Arkab confirme l’avancée du gazoduc transsaharien

Le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a annoncé récemment que le gazoduc transsaharien, projet stratégique pour l’Algérie et l’Afrique, est déjà en partie une réalité. Selon des déclarations rapportées par Econostrum.info, une portion significative de l’infrastructure est opérationnelle, marquant une étape clé dans la concrétisation de ce pipeline de 4 128 kilomètres, destiné à transporter le gaz nigérian vers l’Europe via l’Algérie.

Le gazoduc transsaharien, également connu sous le nom de Nigeria-Algeria Gas Pipeline (NAGP), est un projet vieux de plusieurs décennies, relancé en 2009 avec la signature d’un accord entre le Nigeria, le Niger et l’Algérie. Son objectif principal est de diversifier les routes d’exportation du gaz africain vers l’Europe, réduisant ainsi la dépendance aux infrastructures existantes, comme celles traversant la Méditerranée ou l’Ukraine. Avec une capacité prévue de 30 milliards de mètres cubes par an, il pourrait positionner l’Algérie comme un hub énergétique incontournable entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe.

Mohamed Arkab n’a pas précisé quelle partie du gazoduc était déjà construite, mais des sources proches du dossier indiquent que les travaux ont progressé sur le tronçon algérien, notamment dans le sud du pays. Le tracé algérien, long de 1 037 kilomètres, doit relier la frontière nigérienne à Hassi R’Mel, le plus grand champ gazier d’Algérie, avant de se connecter au réseau européen via les gazoducs Medgaz et Galsi. Les défis logistiques et sécuritaires, notamment dans les zones désertiques et frontalières, ont longtemps retardé le projet, mais les autorités algériennes semblent déterminées à le mener à terme.

Pour l’Algérie, ce gazoduc représente bien plus qu’un simple projet énergétique. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement de son rôle géopolitique en Afrique et en Méditerranée. En facilitant l’exportation du gaz nigérian, Alger pourrait percevoir des revenus substantiels sous forme de droits de transit, estimés entre 1 et 2 milliards de dollars par an. De plus, le projet s’aligne avec les ambitions de l’Union européenne, qui cherche à réduire sa dépendance au gaz russe depuis la guerre en Ukraine. La Commission européenne a d’ailleurs inclus le gazoduc transsaharien dans sa liste de projets d’intérêt commun, ouvrant la voie à des financements européens.

Cependant, le projet n’est pas sans obstacles. Le Nigeria, principal fournisseur de gaz, fait face à des défis internes, notamment des vols de pétrole et des attaques contre ses infrastructures énergétiques, qui pourraient compromettre la stabilité des approvisionnements. Par ailleurs, la concurrence avec d’autres projets, comme le gazoduc Nigeria-Maroc, soutenu par la CEDEAO et le roi Mohammed VI, ajoute une dimension géopolitique complexe. La CEDEAO a récemment réaffirmé son soutien à cette alternative, qui contournerait l’Algérie pour acheminer le gaz vers l’Europe via le Maroc et l’Espagne.

Sur le plan technique, le gazoduc transsaharien nécessite des investissements colossaux, estimés à plus de 13 milliards de dollars. Les trois pays partenaires – Algérie, Niger et Nigeria – ont créé une société commune, la Nigeria-Algeria Gas Pipeline Company (NAGPCO), pour superviser le financement et la construction. Des discussions sont en cours avec des partenaires internationaux, dont la Banque africaine de développement (BAD) et des fonds souverains du Golfe, pour boucler le budget. L’Algérie, via Sonatrach, a déjà investi des centaines de millions de dollars dans les études de faisabilité et les premiers travaux.

Les retombées économiques pour l’Algérie pourraient être significatives. Outre les revenus de transit, le projet stimulerait les industries locales, notamment dans les secteurs de la construction, de la métallurgie et des services. Les régions traversées par le gazoduc, comme Tamanrasset et Adrar, bénéficieraient d’un développement des infrastructures et de la création d’emplois. Cependant, des voix s’élèvent pour souligner les risques environnementaux, notamment la perturbation des écosystèmes désertiques et les émissions de gaz à effet de serre liées à l’exploitation gazière.

Sur le plan diplomatique, le gazoduc transsaharien renforce les liens entre l’Algérie et le Nigeria, deux poids lourds du continent. Les deux pays ont signé en 2023 un accord de coopération énergétique, incluant des projets communs dans les énergies renouvelables et la formation technique. Pour le Niger, ce pipeline représente une opportunité de diversifier son économie, trop dépendante de l’uranium et de l’aide internationale. Cependant, les tensions politiques récentes au Niger, notamment le coup d’État de 2023, pourraient compliquer la mise en œuvre du projet.

En Europe, les réactions sont mitigées. Si certains pays, comme l’Italie et l’Espagne, voient d’un bon œil une nouvelle source d’approvisionnement en gaz, d’autres, comme l’Allemagne, misent davantage sur les énergies renouvelables et l’hydrogène vert. La Commission européenne a toutefois réitéré son soutien aux projets gaziers africains, à condition qu’ils respectent les normes environnementales et contribuent à la transition énergétique.

Pour l’Algérie, le succès du gazoduc transsaharien dépendra de sa capacité à surmonter les défis techniques, financiers et géopolitiques. Avec des réserves gazières en déclin et une demande intérieure en hausse, le pays doit trouver un équilibre entre ses exportations et ses besoins locaux. Le projet s’inscrit dans une vision plus large, celle d’une Algérie jouant un rôle central dans la sécurité énergétique de l’Europe et de l’Afrique. Si les travaux se poursuivent au rythme actuel, le gazoduc pourrait être opérationnel d’ici la fin de la décennie, transformant durablement le paysage énergétique du continent.

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