L’érosion génétique menace les dattes algériennes

La palmeraie algérienne, l’une des plus riches au monde en variétés de dattes, fait face à une menace silencieuse : l’érosion génétique. Selon tsa-algerie.com, ce phénomène, qui se traduit par la disparition progressive de certaines variétés locales, met en péril un patrimoine agricole et culturel vieux de plusieurs millénaires. Les experts alertent sur les conséquences économiques et environnementales de cette dégradation, alors que l’Algérie reste l’un des principaux producteurs et exportateurs de dattes au niveau mondial.

Un patrimoine en déclin

Le professeur Mohamed Belkacemi, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique d’Algérie (INRAA), souligne que « l’érosion génétique n’est pas un phénomène nouveau, mais son accélération ces dernières décennies est alarmante ». Il explique que la monoculture, favorisée par la demande internationale pour certaines variétés comme la Deglet Nour, a conduit à l’abandon progressif des autres cultivars. « Nous perdons des variétés résistantes à la sécheresse ou aux maladies, qui pourraient pourtant être cruciales pour l’avenir de notre agriculture », précise-t-il.

Des enjeux économiques et culturels

Au-delà de l’aspect économique, la disparition des variétés locales menace aussi un héritage culturel. Les dattes occupent une place centrale dans la gastronomie algérienne, utilisées dans des plats traditionnels comme le makrout, le kalb el louz ou encore les tcharek. Certaines variétés, comme la Mech Degla, sont même associées à des rituels religieux et sociaux. « Chaque oasis a ses propres variétés, adaptées à son climat et à ses traditions. Perdre ces dattes, c’est effacer une partie de notre identité », déplore Fatima Zohra, une habitante de Timimoun.

Des solutions pour préserver la diversité

Par ailleurs, des associations locales, comme l’Union des producteurs de dattes de Biskra, militent pour une diversification des cultures. « Il faut sensibiliser les agriculteurs à l’importance de préserver les variétés traditionnelles, même si elles sont moins rentables à court terme », explique un responsable de l’union. Des subventions et des formations sont proposées pour encourager les producteurs à replanter des cultivars locaux.

Le gouvernement algérien a également pris conscience de l’urgence. En 2023, un plan national pour la sauvegarde de la palmeraie a été annoncé, incluant des mesures pour limiter l’expansion urbaine dans les zones oasiennes et renforcer la recherche agronomique. « La préservation de notre patrimoine dattier doit devenir une priorité nationale », a déclaré un responsable du ministère de l’Agriculture, sans donner plus de détails sur les financements alloués.

Un défi pour les générations futures

Pour l’Algérie, la sauvegarde de sa palmeraie est bien plus qu’une question agricole : c’est un enjeu de souveraineté alimentaire, de résilience climatique et de préservation d’un patrimoine unique. À l’heure où le monde entier cherche des solutions pour s’adapter au changement climatique, les variétés de dattes algériennes pourraient offrir des réponses précieuses. Encore faut-il les protéger avant qu’il ne soit trop tard.

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