L’Algérie accélère ses projets industriels autour du lithium, un métal stratégique pour la transition énergétique mondiale. Récemment, le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a confirmé l’existence de réserves significatives dans le sud du pays, notamment dans la région de Tamanrasset. Ces gisements, encore en phase d’évaluation, pourraient positionner l’Algérie comme un acteur clé dans la production de batteries pour véhicules électriques. Mais au-delà de l’extraction, c’est le recyclage du lithium qui retient désormais l’attention des autorités et des experts.
Un enjeu économique et écologique
Selon El Watan, qui a consacré un dossier détaillé au sujet en avril 2025, le recyclage du lithium représente une opportunité stratégique pour l’Algérie. Le pays, déjà confronté à des défis logistiques pour l’exploitation minière, pourrait contourner une partie de ces obstacles en développant une filière de recyclage des batteries usagées. « L’Algérie a tout intérêt à intégrer cette chaîne de valeur, car elle possède les infrastructures industrielles nécessaires et une main-d’œuvre qualifiée », explique un ingénieur en génie chimique cité par le quotidien.
Le recyclage du lithium présente plusieurs avantages. D’abord, il réduit la dépendance aux importations de matières premières, un enjeu crucial pour un pays qui cherche à diversifier son économie. Ensuite, il limite l’impact environnemental de l’extraction minière, souvent critiquée pour son empreinte écologique. Enfin, il permet de répondre à la demande croissante en lithium, tirée par l’essor des véhicules électriques et des systèmes de stockage d’énergie renouvelable.
Des partenariats en cours
Pour concrétiser cette ambition, l’Algérie a engagé des discussions avec des entreprises spécialisées dans le recyclage des batteries. Parmi elles, des acteurs européens et asiatiques, attirés par les incitations fiscales et les facilités offertes par le gouvernement algérien. « Nous travaillons sur des accords de transfert de technologie pour permettre à nos entreprises locales de maîtriser les procédés de recyclage », a déclaré un responsable du ministère de l’Industrie, sous couvert d’anonymat.
La Société Algérienne de Recyclage (SAR), créée en 2023, joue un rôle central dans ce projet. Basée à Oran, cette entreprise publique a pour mission de développer des unités de traitement des déchets électroniques, dont les batteries lithium-ion. Selon des sources proches du dossier, une première usine pilote devrait être opérationnelle d’ici la fin de l’année, avec une capacité de traitement de 5 000 tonnes de batteries par an.
Les défis à relever
Malgré ces avancées, plusieurs obstacles persistent. Le premier concerne la collecte des batteries usagées. En Algérie, comme dans de nombreux pays, les circuits de récupération des déchets électroniques restent peu structurés. « Il faut sensibiliser les citoyens et les entreprises à l’importance du tri et du recyclage », souligne un expert en gestion des déchets, interrogé par El Watan.
Le second défi est technologique. Le recyclage du lithium nécessite des procédés complexes, comme l’hydrométallurgie ou la pyrométallurgie, qui demandent des investissements lourds et une expertise pointue. « L’Algérie devra former des ingénieurs spécialisés et investir dans la recherche et développement pour rester compétitive », estime un universitaire algérien.
Enfin, la concurrence internationale est féroce. Des pays comme la Chine, les États-Unis et l’Allemagne dominent déjà le marché du recyclage des batteries. Pour se démarquer, l’Algérie mise sur ses coûts de production avantageux et sa proximité avec les marchés européens, où la demande en lithium recyclé devrait exploser dans les prochaines années.
Un projet aligné sur la stratégie énergétique nationale
Le développement d’une filière de recyclage du lithium s’inscrit dans la stratégie plus large de l’Algérie pour une transition énergétique souveraine. Le pays, qui dépend encore largement des hydrocarbures, cherche à diversifier ses sources de revenus et à réduire son empreinte carbone. Les énergies renouvelables, notamment le solaire, sont au cœur de cette ambition, mais le stockage de l’énergie reste un défi.
« Le lithium est un maillon essentiel de la chaîne de valeur des énergies propres. En maîtrisant son recyclage, l’Algérie peut non seulement sécuriser son approvisionnement, mais aussi exporter des technologies et des savoir-faire », analyse Abdenour Keramane, ancien ministre de l’Industrie et des Mines, dans une interview accordée à El Moudjahid en février 2026.
Les prochaines étapes
D’après des informations recueillies par l’Agence Presse Service (APS), le gouvernement algérien prévoit de lancer un appel d’offres international pour la construction de plusieurs usines de recyclage de batteries. Ces infrastructures, qui seront implantées dans les zones industrielles du sud et de l’est du pays, bénéficieront d’un cadre réglementaire favorable, avec des exonérations fiscales et des subventions à l’investissement.
Par ailleurs, un partenariat avec l’Union européenne est en discussion pour financer des projets de recherche conjoints. L’objectif est de développer des technologies de recyclage plus efficaces et moins polluantes, tout en formant des ingénieurs algériens aux dernières innovations du secteur.
Un modèle pour l’Afrique ?
Si l’Algérie parvient à développer une filière compétitive de recyclage du lithium, elle pourrait servir de modèle pour d’autres pays africains. Le continent, riche en ressources minières mais souvent dépendant des exportations de matières premières, a tout à gagner à intégrer des chaînes de valeur locales. « L’Algérie a une opportunité historique de devenir un hub régional pour le recyclage des batteries », estime un analyste économique basé à Alger.
Pour y parvenir, le pays devra cependant surmonter ses défis internes, notamment en matière de gouvernance et de stabilité réglementaire. Les investisseurs étrangers, bien que séduits par le potentiel algérien, restent prudents face aux lenteurs administratives et aux incertitudes politiques.
Malgré ces obstacles, le recyclage du lithium représente une chance unique pour l’Algérie de s’imposer comme un acteur incontournable de la transition énergétique. À condition de jouer ses cartes avec rigueur et ambition.