Revue de presse : Élections Algérie, Histoire Algérie, Urbanisme Algérie…

**Le miroir brisé : quand l’Algérie se regarde en face**

L’Algérie contemporaine est un pays en tension permanente entre deux récits. D’un côté, une souveraineté réaffirmée avec ostentation – dans les discours, les lois mémorielles, les grands projets urbains ou les partenariats stratégiques. De l’autre, une réalité sociale et économique qui révèle des failles béantes : dépendance alimentaire, fuite des cerveaux, répression politique, et une jeunesse en quête d’échappatoires, qu’ils soient numériques, migratoires ou artisanaux. Les actualités de ces dernières semaines dessinent une carte des contradictions algériennes, où chaque domaine d’activité semble à la fois un symptôme et un remède à la crise systémique du pays.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de fil conducteur apparent. Comment relier la loi criminalisant le colonialisme français à l’expulsion des sans-papiers algériens en Belgique ? Quel lien entre la réhabilitation des médinas et les arnaques en ligne ? Pourtant, ces fragments d’actualité s’emboîtent comme les pièces d’un puzzle dont l’image finale serait celle d’un État en quête d’unité, mais dont les politiques publiques, souvent contradictoires, trahissent une schizophrénie structurelle. L’Algérie se veut à la fois gardienne de la mémoire anticoloniale et partenaire des anciennes puissances coloniales ; championne de la souveraineté alimentaire et importatrice massive de blé ; promotrice d’un artisanat traditionnel et laboratoire d’une économie numérique précaire.

Pour comprendre cette dynamique, il faut accepter une hypothèse : l’Algérie est un pays en transition permanente, où chaque avancée – réelle ou symbolique – se paie par un recul ailleurs. La question n’est pas de savoir si le pays progresse, mais à quel prix, et surtout, pour qui.

**La mémoire comme arme politique : entre réparation et instrumentalisation**

La loi criminalisant le colonialisme, publiée au Journal officiel, est un coup de force symbolique. Elle s’inscrit dans une stratégie de légitimation du régime par la victimisation historique, une tactique déjà éprouvée depuis 1962. Mais cette loi, présentée comme une « question de justice historique », pose deux problèmes majeurs.

D’abord, elle révèle une mémoire sélective. Comme le souligne Sahel Intelligence, le régime algérien efface systématiquement les traces de la spoliation des Juifs d’Algérie et de la destruction des synagogues, pourtant indissociables de l’histoire coloniale. Cette omission n’est pas anodine : elle permet d’éviter de reconnaître que la violence coloniale a aussi été interne, et que la construction nationale post-indépendance a exigé des sacrifices – ceux des minorités, des opposants, des langues et cultures non arabes. La loi-cadre sur la mémoire coloniale est donc moins une réparation qu’un outil de contrôle narratif, où l’État se pose en unique héritier légitime du récit national.

Ensuite, cette loi entre en contradiction flagrante avec la réalité des droits humains en Algérie. Comment exiger des réparations de la France pour les crimes du passé tout en expulsant massivement ses propres citoyens en situation irrégulière en Europe ? La Belgique vient de signer un accord pour accélérer les renvois des Algériens en séjour illégal, tandis que l’Algérie reste la première nationalité des sans-papiers dans l’UE. Le message est clair : la souveraineté mémorielle s’arrête aux frontières de l’Algérie. À l’intérieur, le contrat social repose sur une souveraineté conditionnelle – les citoyens ont des droits tant qu’ils ne remettent pas en cause le pouvoir.

Cette dichotomie entre mémoire extérieure et répression intérieure n’est pas nouvelle. Elle rappelle les années 1990, où le régime instrumentalisa la lutte contre le terrorisme islamiste pour justifier une répression tous azimuts, tout en se posant en rempart de la stabilité régionale. Aujourd’hui, c’est la mémoire qui sert de paravent : on célèbre la résistance anticoloniale pour mieux étouffer les voix dissidentes.

**L’urbanisme, ou l’art de construire sans habiter**

L’Algérie est un pays de chantiers pharaoniques et de villes fantômes. Les projets d’Oscar Niemeyer à Constantine, la réhabilitation des médinas, ou encore le tourisme écologique à Mostaganem s’inscrivent dans une volonté de modernisation urbaine. Pourtant, ces initiatives butent sur une réalité : l’urbanisme algérien est désincarné.

Prenons l’exemple de Niemeyer. Son université de Constantine, chef-d’œuvre d’architecture brutaliste, est aujourd’hui un symbole de la déconnexion entre l’État et les citoyens. Conçue comme un temple du savoir, elle est sous-utilisée, mal entretenue, et souvent contournée par une jeunesse qui préfère les formations professionnelles ou l’exil. La réhabilitation des médinas, quant à elle, est présentée comme une source d’enrichissement économique et culturel. Mais qui en profite ? Les artisans locaux, ou les promoteurs immobiliers qui transforment ces quartiers en vitrines touristiques aseptisées ?

Le problème n’est pas technique, mais politique. L’urbanisme algérien souffre d’un déficit de démocratie participative. Les projets sont décidés d’en haut, sans consultation des habitants, et souvent confiés à des entreprises étrangères (chinoises, turques, françaises) qui importent leur main-d’œuvre et leurs matériaux. Résultat : des villes belles sur le papier, mais inhabitables pour ceux qui y vivent. Mostaganem mise sur un tourisme écologique, mais combien de ses habitants ont accès à l’eau potable ? Le Conseil des ministres vient d’évoquer les « préparatifs pour le mois sacré » (Ramadan), mais les coupures d’eau restent chroniques dans plusieurs wilayas.

L’urbanisme algérien est le miroir d’un État qui construit pour exister, mais qui oublie de faire vivre. Les grands projets sont des vitrines de souveraineté, pas des outils de développement local. Et quand ils échouent, comme c’est souvent le cas, on accuse la « bureaucratie », le « manque de moyens », ou pire, la « mentalité des Algériens ». Rarement le système lui-même.

**L’eau et la faim : les deux visages de la dépendance**

L’Algérie est un pays riche en ressources naturelles, mais pauvre en souveraineté alimentaire et hydrique. Les deux enjeux sont liés : sans eau, pas d’agriculture ; sans agriculture, pas d’autosuffisance.

Le Conseil des ministres a récemment mis l’accent sur le secteur de l’eau, un sujet récurrent depuis des décennies. Pourtant, les solutions proposées – barrages, dessalement, réutilisation des eaux usées – sont toujours les mêmes, et toujours insuffisantes. Pourquoi ? Parce que le problème n’est pas technique, mais structurel. L’Algérie gaspille 40 % de son eau potable à cause de réseaux vétustes, et son agriculture, pourtant subventionnée, reste dépendante des importations. Le pays importe 70 % de ses besoins en blé, alors que les terres arables couvrent à peine 3 % du territoire.

La « valorisation des vases de barrages » présentée comme une innovation est révélatrice : on cherche des solutions low-cost pour masquer l’incapacité à réformer en profondeur. Pendant ce temps, la Banque africaine de développement promeut des « technologies pour la transformation de l’agriculture africaine », mais l’Algérie, malgré ses moyens, reste à la traîne. Pourquoi ? Parce que l’agriculture algérienne est prisonnière d’un modèle rentier : on subventionne les intrants, mais on ne forme pas les agriculteurs ; on construit des barrages, mais on ne gère pas les nappes phréatiques.

La sécurité alimentaire est le talon d’Achille de l’Algérie. Le pays dépense des milliards de dollars en importations, alors que des solutions locales existent. Mais elles exigeraient de rompre avec le clientélisme qui gangrène le secteur. Tant que les terres agricoles seront distribuées en fonction des réseaux de pouvoir plutôt que des compétences, l’Algérie restera dépendante.

**La santé et l’artisanat : deux laboratoires de l’économie de la débrouille**

Face à l’échec des grands projets étatiques, deux secteurs émergent comme des espaces de résistance et d’innovation : la recherche médicale et l’artisanat.

La « Healthcare Academy » de Siemens Algérie et les avancées en neurochirurgie à Oran montrent que l’Algérie dispose d’un potentiel scientifique réel. Mais ce potentiel est sous-exploité. La formation triangulaire Japon-Tunisie-Afrique révèle une autre réalité : l’Algérie est souvent contournée dans les partenariats régionaux, faute de stabilité institutionnelle. Les chercheurs algériens brillent à l’étranger, mais peinent à percer chez eux, où les budgets de la recherche sont dérisoires et les carrières bloquées par le népotisme.

L’artisanat, lui, est un secteur en pleine mutation. La Chambre de l’artisanat de Constantine forme 50 jeunes artisans, tandis que Jihene Touati mise sur le numérique en Tunisie. Mais là encore, le paradoxe est frappant : l’Algérie célèbre son patrimoine artisanal, mais ne lui donne pas les moyens de se moderniser. Les artisans algériens sont souvent cantonnés à un rôle de folklore touristique, sans accès aux marchés internationaux. Pourtant, des initiatives comme le salon de la création artisanale au Kram montrent que le savoir-faire existe. Le problème ? Il n’est pas scalable – parce que l’État ne crée pas les conditions pour qu’il le devienne.

Ces deux secteurs illustrent une même dynamique : l’Algérie est un pays de talents individuels, mais d’échec collectif. Les solutions existent, mais elles sont portées par des acteurs isolés, qui doivent composer avec un système qui les étouffe.

**Internet et la politique : les deux faces de la répression douce**

L’Algérie est un pays où l’on criminalise le colonialisme, mais où l’on censure les opposants. Où l’on célèbre la souveraineté numérique, mais où les arnaques en ligne prospèrent. Où l’on forme des artisans au numérique, mais où l’accès à Internet reste cher et lent.

Les actualités sur les arnaques en ligne (phishing, faux rendez-vous Teams) révèlent une réalité inquiétante : l’Algérie est un terrain de jeu pour les cybercriminels. Pourquoi ? Parce que l’État n’a pas les moyens (ou la volonté) de réguler le secteur. La « protection Anti-Scam d’Avast » est une solution individuelle, pas une politique publique. Pendant ce temps, les jeunes Algériens, privés d’opportunités économiques, se tournent vers le dark web ou les arnaques en ligne pour survivre.

Côté politique, la répression se fait plus subtile. Le RCD, parti d’opposition, est empêché de tenir son conseil national. La France « s’ouvre sur la question des disparus de la Guerre de libération », mais l’Algérie, elle, refuse toujours d’enquêter sur les milliers de disparus des années 1

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