Revue de presse : Travaux publics Algérie, Diaspora algérienne, Énergie renouvelable Algérie…

**L’Algérie face à son miroir brisé : une modernité en tension**

L’Algérie contemporaine se débat dans un entre-deux qui n’a rien d’une transition harmonieuse. Les actualités des dix derniers jours dessinent le portrait d’un pays tiraillé entre deux récits : celui d’une puissance régionale en quête de souveraineté – énergétique, technologique, culturelle – et celui d’une société aux prises avec des contradictions structurelles, où les avancées spectaculaires côtoient des reculs inquiétants. Ce kaléidoscope d’informations, apparemment disparate, révèle en réalité une Algérie en proie à une crise de cohérence systémique. Comment concilier la volonté affichée de devenir un leader des énergies renouvelables avec la persistance d’un modèle économique rentier ? Comment célébrer l’engagement de la jeunesse tout en muselant ses aspirations politiques ? Comment exalter la diaspora comme force vive du pays alors qu’on lui refuse une représentation institutionnelle digne de ce nom ?

Ces tensions ne sont pas des accidents de parcours, mais les symptômes d’un système qui, depuis l’indépendance, oscille entre deux logiques : celle de l’État-providence, héritée de l’ère Boumediene, et celle de l’État néolibéral, imposée par les ajustements structurels des années 1990 et jamais vraiment assumée. Aujourd’hui, l’Algérie tente de se réinventer en jouant sur tous les tableaux – souveraineté énergétique, soft power culturel, modernisation des infrastructures –, mais sans jamais trancher le nœud gordien de sa dépendance aux hydrocarbures et de son autoritarisme politique. Le résultat ? Une schizophrénie institutionnelle où les discours volontaristes masquent mal les inerties d’un système qui, en réalité, se nourrit de ses propres contradictions.

**Énergie : la grande illusion de la transition souveraine**

L’Algérie se rêve en championne des énergies renouvelables. Les annonces se multiplient : programme de 3 GW d’énergie solaire financé par la Banque nationale d’Algérie (BNA), développement de l’hydrogène vert, importations massives de panneaux photovoltaïques chinois. Pourtant, derrière cette vitrine se cache une réalité moins glorieuse. D’abord, l’Algérie reste prisonnière de son modèle rentier : en 2023, les hydrocarbures représentaient encore 93 % des exportations et 60 % des recettes budgétaires. La transition énergétique, si elle advient, ne sera pas une rupture, mais une diversification à la marge – un moyen de prolonger la rente en l’adaptant aux nouvelles donnes géopolitiques.

Ensuite, cette transition est dépendante de l’extérieur. Les panneaux solaires viennent de Chine, les technologies de la Norvège (pays à l’honneur au SIREXE 2024), et les financements, bien que nationaux, s’inscrivent dans une logique de dette souveraine. L’Algérie n’a pas les moyens de son ambition : son tissu industriel est incapable de produire localement les équipements nécessaires, et son système éducatif ne forme pas assez d’ingénieurs spécialisés. Pire, le biogaz, présenté comme une solution miracle, est acheté à 0,307 dinar le kWh – un prix subventionné qui cache mal l’absence de compétitivité réelle de cette filière.

Enfin, cette transition énergétique est dépolitisée. Elle est présentée comme une question technique, alors qu’elle engage des choix de société fondamentaux : qui contrôle les ressources ? Qui bénéficie des emplois créés ? Les 32 % de femmes dans le secteur des renouvelables (selon l’IRENA) sont-elles cantonnées à des postes subalternes, comme c’est souvent le cas dans les industries extractives ? La modernisation du système billettique du métro d’Alger, confiée à Thales, est-elle un progrès ou une nouvelle forme de dépendance technologique ? Ces questions, cruciales, sont soigneusement évitées.

Le fil rouge : l’Algérie veut incarner la souveraineté énergétique, mais elle reste captive d’un modèle extractiviste et d’une logique de dépendance technologique. La transition, si elle a lieu, sera néocoloniale – une modernisation sans émancipation.

**Diaspora et jeunesse : les deux visages de l’exil intérieur**

L’Algérie entretient avec sa diaspora une relation ambivalente, faite de méfiance et de fascination. D’un côté, le pouvoir célèbre les compétences et les transferts financiers des Algériens de l’étranger (estimés à 2 milliards de dollars par an). De l’autre, il durcit les conditions de la double nationalité et menace de déchéance ceux qui critiquent le régime. Karim Dendène, dans une tribune, défend la double nationalité comme une « richesse » – mais pour qui ? Pour l’État, la diaspora est une variable d’ajustement : une source de devises en temps de crise, un bouc émissaire en cas de tensions politiques.

Cette schizophrénie se retrouve dans le traitement de la jeunesse. Les études sur l’engagement politique des jeunes Marocains (Friedrich-Naumann) ou l’histoire des monitrices du SFJA pendant la guerre d’indépendance montrent une jeunesse algérienne à la fois mobilisée et désillusionnée. Le Hirak, mouvement de 2019 porté par les jeunes, a été écrasé, et ses figures emprisonnées ou réduites au silence. Pourtant, le régime continue de parler de « jeunesse engagée » – mais dans quel cadre ? Celui des organisations de masse contrôlées par le FLN, comme l’UNJA, ou celui, plus subversif, des réseaux sociaux, où les jeunes algériens expriment leur colère malgré la censure ?

La contradiction majeure : l’Algérie a besoin de sa diaspora et de sa jeunesse pour se moderniser, mais elle les craint plus que tout. D’où cette politique du double discours : on les célèbre en public, on les surveille en privé.

**Culture et médias : le soft power à l’épreuve de la répression**

La culture algérienne est en pleine effervescence. Le festival Assalamalekoum en Mauritanie, le spectacle soufi Rboukh de Hatem Lajmi, la disparition de la rockeuse du désert Hasna El Becharia – autant d’événements qui montrent une scène artistique vivante, diverse, et connectée au monde. Pourtant, cette vitalité culturelle contraste avec l’étouffement des médias. Le Hirak est sous surveillance, Tebboune fait son « autosatisfecit » dans un pays où les libertés sont de plus en plus restreintes, et les portraits du président ressemblent à des hagiographies soviétiques.

Le paradoxe : l’Algérie veut exporter son soft power (cinéma, musique, festivals), mais elle refuse la liberté d’expression chez elle. Comment expliquer cette dissonance ? Peut-être parce que la culture, pour le régime, est un outil de légitimation, pas un espace de débat. La musique soufi, le rock du désert, les festivals transfrontaliers – tout cela est toléré, voire encouragé, tant que cela ne remet pas en cause le pouvoir. Mais dès qu’un artiste ou un journaliste sort du cadre (comme les figures du Hirak), la répression tombe.

Le fil rouge avec l’énergie : dans les deux cas, l’Algérie mise sur l’image – celle d’un pays moderne, ouvert, innovant – pour masquer une réalité plus sombre. Les énergies renouvelables et la culture sont des vitrines, pas des leviers de transformation sociale.

**Eau et climat : l’urgence invisible**

L’Algérie est l’un des pays les plus vulnérables au changement climatique en Méditerranée. Pourtant, les actualités sur ce sujet sont discrètes, presque marginales. On parle de la « ceinture verte » tunisienne, des projets de reboisement au Maroc, mais l’Algérie, elle, reste silencieuse. Pourquoi ? Parce que le changement climatique est un angle mort de la politique algérienne. Le pays subit déjà des sécheresses récurrentes, une désertification accélérée, et une pression croissante sur ses ressources en eau – mais aucune stratégie claire n’émerge.

Pire, les rares initiatives (comme les importations de panneaux solaires) risquent d’aggraver la crise hydrique. Les centrales solaires consomment énormément d’eau pour leur refroidissement, et l’Algérie, déjà en stress hydrique, n’a pas les infrastructures pour gérer ce nouveau fardeau. Quant aux pesticides et aux « polluants éternels » (comme ceux de BASF près de Rouen), ils menacent les nappes phréatiques – un problème que l’Algérie, avec ses sols déjà contaminés par les hydrocarbures, ne peut plus ignorer.

La contradiction systémique : l’Algérie mise sur les énergies renouvelables pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures, mais cette transition risque d’aggraver sa crise hydrique. Sans une révolution agricole (passage à des cultures moins gourmandes en eau, gestion durable des sols) et une politique de l’eau radicale (désalinisation, recyclage, tarification incitative), le pays court à la catastrophe.

**Infrastructures : la modernité comme alibi**

Le métro d’Alger, modernisé par Thales, est présenté comme un symbole de progrès. Pourtant, cette modernisation est superficielle. Le vrai défi des transports en Algérie n’est pas la technologie, mais l’accessibilité et la gouvernance. Les métros de Jakarta ou Barcelone, cités en exemple, fonctionnent parce qu’ils s’inscrivent dans des politiques urbaines intégrées (logement, emploi, environnement). En Algérie, les infrastructures sont souvent décorrélées des besoins réels : des autoroutes vides, des aéroports sous-utilisés, des tramways qui desservent des quartiers riches mais pas les banlieues populaires.

Le fil rouge avec l’énergie : dans les deux cas, l’Algérie importe des technologies (panneaux solaires, systèmes billettiques) sans développer ses propres capacités. C’est une modernisation par procuration, qui ne crée pas de valeur ajoutée locale et maintient le pays dans une position de dépendance.

**Synthèse prospective : l’Algérie à l’heure des choix**

L’Algérie se trouve aujourd’hui à un carrefour historique. Trois scénarios se dessinent :

1. Le scénario autoritaire-renouvelable : le régime poursuit sa transition énergétique à la marge, en important des technologies et en subventionnant des projets phares, tout en maintenant un contrôle politique strict. La diaspora reste une source de devises, la jeunesse est canalisée dans des structures d’État, et la culture est instrumentalisée. Ce scénario est stable à court terme, mais il creuse les dépendances et prépare des crises sociales majeures.

2. Le scénario de la rupture rentière : l’Algérie mise tout sur les hydrocarbures, en pariant sur une hausse durable des prix du gaz (grâce à la guerre en Ukraine). Elle néglige les renouvelables, renforce son alliance avec la Russie et la Chine, et durcit son autoritarisme

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