Banque d’Algérie renforce la lutte contre la fraude au change

La Banque d’Algérie a annoncé cette semaine une série de mesures visant à endiguer les abus et la fraude au droit de change, un phénomène qui pèse sur les réserves de devises du pays. Selon Algerie Patriotique, ces premières dispositions marquent le début d’une offensive réglementaire et opérationnelle pour sécuriser les transactions en devises et limiter les fuites illégales de capitaux.

Parmi les mesures dévoilées, la Banque d’Algérie impose désormais un contrôle systématique des opérations de change supérieures à 10 000 euros, ou leur équivalent en d’autres devises, pour les particuliers et les entreprises. Les banques commerciales sont tenues de transmettre ces transactions à la cellule de traitement du renseignement financier (CTRF), rattachée à la Banque centrale, dans un délai de 48 heures. Cette cellule, créée en 2022, voit ainsi son rôle renforcé dans la traque des flux suspects.

Autre nouveauté : l’obligation pour les opérateurs économiques d’utiliser exclusivement les canaux bancaires officiels pour leurs transactions en devises, sous peine de sanctions. Les transferts informels, souvent réalisés via des réseaux parallèles, sont désormais passibles de poursuites pénales, avec des amendes pouvant atteindre 50 % du montant frauduleux. Algerie Patriotique précise que cette disposition cible particulièrement les importateurs qui contournent les procédures légales pour acquérir des devises à des taux préférentiels, puis les revendre sur le marché noir.

La Banque d’Algérie a également durci les conditions d’accès aux devises pour les voyages à l’étranger. Les particuliers ne pourront plus obtenir plus de 1 000 euros par trimestre pour leurs dépenses personnelles, contre 3 000 euros auparavant. Cette limite s’applique aussi aux cartes bancaires internationales, dont les plafonds de retrait et de paiement ont été revus à la baisse. Les justificatifs de voyage (billets d’avion, réservations d’hôtel) seront désormais exigés pour toute demande de change, une mesure destinée à éviter les détournements vers des usages non déclarés.

Un arsenal technologique pour traquer les fraudes

Les banques algériennes, quant à elles, sont désormais tenues de former leurs employés aux nouvelles procédures de détection des fraudes. La Banque d’Algérie a organisé en mai 2026 une journée d’étude sur la norme Know Your Customer (KYC), rapporte Algerie Eco. Cette norme, déjà en vigueur dans plusieurs pays, impose aux établissements financiers de vérifier l’identité de leurs clients et l’origine des fonds avant toute transaction. Les banques algériennes devront adapter leurs systèmes d’ici fin 2026 pour se conformer à ces exigences.

Les importateurs dans le viseur

Pour lutter contre ce phénomène, la Banque d’Algérie a instauré un mécanisme de vérification des prix des marchandises importées. Les douanes et les banques devront désormais comparer les prix déclarés avec les cours internationaux, en s’appuyant sur des bases de données comme celles de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). En cas d’écart significatif, les importateurs devront justifier la différence sous peine de se voir refuser l’accès aux devises.

Réactions et critiques

Du côté des opérateurs économiques, les critiques portent sur les délais de traitement des demandes de devises, jugés trop longs. « Avec ces nouvelles contraintes, obtenir des devises pour importer des matières premières pourrait prendre des semaines, ce qui risque de paralyser certaines activités », déplore un importateur de produits chimiques. La Fédération algérienne des entreprises (FAE) a d’ailleurs demandé à la Banque d’Algérie de mettre en place un guichet unique pour accélérer les procédures.

Les particuliers, quant à eux, s’inquiètent des restrictions sur les voyages. « Avec un plafond de 1 000 euros par trimestre, comment faire pour payer des études à l’étranger ou des soins médicaux en Europe ? », s’interroge un étudiant algérien en France. La Banque d’Algérie a répondu à ces préoccupations en précisant que des dérogations seraient accordées sur présentation de justificatifs, mais sans donner plus de détails sur les critères d’éligibilité.

Un contexte de pression sur les réserves de change

Le gouvernement algérien mise sur plusieurs leviers pour redresser la situation, dont la diversification des exportations et l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), prévue pour 2025. El Moudjahid souligne que cette adhésion pourrait faciliter l’accès des produits algériens aux marchés internationaux, mais aussi exposer le pays à une concurrence accrue. Dans l’immédiat, la lutte contre la fraude au change reste une priorité pour préserver les réserves et stabiliser le dinar, dont la valeur a reculé de 20 % face au dollar depuis 2020.

Prochaines étapes

En parallèle, le ministère des Finances travaille sur un projet de loi visant à durcir les sanctions contre les fraudeurs. Le texte, qui devrait être présenté au Parlement en 2026, prévoit des peines de prison allant jusqu’à 10 ans pour les cas les plus graves, ainsi que la confiscation des biens acquis grâce aux fonds détournés. Ces dispositions s’inspirent des modèles en vigueur en Tunisie et au Maroc, où la lutte contre la fraude au change a permis de réduire les fuites de capitaux de près de 30 % en cinq ans.

Pour l’Algérie, l’enjeu est double : protéger ses réserves de change tout en maintenant un climat des affaires favorable aux investisseurs. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’efficacité de ces mesures et leur impact sur l’économie réelle.

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