Djellaoui relance le rail sud avec la BAD

Le ministre des Transports, Kamel Djellaoui, a présidé récemment une réunion de suivi pour le financement de la ligne ferroviaire Laghouat-Ghardaïa-El Meniaa par la Banque africaine de développement (BAD). Ce projet, estimé à plus de 1,2 milliard de dollars, vise à désenclaver les wilayas du Sud algérien et à faciliter l’acheminement des ressources minières vers les ports du Nord.

Selon Algerie Eco, la BAD a déjà validé une première tranche de financement de 300 millions de dollars, couvrant les études techniques et les appels d’offres. Les travaux, qui devaient initialement débuter en 2024, ont été retardés en raison de procédures administratives complexes. Djellaoui a insisté sur l’urgence de finaliser les accords pour éviter de nouveaux reports. « Ce corridor ferroviaire est stratégique pour l’économie nationale. Il réduira les coûts logistiques et renforcera l’intégration régionale », a-t-il déclaré lors de la réunion.

Le tracé de 450 km reliera trois wilayas clés : Laghouat, Ghardaïa et El Meniaa. Il s’inscrit dans le plan quinquennal 2020-2024 du gouvernement, qui prévoit la modernisation de 2 300 km de voies ferrées. La ligne permettra notamment d’exporter les phosphates de Djebel Onk et les minerais de fer de Gara Djebilet vers le port de Béjaïa, en passant par le futur axe Béchar-Tindouf. Ce dernier, déjà en construction, est présenté comme un maillon essentiel pour l’exploitation des gisements du Sud-Ouest.

Un projet aux retombées multiples

Les autorités misent sur cette infrastructure pour dynamiser l’emploi local. Le chantier devrait générer près de 5 000 emplois directs et indirects, selon les estimations du ministère des Transports. À terme, la ligne pourrait transporter jusqu’à 10 millions de tonnes de marchandises par an, contre 3 millions actuellement par la route. « Le rail est trois fois moins cher que le transport routier pour les longues distances. C’est un levier pour réduire les coûts de production des entreprises algériennes », explique un expert en logistique cité par El Watan.

Le projet s’accompagne d’un volet environnemental. Le gouvernement prévoit de remplacer une partie du trafic routier par le rail pour diminuer les émissions de CO₂. Un rapport de la BAD souligne que le transport ferroviaire émet jusqu’à 75 % de gaz à effet de serre en moins que le transport par camion. Cette dimension écologique a joué en faveur de l’obtention des financements internationaux.

Des défis logistiques et financiers

Malgré ces avancées, des obstacles persistent. Les retards dans les études géotechniques et les difficultés d’acquisition des terrains ont déjà repoussé le calendrier initial. « Les wilayas du Sud présentent des contraintes géologiques spécifiques, comme les sols sableux et les risques d’ensablement. Cela nécessite des solutions techniques adaptées », précise un ingénieur du groupe Cosider, chargé des travaux.

La question du financement reste également sensible. La BAD a conditionné le déblocage des fonds restants à la mise en place d’un cadre juridique clair pour les partenariats public-privé (PPP). Or, l’Algérie n’a pas encore adopté de loi spécifique sur les PPP, malgré plusieurs annonces en ce sens. « Les bailleurs de fonds exigent des garanties pour sécuriser leurs investissements. Sans texte réglementaire, les négociations traînent », confie une source proche du dossier à TSA.

Une concurrence régionale accrue

Le projet s’inscrit dans un contexte de rivalité économique entre pays du Maghreb. Le Maroc a récemment inauguré sa ligne à grande vitesse Tanger-Casablanca, tandis que la Tunisie modernise son réseau ferroviaire avec l’aide de l’Union européenne. « L’Algérie ne peut pas se permettre de prendre du retard. Le rail est un facteur de compétitivité pour attirer les investisseurs étrangers », analyse un économiste interrogé par Liberté.

La ligne Laghouat-Ghardaïa-El Meniaa pourrait aussi servir de tremplin pour des projets plus ambitieux, comme une connexion avec le réseau ferroviaire tunisien ou malien. Djellaoui a évoqué cette possibilité lors d’une rencontre avec des homologues africains en 2025, soulignant l’importance d’une intégration continentale.

Prochaines étapes

D’après Algerie Eco, le ministère des Transports prévoit de lancer les appels d’offres pour les travaux de génie civil d’ici la fin de l’année. Les entreprises algériennes, comme Cosider et Eurl Sonelgaz, devraient être associées aux consortiums internationaux retenus. « Nous privilégions les partenariats gagnant-gagnant, où les compétences locales sont valorisées », a affirmé Djellaoui.

La mise en service partielle de la ligne est attendue pour 2028, avec une pleine exploitation prévue en 2030. Entre-temps, les autorités devront résoudre les blocages administratifs et sécuriser les financements complémentaires. La BAD a laissé entendre qu’elle pourrait augmenter sa participation si les conditions étaient réunies. « Ce projet est une priorité pour l’Algérie. Nous sommes prêts à accompagner sa réalisation », a déclaré un responsable de la banque à Jeune Afrique.

En attendant, les wilayas concernées se préparent à accueillir les chantiers. À Ghardaïa, les autorités locales ont déjà identifié des zones pour les gares et les centres logistiques. « C’est une opportunité historique pour notre région. Nous travaillons sur des plans d’aménagement pour maximiser les retombées économiques », a déclaré le wali de Ghardaïa, cité par El Moudjahid.

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