, transforme ses déchets oléicoles en carburant vert – une innovation qui pourrait inspirer l’Algérie, premier producteur d’huile d’olive au monde. Mais là encore, le pays semble paralysé par son incapacité à penser le long terme. Pourquoi investir dans les énergies renouvelables quand on peut continuer à vendre du gaz ? Pourquoi réguler l’urbanisation quand on peut construire des barrages et des autoroutes ?
La réponse est simple : parce que l’Algérie n’a plus le choix. Le changement climatique frappe déjà à sa porte, avec des sécheresses de plus en plus fréquentes et des températures en hausse. Si le pays ne se réveille pas maintenant, il sera trop tard.
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**LES RELATIONS ALGÉRO-TUNISIENNES : UNE COOPÉRATION EN DEVENIR**
Les relations entre l’Algérie et la Tunisie sont marquées par une étrange ambiguïté. D’un côté, les deux pays collaborent sur des dossiers symboliques (comme le couscous à l’Unesco), mais de l’autre, ils restent en concurrence sur des enjeux économiques et géopolitiques.
Pourtant, les opportunités de coopération sont