Revue de presse : Pharmacie Algérie, Défense nationale Algérie, Politique étrangère Algérie…

**L’Algérie en 2024 : un État en tension entre le mythe et le réel**

L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où s’entremêlent les traces d’un État rentier, les cicatrices d’une guerre de libération toujours présente dans les mémoires, et les promesses d’une modernité inachevée. Les actualités récentes dessinent une nation en équilibre précaire entre deux forces contradictoires : d’un côté, une volonté farouche de souveraineté, incarnée par le désendettement extérieur et les réformes structurelles ; de l’autre, une dépendance persistante aux flux transnationaux – qu’ils soient financiers (transferts des migrants), technologiques (câbles sous-marins), ou symboliques (patrimoine, gastronomie). Ces dynamiques révèlent moins une crise qu’un modus vivendi algérien, où la résilience se construit dans l’ambivalence.

**Souveraineté économique : le désendettement comme arme politique**

L’Algérie affiche un désendettement extérieur spectaculaire, avec une dette tombée à 2,87 milliards de dollars fin 2024 – un chiffre qui ferait pâlir d’envie bien des économies émergentes. Cette performance, célébrée par Le Courrier, n’est pas seulement un exploit comptable : elle est le fruit d’une stratégie délibérée, où l’État algérien joue la carte de l’autonomie face aux institutions financières internationales. Pourtant, cette victoire a un prix.

D’abord, elle repose sur une rente hydrocarbure toujours dominante, malgré les discours sur la diversification. Ensuite, elle s’accompagne de réformes a minima : l’institution d’une allocation chômage pour les jeunes, par exemple, est un pas historique, mais reste un pansement sur une plaie béante – le chômage des 15-24 ans frôle les 30 %. Enfin, cette souveraineté financière se heurte à une réalité plus trouble : l’Algérie dépend toujours des transferts de fonds de sa diaspora (16 milliards d’euros « perdus » pour la France, selon les chiffres cités), une manne qui, bien que vitale, rappelle que l’économie nationale reste tributaire de ses enfants expatriés.

Le paradoxe est saisissant : l’Algérie se désendette par le haut (État) tout en s’endettant par le bas (ménages, jeunes, migrants). La question n’est pas tant de savoir si cette stratégie est viable, mais jusqu’à quand elle pourra masquer les fractures sociales.

**La pharmacie et l’emploi : deux fronts d’une même bataille pour la dignité**

L’installation d’un comité d’experts pour la liste des médicaments essentiels et l’institution d’une allocation chômage sont deux réformes qui, à première vue, n’ont rien à voir. Pourtant, elles répondent à une même urgence : redonner à l’État algérien une légitimité sociale après des décennies de gestion opaque des ressources.

La crise pharmaceutique, avec ses pénuries récurrentes, est un symptôme de la défaillance d’un système où l’importation de médicaments (souvent subventionnés) a longtemps servi de variable d’ajustement budgétaire. En créant un comité d’experts, l’Algérie tente de rationaliser ses dépenses tout en sécurisant l’accès aux traitements – une gageure dans un pays où le secteur privé, peu régulé, a prospéré sur les carences de l’État. Mais cette rationalisation bute sur un écueil : comment concilier souveraineté sanitaire et dépendance aux laboratoires étrangers, notamment européens ?

L’allocation chômage, elle, est une révolution silencieuse. Pour la première fois, l’État reconnaît officiellement le droit à la précarité – une reconnaissance tardive, mais nécessaire. Pourtant, cette mesure arrive dans un contexte où le secteur informel emploie près de 50 % de la population active. Comment financer cette allocation sans alourdir une fiscalité déjà inéquitable ? Et surtout, comment éviter qu’elle ne devienne une aumône plutôt qu’un levier d’insertion ?

Ces deux réformes illustrent une tension fondamentale : l’Algérie veut réparer son contrat social sans réinventer son modèle économique. Or, dans un pays où la jeunesse représente 70 % de la population, la réparation ne suffira pas.

**Défense et numérique : la souveraineté à l’ère des nouvelles guerres**

Le conflit libyen, les menaces transsahariennes, et les attaques américano-israéliennes en Iran ne sont pas des actualités lointaines pour l’Algérie. Elles dessinent les contours d’une sécurité élargie, où la défense nationale ne se limite plus aux frontières physiques, mais s’étend aux infrastructures critiques – notamment numériques.

L’Algérie observe avec attention les câbles sous-marins qui irriguent l’Afrique en données. Si la Tunisie muscle sa connectivité avec ViaTunisia, l’Algérie, elle, reste en retrait – alors même que son économie numérique est en plein essor (startups, partenariats algéro-russes). Cette prudence s’explique : dans un monde où les câbles sont des cibles potentielles (comme l’a montré la coupure du SEA-ME-WE 4 en 2022), contrôler son infrastructure numérique revient à contrôler son destin.

Pourtant, cette souveraineté technologique est fragile. Les partenariats avec la Russie (visite de délégations algéro-russes, exploration de collaborations en IA) montrent une volonté de diversification, mais aussi une dépendance à des acteurs eux-mêmes sous sanctions. L’Algérie joue ici un jeu d’équilibriste : elle veut échapper à l’hégémonie occidentale sans tomber dans l’orbite de Moscou ou Pékin.

La vraie question n’est pas qui contrôle les données, mais comment l’Algérie peut transformer cette souveraineté numérique en levier de développement. Car une nation souveraine n’est pas seulement celle qui maîtrise ses frontières, mais celle qui maîtrise son récit – et aujourd’hui, le récit algérien passe par le numérique.

**Immobilier et archéologie : le patrimoine comme champ de bataille**

L’immobilier algérien est un miroir grossissant des contradictions du pays. D’un côté, une crise du logement endémique (le scandale Bab Darna a révélé les dérives des promoteurs) ; de l’autre, une libéralisation timide (possibilité de finir soi-même les travaux pour réduire les coûts). Cette réforme, si elle est bien encadrée, pourrait dynamiser un secteur sclérosé. Mais elle risque aussi d’aggraver les inégalités : qui, parmi les Algériens, a les moyens de se lancer dans des travaux auto-gérés ?

Le patrimoine archéologique, lui, est un autre front. L’île de Rachgoun, les roches gravées de Guadeloupe (mentionnées en comparaison), ou le site de Sijilmassa (menacé par l’urbanisation) rappellent que l’Algérie est assise sur un trésor historique… qu’elle peine à valoriser. Le tourisme culturel reste marginal, faute d’infrastructures et d’une stratégie claire. Pourtant, ce patrimoine pourrait être un atout économique majeur – comme le montrent les succès de la gastronomie algérienne à l’étranger.

Car la gastronomie, justement, est l’un des rares domaines où l’Algérie exporte son soft power. Les pâtissiers franco-algériens qui « cartonnent » en France, le chocolat El Mordjene, ou la réinvention des desserts orientaux prouvent que la culture algérienne peut être un produit d’appel. Mais cette réussite reste confinée à des niches – alors qu’elle pourrait irriguer tout un secteur, du tourisme à l’agroalimentaire.

L’enjeu ? Passer d’une économie de la rente (pétrole, immobilier spéculatif) à une économie de la création (patrimoine, gastronomie, numérique). Mais cela suppose de rompre avec des décennies de gestion clientéliste des ressources.

**Diaspora et médias : les Algériens de l’extérieur, nouveaux acteurs de la souveraineté**

La question des harraga (migrants clandestins) et des transferts de fonds est l’un des sujets les plus sensibles en Algérie. Officiellement, l’État veut « mettre fin au désespoir » en offrant des alternatives (diplomatie, emploi). Officieusement, il sait que ces flux financiers (plus de 2 milliards de dollars par an) sont une bouée de sauvetage pour des millions de familles.

Pourtant, cette dépendance est aussi une faiblesse. Les transferts des migrants sont une dette invisible : ils financent la consommation des ménages, mais pas l’investissement productif. Pis, ils entretiennent une économie de la survie plutôt que de la croissance.

Les médias, eux, jouent un rôle ambigu. Les partenariats algéro-russes dans le numérique (startups, Algeria Venture) montrent une volonté de diversification des alliances. Mais ils révèlent aussi une méfiance envers les acteurs occidentaux, perçus comme dominants. Le vrai défi n’est pas de choisir entre Moscou et Paris, mais de créer un écosystème médiatique algérien capable de rivaliser avec les géants du numérique.

Car aujourd’hui, le récit algérien est encore largement façonné par des acteurs extérieurs – qu’il s’agisse des chaînes satellitaires, des réseaux sociaux, ou des think tanks étrangers. Or, une nation souveraine est une nation qui maîtrise son récit.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

L’Algérie de 2024 est un pays en suspens. Elle a les moyens de ses ambitions (désendettement, réformes sociales, souveraineté numérique), mais elle reste prisonnière de ses dépendances (rente pétrolière, transferts des migrants, clientélisme). Son avenir se jouera sur trois fronts :

1. La transition économique : Peut-elle passer d’une économie de rente à une économie de la connaissance ? Le numérique et la gastronomie montrent la voie, mais cela suppose de briser les verrous du secteur informel et de la corruption.
2. La cohésion sociale : L’allocation chômage et les réformes pharmaceutiques sont des pas dans la bonne direction, mais elles ne suffiront pas sans un New Deal algérien – un contrat social renouvelé, où l’État cesse d’être un distributeur de subventions pour devenir un facilitateur d’opportunités.
3. La souveraineté culturelle : L’Algérie a un patrimoine matériel (archéologie) et immatériel (gastronomie, musique) exceptionnel. Le transformer en levier économique et diplomatique sera crucial pour échapper à la marginalisation géopolitique.

Le vrai défi n’est pas de choisir entre l’Est et l’Ouest, mais de devenir un acteur autonome dans un monde multipolaire. L’Algérie a les atouts pour y parvenir – à condition de surmonter ses contradictions internes.

Car, comme le disait Kateb Yacine, « l’Algérie n’est pas un pays, c’est une blessure qui saigne encore ». Mais une blessure

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