L’Algérie mise sur sa diaspora pour relancer l’industrie automobile

L’Algérie a lancé une campagne ciblée pour attirer les compétences et les investissements de sa diaspora dans le secteur automobile, un pilier de sa stratégie de diversification économique. Selon un rapport publié récemment par tsa-algerie.com, le gouvernement algérien a multiplié les initiatives pour inciter les Algériens établis à l’étranger à participer au développement de cette filière, jugée stratégique pour réduire la dépendance aux importations et créer des emplois locaux.

Une délégation officielle, menée par le ministre de l’Industrie, Ahmed Zaghdar, a organisé en juillet 2025 une série de rencontres avec des entrepreneurs et ingénieurs algériens basés en Europe, notamment en France, en Allemagne et en Turquie. Ces échanges visaient à présenter les opportunités offertes par le nouveau cadre législatif, notamment la loi de finances complémentaire 2024, qui accorde des avantages fiscaux aux investisseurs étrangers et aux membres de la diaspora souhaitant s’implanter dans le pays.

Parmi les mesures phares, figure l’exonération partielle de l’impôt sur les bénéfices pendant cinq ans pour les projets industriels, ainsi que des facilités pour l’acquisition de terrains dans les zones industrielles. Le ministre a également souligné l’engagement de l’État à simplifier les procédures administratives, un point souvent cité comme un frein par les investisseurs potentiels. « Nous avons réduit les délais d’obtention des autorisations de 12 à 3 mois pour les projets prioritaires », a déclaré Zaghdar lors d’une conférence à Paris, citée par tsa-algerie.com.

Des partenariats concrets en cours

Autre exemple : la société algéro-turque Sovac, détenue à 51 % par le groupe algérien Cevital et à 49 % par le constructeur turc Karsan, a inauguré en avril 2025 une ligne de production de minibus électriques à Rouïba. L’usine, qui emploie 300 personnes, dont plusieurs cadres formés en Europe et revenus en Algérie, table sur une production de 1 500 véhicules par an. « Notre objectif est de couvrir 30 % du marché local d’ici 2030 et d’exporter vers l’Afrique », a indiqué le PDG de Sovac, Mourad Oulmi, lors de l’inauguration.

Les défis de la compétitivité

Pour y remédier, le gouvernement a mis en place un fonds de soutien à l’innovation industrielle, doté de 200 milliards de dinars (environ 1,4 milliard d’euros). Ce fonds, géré par l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI), finance des projets de recherche et développement (R&D) portés par des entreprises locales en collaboration avec des centres techniques étrangers. En 2024, 12 projets ont été retenus, dont un programme de développement de batteries lithium-ion en partenariat avec des laboratoires allemands et sud-coréens.

La diaspora, un levier sous-exploité

Pour inverser cette tendance, le gouvernement a créé en 2024 une plateforme numérique, Diaspora Invest, qui met en relation les porteurs de projets algériens avec des investisseurs de la diaspora. La plateforme, développée en collaboration avec l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (ALGEX), recense plus de 500 opportunités d’investissement dans les secteurs de l’automobile, des énergies renouvelables et de l’agroalimentaire. « Nous voulons passer d’une logique de transferts d’argent à une logique de co-investissement », explique le directeur général d’ALGEX, Kamel Rezzag-Bara, dans un entretien accordé à Liberté.

Les attentes des professionnels

« Nous avons besoin de techniciens qualifiés pour monter en gamme. Aujourd’hui, nous formons nos ouvriers sur le tas, ce qui limite notre capacité à innover », souligne un responsable de l’usine Renault Algérie Production, qui a refusé d’être nommé. Le constructeur français, présent en Algérie depuis 2014, a récemment annoncé un plan d’investissement de 50 millions d’euros pour moderniser son site de Oued Tlelat, près d’Oran, et porter sa capacité de production à 50 000 véhicules par an d’ici 2026.

Un secteur clé pour l’économie nationale

Le développement d’une filière locale permettrait non seulement de réduire cette facture, mais aussi de créer des emplois dans un pays où le taux de chômage des jeunes dépasse 25 %. Le ministre de l’Industrie a fixé un objectif ambitieux : produire 200 000 véhicules par an d’ici 2030, dont 30 % de véhicules électriques ou hybrides. « L’Algérie a les ressources humaines et les matières premières pour devenir un hub automobile en Afrique du Nord. Il nous manque encore une vision industrielle intégrée et une stabilité réglementaire », estime l’économiste Abderrahmane Mebtoul, dans une tribune publiée par El Moudjahid.

La mobilisation de la diaspora pourrait être un accélérateur, à condition que les pouvoirs publics maintiennent leur engagement et simplifient davantage l’environnement des affaires. Pour l’heure, les signes sont encourageants, mais les résultats concrets se feront attendre encore plusieurs années.

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