Métro d’Alger suspend les travaux de la ligne 1 pour six mois

Le métro d’Alger, l’un des projets phares du transport urbain en Algérie, connaît un nouveau contretemps. Selon des sources proches du ministère des Transports, les travaux d’extension de la ligne 1, qui devaient relier la station Tafourah-Grande Poste à celle de Place des Martyrs, sont suspendus pour une durée de six mois. Cette décision, prise en début d’année, soulève des questions sur les retards accumulés et leurs conséquences pour les usagers.

Une suspension justifiée par des « contraintes techniques »
D’après un communiqué officiel de l’Entreprise Métro d’Alger (EMA), la suspension des travaux s’explique par des « contraintes techniques imprévues » liées à la stabilisation des sols dans le secteur de la Casbah. Un ingénieur du projet, qui a requis l’anonymat, a précisé à El Watan que les fouilles archéologiques menées en parallèle des travaux ont révélé des vestiges ottomans nécessitant une expertise approfondie. « Nous devons adapter notre méthode de construction pour préserver ces découvertes, ce qui rallonge les délais », a-t-il déclaré.

Cette explication contraste avec les déclarations initiales de l’EMA, qui avait annoncé en 2023 un achèvement des travaux pour fin 2024. Le ministre des Transports, Kamel Beljoud, avait même évoqué lors d’une visite sur site en mars dernier un « rythme soutenu » des chantiers. Pourtant, les retards s’accumulent : la mise en service de la station Place des Martyrs, initialement prévue pour décembre 2023, a d’abord été reportée à juin 2024, puis à une date indéterminée.

Des usagers exaspérés par les reports successifs
Pour les Algérois, ces retards sont devenus une source de frustration. « Je prends le métro tous les jours pour aller travailler, et à chaque fois, c’est la même histoire : des annonces, des reports, et toujours pas de solution », témoigne Samir, un employé de bureau de 32 ans. La ligne 1, qui dessert déjà 14 stations sur 18,5 km, est saturée aux heures de pointe. L’ajout de la station Place des Martyrs devait désengorger le trafic en offrant une correspondance avec le téléphérique du Memorial, mais son absence prolonge les embouteillages en surface.

Les commerçants du centre-ville subissent aussi les conséquences. « Depuis que les travaux ont commencé, la circulation est bloquée, et les clients évitent le quartier », explique Fatima, gérante d’une boutique de vêtements près de la Grande Poste. Selon la Chambre de commerce d’Alger, le chiffre d’affaires des commerces situés le long du tracé a chuté de 30 % depuis le début des travaux.

Un budget revu à la hausse
Le projet d’extension de la ligne 1, lancé en 2018, devait coûter 25 milliards de dinars. Mais selon un rapport interne du ministère des Finances cité par Liberté, le budget a été revu à 32 milliards de dinars en 2023 en raison des « surcoûts liés aux aléas techniques ». Ces dépassements budgétaires s’ajoutent à ceux déjà enregistrés lors de la construction de la ligne 1, dont le coût final avait atteint 1,2 milliard de dollars, soit près du double des estimations initiales.

L’EMA, qui dépend de la Sonelgaz, a tenté de rassurer en affirmant que les fonds supplémentaires étaient « garantis » par l’État. Cependant, des sources au sein du ministère des Transports ont confié à TSA que ces retards pourraient entraîner une renégociation des contrats avec les entreprises étrangères impliquées, notamment le groupe français Colas Rail et l’espagnol CAF, chargés respectivement des infrastructures et du matériel roulant.

Des alternatives limitées en attendant
Face à ces retards, les autorités misent sur des solutions temporaires pour limiter l’impact sur les usagers. La RATP El Djazaïr, qui gère l’exploitation du métro, a annoncé l’ajout de six rames supplémentaires aux heures de pointe, portant le nombre de trains en circulation à 24. « Cela permettra de réduire les temps d’attente de 5 à 3 minutes », a indiqué un responsable de la RATP à El Moudjahid.

Par ailleurs, la Société des transports algérois (ETA) a renforcé les lignes de bus desservant le centre-ville, avec une fréquence accrue sur les trajets Place des Martyrs – Bab Ezzouar et Grande Poste – Hydra. « Nous avons ajouté 50 bus articulés pour absorber la demande », a précisé le directeur de l’ETA, Mohamed Bouzidi, lors d’une conférence de presse récente.

Un projet stratégique malgré les obstacles
Malgré ces difficultés, le métro d’Alger reste un enjeu majeur pour la capitale. Avec une fréquentation quotidienne de 300 000 passagers, il est le deuxième réseau de transport en commun le plus utilisé après les bus. Son extension vers la Place des Martyrs, puis vers El Harrach à l’est et Draria à l’ouest, s’inscrit dans le plan directeur des transports d’Alger à l’horizon 2030, qui prévoit un réseau de 60 km et 60 stations.

Le président Abdelmadjid Tebboune a d’ailleurs réaffirmé en décembre dernier, lors d’une réunion du Conseil des ministres, l’importance de ce projet pour « désenclaver les quartiers populaires et réduire la congestion automobile ». Selon l’APS, le chef de l’État a demandé un « audit complet » des retards et des surcoûts, avec pour objectif de « mettre fin aux dysfonctionnements ».

Des leçons à tirer pour les autres projets
Les difficultés rencontrées par le métro d’Alger ne sont pas isolées. Le tramway d’Oran, dont la mise en service était prévue pour 2022, a finalement été inauguré en juin 2024 avec seulement 10 km sur les 48 initialement prévus. À Constantine, le téléphérique urbain, lancé en 2018, a accumulé trois ans de retard en raison de problèmes de financement.

Pour l’économiste et spécialiste des transports, Ahmed Benbitour, ces retards révèlent des « déficiences dans la planification et la gestion des grands projets ». « Il faut passer d’une logique de chantier à une logique de service public, avec des études de faisabilité plus rigoureuses et des mécanismes de contrôle renforcés », estime-t-il dans une tribune publiée par El Khabar.

En attendant, les Algérois devront composer avec ces perturbations. Pour Samir, l’employé de bureau, la solution est simple : « Qu’ils accélèrent les travaux, ou qu’ils nous donnent au moins une date fiable. On ne peut pas vivre dans l’incertitude comme ça. »

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