Tebboune avance la présidentielle algérienne au 7 septembre

Le président Abdelmadjid Tebboune a signé un décret officialisant le report du scrutin présidentiel algérien au 7 septembre 2024, soit trois mois avant la date initialement prévue. Cette décision, annoncée par la présidence de la République via l’agence APS, marque un tournant dans le calendrier électoral du pays et suscite déjà des réactions divergentes parmi les acteurs politiques et la société civile.

Selon les informations relayées par France 24 et tv5monde, le décret présidentiel a été publié dans la matinée du 21 mars 2024. Aucune justification officielle n’a été fournie pour expliquer ce changement de date, mais plusieurs observateurs évoquent des raisons logistiques et politiques. L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), dirigée par Mohamed Charfi, a confirmé la nouvelle sans préciser si les délais de campagne seraient ajustés en conséquence.

Les partis politiques algériens ont réagi avec prudence. Le Front de libération nationale (FLN), principal parti au pouvoir, a salué cette décision par la voix de son secrétaire général, Abderrazak Makri, qui y voit une « mesure de sagesse » permettant d’éviter une superposition avec les préparatifs de la rentrée sociale et économique. En revanche, des formations d’opposition comme le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et le Parti des travailleurs (PT) ont exprimé leur scepticisme. Louisa Hanoune, secrétaire générale du PT, a déclaré à El Watan que ce report « pourrait être interprété comme une manœuvre pour limiter le temps de mobilisation des candidats indépendants ».

Un calendrier électoral sous tension

Les candidats potentiels à la présidentielle disposent désormais d’un délai raccourci pour déposer leurs dossiers. Selon la loi électorale algérienne, les postulants doivent recueillir au moins 60 000 signatures de citoyens répartis dans au moins 25 wilayas, ou obtenir le soutien de 600 élus locaux. Cette exigence avait déjà été un obstacle pour plusieurs figures de l’opposition lors des précédents scrutins. Fethi Ghares, coordinateur du Mouvement démocratique et social (MDS), a indiqué à TSA que son parti « étudiait les implications juridiques » de ce nouveau calendrier.

Réactions internationales et enjeux diplomatiques

En France, le ministère des Affaires étrangères a adopté une position plus mesurée. Lors d’un point presse récent, le porte-parole du Quai d’Orsay a déclaré que Paris « prenait acte » de la décision algérienne et souhaitait que les élections se déroulent « dans les meilleures conditions ». Cette prudence contraste avec les tensions récurrentes entre les deux pays, notamment après l’adoption par l’Algérie, en décembre 2025, d’une loi criminalisant la colonisation française, une initiative qualifiée d’ »hostile » par Paris.

Mobilisation citoyenne et défis logistiques

Cependant, des inquiétudes persistent quant à la participation électorale. Lors des dernières législatives de juin 2021, le taux d’abstention avait atteint 66 %, un record pour l’Algérie. Des associations comme la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) appellent à une « mobilisation massive » pour éviter une nouvelle désaffection des urnes. Son président, Noureddine Benissad, a déclaré à Liberté que « l’enjeu n’est pas seulement de voter, mais de faire entendre une voix citoyenne dans un contexte de réformes institutionnelles ».

Les candidats en lice et les inconnues du scrutin

D’autres figures politiques pourraient émerger, comme l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, qui a récemment multiplié les apparitions publiques, ou encore le chef du parti islamiste El Bina, Abdelkader Bengrina. Du côté de l’opposition, le mouvement Hirak, bien que affaibli par les arrestations et les restrictions, pourrait tenter de peser sur le scrutin en appelant au boycott ou en soutenant des candidats indépendants.

Un scrutin aux implications économiques

Les milieux d’affaires algériens suivent de près l’évolution politique. Le Forum des chefs d’entreprise (FCE), dirigé par Ali Haddad avant son arrestation, a appelé à une « stabilité institutionnelle » pour attirer les investisseurs étrangers. Dans une déclaration à El Khabar, son actuel président, Reda Hamiani, a souligné que « les élections doivent être un moment de rassemblement pour relancer l’économie et restaurer la confiance ».

Vers une présidentielle sous haute surveillance

Pourtant, des défis subsistent. La question de l’accès équitable aux médias pour tous les candidats reste un sujet de préoccupation. Selon un rapport de Reporters sans frontières (RSF) publié en 2023, les chaînes publiques algériennes accordent une couverture disproportionnée aux figures du pouvoir, au détriment des opposants. Le président de l’ANIE, Mohamed Charfi, a promis que « toutes les mesures seraient prises pour assurer une campagne équitable », mais les détails concrets de cette promesse restent à préciser.

Dans les rues d’Alger, d’Oran ou de Constantine, les citoyens algériens semblent partagés entre l’espoir d’un changement et le scepticisme face à un système politique perçu comme verrouillé. Comme l’a résumé un jeune électeur contacté par TSA : « On nous parle de réformes, mais on ne voit pas encore les résultats. Cette élection sera un test pour savoir si l’Algérie peut vraiment tourner la page. »

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