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L’Algérie d’aujourd’hui est un pays en tension permanente entre deux forces : l’une, centrifuge, qui pousse à l’affirmation d’une souveraineté intransigeante, l’autre, centripète, qui révèle les fissures d’un système aux prises avec ses propres contradictions. Les actualités de ces derniers jours dessinent une cartographie où se croisent l’urgence économique, la crispation identitaire, la quête de légitimité internationale et la gestion chaotique des ressources. Comme si le pays, après des décennies de gestion postcoloniale, hésitait encore entre le rêve d’une puissance régionale et la réalité d’un État en perpétuelle réparation.
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de linéarité. L’Algérie parle d’une voix forte sur la scène africaine, mais tremble à l’idée d’une sécession kabyle ; elle lance des mégaprojets miniers tout en luttant contre la pénurie de ciment ; elle célèbre son patrimoine culturel tandis que ses barrages se vident. Ces actualités ne sont pas des îlots isolés, mais les symptômes d’un même mal : une gouvernance qui oscille entre le volontarisme et l’improvisation, entre la fierté nationale et la peur du vide.
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**1. L’infrastructure comme miroir des priorités (et des impasses)**
Le métro d’Alger, prolongé jusqu’à minuit, est présenté comme une avancée sociale. Pourtant, cette mesure arrive dans un contexte où le matériel de chantier devient un luxe – grues et bétonnières voient leurs prix s’envoler, paralysant la construction de logements. Ici, l’État algérien joue un jeu dangereux : il mise sur des symboles de modernité (transports, mégaprojets) pour masquer l’effritement du quotidien. Le métro, c’est la vitrine ; la pénurie de logements, la réalité.
Cette dichotomie rappelle étrangement la doctrine Tebboune : « souveraineté, dialogue, solutions africaines ». Des mots qui sonnent comme un mantra, mais qui peinent à se traduire en actes concrets. Comment concilier une diplomatie panafricaine ambitieuse avec une économie encore dépendante des hydrocarbures ? Comment parler de « solutions africaines » quand le pays peine à résoudre ses propres crises hydriques et immobilières ?
Le projet ferroviaire Gara Djebilet-Bechar, présenté comme une « perspective prometteuse », en est l’illustration parfaite. Une ligne stratégique pour exporter le minerai de fer, mais qui ne servira à rien si les ports algériens restent engorgés et si les barrages, à 59,55 % de remplissage, ne garantissent plus l’eau potable pour les communes. L’Algérie construit des rails pour l’avenir, mais oublie parfois de réparer les fuites du présent.
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**2. La souveraineté, entre discours et réalités géopolitiques**
Le président Tebboune a beau réaffirmer la doctrine algérienne, les tensions avec le Maroc et les ambiguïtés sur le Sahara occidental continuent de miner la crédibilité du pays. L’annonce de la mort de trois trafiquants marocains près de la frontière – un fait divers qui prend des allures de message politique – s’inscrit dans une guerre de l’ombre où la drogue et les frontières deviennent des armes. Pendant ce temps, l’Algérie se pose en médiatrice au Niger et au Sahel, mais son soutien au Polisario la place dans une position inconfortable à l’Union africaine.
Cette schizophrénie diplomatique n’est pas nouvelle. Elle rappelle les années Boumediene, où l’Algérie jouait les leaders du tiers-monde tout en réprimant ses propres dissidences. Aujourd’hui, le pays veut incarner la stabilité africaine, mais son armée est mobilisée contre une éventuelle indépendance kabyle. Comment prétendre résoudre les crises du continent quand on ne parvient pas à apaiser les siennes ?
Le paradoxe est d’autant plus frappant que l’Algérie mise sur son soft power culturel pour redorer son blason. Le Salon international de l’Artisanat en Italie, où elle est l’invitée d’honneur, ou les célébrations de Yennayer à Tizi Ouzou, sont autant de tentatives de montrer une Algérie unie et fière. Mais ces initiatives sonnent creux quand, dans le même temps, les forces de sécurité se préparent à une « mobilisation générale » contre les revendications kabyles. Le patrimoine algérien est célébré à l’étranger, mais instrumentalisé – ou ignoré – chez soi.
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**3. L’économie : entre mégaprojets et inflation galopante**
L’exploitation du gisement de Gara Djebilet, présenté comme un « projet stratégique », est un symbole de l’Algérie post-pétrole. Le pays mise sur ses ressources minières pour diversifier son économie, mais cette transition se heurte à deux obstacles majeurs : l’inflation et la dépendance aux importations.
Les prix des médicaments, déjà supérieurs à ceux de l’Europe, reflètent une économie malade. L’Algérie importe massivement, mais ses devises s’épuisent. Le gouvernement tente de contrôler les prix, mais les facteurs nationaux – corruption, bureaucratie, pénuries – jouent un rôle bien plus important que les fluctuations internationales. Résultat : le béton coûte cher, les grues manquent, et les logements sociaux restent une promesse.
Cette situation rappelle les années 1980, quand l’Algérie, asphyxiée par la dette, avait dû se soumettre aux plans d’ajustement structurel du FMI. Aujourd’hui, le pays évite le piège de la dette, mais son économie reste prisonnière d’un modèle rentier. Gara Djebilet est une bouffée d’oxygène, mais sans réformes structurelles, l’Algérie risque de reproduire les mêmes erreurs : miser sur des mégaprojets sans développer une industrie locale capable de les soutenir.
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**4. L’eau et le logement : les deux crises qui menacent la stabilité sociale**
L’annonce de l’arrivée de l’eau dans six communes de Béni Ourtilane et Guenzet pour le Ramadan est un soulagement, mais elle cache une réalité alarmante : le taux de remplissage des barrages (59,55 %) est en baisse, et les pénuries se multiplient. L’Algérie, pays semi-aride, est en train de payer le prix de décennies de gestion hasardeuse de ses ressources hydriques.
Le problème est double :
1. La demande explose : urbanisation galopante, agriculture intensive, industries gourmandes en eau.
2. L’offre se tarit : barrages mal entretenus, fuites dans les réseaux, absence de politique de recyclage des eaux usées.
Dans le même temps, la crise du logement s’aggrave. Les prix du matériel de chantier s’envolent, et les programmes de construction peinent à suivre. L’État algérien a beau annoncer des milliers de logements sociaux, la réalité est tout autre : les promoteurs privés privilégient les résidences haut de gamme, inaccessibles à la majorité de la population. Résultat : des bidonvilles qui s’étendent, des jeunes qui s’entassent chez leurs parents, et une colère sociale qui gronde.
Ces deux crises – eau et logement – sont les plus dangereuses pour la stabilité du pays. Elles touchent directement le quotidien des Algériens, et aucune rhétorique sur la souveraineté ou les solutions africaines ne pourra les résoudre sans une refonte totale de la gouvernance.
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**5. La formation professionnelle : le maillon faible d’une économie en transition**
L’Algérie mise sur la formation professionnelle pour préparer sa jeunesse à l’après-pétrole. Pourtant, les initiatives restent timides. Le « projet artistique » comme outil de développement des compétences langagières est une idée intéressante, mais elle reste marginale face à l’ampleur des défis.
Le pays a besoin de techniciens, d’ingénieurs, d’artisans qualifiés pour ses mégaprojets. Mais le système éducatif algérien, hérité de l’ère socialiste, est encore trop théorique. Les entreprises peinent à trouver une main-d’œuvre adaptée, et les jeunes diplômés se tournent vers l’émigration ou le secteur informel.
L’exemple d’Angoulême, qui se réinvente en campus numérique, montre ce qui manque à l’Algérie : une véritable politique d’innovation, capable de transformer les compétences locales en atouts économiques. Sans cela, Gara Djebilet et les autres projets miniers risquent de devenir des enclaves étrangères, sans retombées pour la population.
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**6. La pharmacie : le révélateur d’une économie malade**
L’industrie pharmaceutique algérienne est en crise. Les prix des médicaments sont plus élevés qu’en Europe, et la production locale peine à suivre la demande. Plusieurs facteurs expliquent cette situation :
– Dépendance aux importations : l’Algérie importe encore 70 % de ses médicaments.
– Bureaucratie : les autorisations de mise sur le marché sont lentes et coûteuses.
– Corruption : le secteur est miné par les détournements et les surfacturations.
Cette crise sanitaire est un symptôme de l’état général de l’économie algérienne. Le pays a les moyens de produire localement, mais il manque la volonté politique et les infrastructures pour le faire. Résultat : les Algériens paient cher des médicaments qui, souvent, viennent de l’étranger.
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**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**
L’Algérie d’aujourd’hui est un pays en équilibre précaire. D’un côté, elle affiche une ambition régionale, lance des mégaprojets et célèbre son patrimoine. De l’autre, elle peine à résoudre ses crises internes : eau, logement, éducation, santé.
Trois scénarios se dessinent pour l’avenir :
1. Le scénario de la continuité : l’Algérie maintient son modèle actuel, avec une économie dépendante des hydrocarbures et des mégaprojets, tout en essayant de contenir les tensions sociales. Ce scénario mène à une stagnation progressive, avec des risques de crise majeure en cas de chute des prix du pétrole.
2. Le scénario de la rupture : le pays engage des réformes structurelles – diversification économique, lutte contre la corruption, décentralisation – pour moderniser son système. Ce scénario est le plus souhaitable, mais il suppose une volonté politique forte et une stabilité sociale que l’Algérie n’a pas connue depuis des décennies.
3. Le scénario du chaos : les crises (eau, logement, chômage) s’aggravent, les tensions régionales (Kabylie, Sahara occidental) dégénèrent, et le pays sombre dans l’instabilité. Ce scénario n’est pas le plus probable, mais il reste une possibilité si les réformes tardent trop.
L’Algérie a les moyens de devenir une puissance régionale. Elle a des ressources, une jeunesse dynamique, et une position géostratégique clé. Mais pour y parvenir, elle doit cesser de jouer sur deux tableaux : celui de la souveraineté affichée et celui des contradictions internes. Elle doit choisir entre le rêve et la réalité.
Le temps presse. Les barrages se vident, les jeunes s’impatientent, et les voisins (Maroc, France