Kamel Daoud condamné à trois ans de prison ferme

L’écrivain algérien Kamel Daoud a été condamné par contumace à trois ans de prison ferme par le tribunal de Sidi M’hamed à Alger, selon un jugement rendu récemment. Cette décision judiciaire, rapportée par l’agence Anadolu Ajansı, s’inscrit dans une série de poursuites engagées contre l’auteur depuis plusieurs mois. Daoud, connu pour ses prises de position critiques et ses romans comme Meursault, contre-enquête, fait face à deux plaintes distinctes déposées en Algérie, dont l’une implique également son épouse.

Le tribunal a retenu des accusations liées à des propos jugés diffamatoires et à des atteintes aux valeurs nationales, bien que les détails exacts des charges n’aient pas été pleinement divulgués. L’écrivain, qui réside actuellement en France, n’a pas assisté à l’audience, ce qui a conduit à un jugement par contumace. Cette condamnation s’ajoute à une plainte déposée en novembre 2024, comme l’avait rapporté Ouest-France, où Daoud et son épouse étaient visés pour des déclarations publiques perçues comme offensantes par certains milieux conservateurs.

La réaction des milieux littéraires et des défenseurs de la liberté d’expression ne s’est pas fait attendre. Plusieurs associations, dont le PEN Club international, ont dénoncé une décision qu’elles qualifient de « menace pour la création artistique et la liberté de pensée en Algérie ». Boualem Sansal, autre figure majeure de la littérature algérienne, a exprimé sa solidarité avec Daoud, soulignant que « la parole littéraire ne doit pas être soumise à des pressions judiciaires ». Sansal, lui-même visé par des controverses par le passé, avait été libéré en novembre 2025 après une période de tensions avec les autorités, comme l’avait relaté Le Monde.

Kamel Daoud, lauréat du prix Goncourt du premier roman en 2015 pour Meursault, contre-enquête, est une voix incontournable de la scène littéraire algérienne. Son œuvre, souvent teintée de réflexions sur l’identité, la religion et la société, a suscité des débats passionnés, tant en Algérie qu’à l’étranger. Son dernier roman, Zabor ou les Psaumes, publié en 2017, avait également été salué par la critique pour son exploration des thèmes de la mémoire et de l’exil.

Les autorités judiciaires algériennes n’ont pas encore réagi officiellement à la condamnation de Daoud, mais des sources proches du dossier indiquent que l’écrivain pourrait faire appel de la décision. En attendant, cette affaire relance le débat sur les limites de la liberté d’expression en Algérie, un sujet déjà sensible depuis les manifestations du Hirak en 2019. Plusieurs intellectuels et journalistes ont été poursuivis ces dernières années pour des motifs similaires, ce qui a alimenté les craintes d’un durcissement des contrôles sur les médias et la culture.

Du côté des éditeurs et des libraires, l’impact de cette condamnation reste à évaluer. Certains craignent une autocensure accrue parmi les auteurs algériens, tandis que d’autres estiment que cette affaire pourrait, au contraire, renforcer la mobilisation en faveur de la liberté créative. Le Grand Prix Assia Djebar du roman, dont les candidatures étaient ouvertes jusqu’au 15 avril 2024, pourrait également être influencé par ce climat, bien que les organisateurs n’aient pas encore commenté la situation.

En France, où Daoud réside, les réactions ont été vives. Le ministre français de la Culture a exprimé sa « préoccupation » face à cette condamnation, rappelant l’importance du dialogue culturel entre les deux pays. Des personnalités comme l’écrivain Leïla Slimani ont également pris position, appelant à la protection des artistes contre les pressions politiques.

Cette affaire intervient dans un contexte où la littérature algérienne connaît un regain d’intérêt à l’international. Des événements comme le Salon du Monde arabo-amazigh à Paris, qui s’est tenu en mai 2025, ont mis en lumière la richesse de la production littéraire algérienne, avec des auteurs comme Assia Djebar, Kateb Yacine ou encore Ahlam Mosteghanemi. Cependant, les tensions autour de figures comme Daoud ou Sansal rappellent que cette vitalité culturelle s’accompagne de défis majeurs, notamment en matière de liberté d’expression.

Pour l’instant, Kamel Daoud n’a pas réagi publiquement à sa condamnation. Ses proches indiquent qu’il prépare un nouveau livre, tout en suivant de près l’évolution de son dossier judiciaire. En Algérie, ses partisans espèrent que cette affaire ne marquera pas un recul pour les droits des écrivains, mais plutôt une étape vers une reconnaissance plus large de leur rôle dans le débat public.

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