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**L’Algérie, laboratoire des tensions géopolitiques modernes**
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unificateur. L’Algérie parle de transition énergétique tout en creusant son déficit commercial, célèbre ses athlètes tout en laissant son système éducatif à la traîne, et brandit l’hydrogène vert comme une panacée alors que son code de l’eau reste un champ de ruines réglementaires. Ces paradoxes ne sont pas des accidents : ils révèlent une économie politique de la survie, où chaque domaine agit comme un rempart contre l’effondrement du modèle rentier, sans jamais oser le dépasser.
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**Énergie : le nucléaire, ou l’art de courir après le Maroc**
Parce que l’Algérie souffre d’un syndrome de la rente inversée : plus elle accumule de devises, moins elle investit dans des secteurs à haute valeur ajoutée. Le nucléaire, comme l’hydrogène vert, est perçu comme une solution magique, mais son développement bute sur deux écueils :
1. L’absence de consensus politique : le régime algérien, obsédé par la stabilité, craint les mobilisations sociales qu’entraînerait une libéralisation du secteur énergétique (comme en témoignent les émeutes de 2019 contre la hausse des prix du carburant).
2. La dépendance technologique : l’Algérie n’a ni les compétences ni les infrastructures pour développer seule une filière nucléaire civile. Or, s’appuyer sur la Russie (comme pour le gaz) ou la Chine (comme pour les autoroutes) revient à troquer une dépendance contre une autre.
Le Maroc, lui, mise sur des partenariats ciblés (avec la France, les États-Unis, et bientôt l’Afrique du Sud) et une diplomatie de l’atome « low cost », en visant des petits réacteurs modulaires (SMR). L’Algérie, elle, reste prisonnière de son complexe de grande puissance : elle veut un programme nucléaire à son image – pharaonique, mais sans les moyens de le réaliser.
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**Environnement : l’hydrogène vert, ou le mirage des solutions importées**
L’Algérie possède trois atouts majeurs pour l’hydrogène vert :
– Un ensoleillement parmi les plus élevés au monde (2 500 kWh/m²/an).
– Des réserves d’eau souterraine non négligeables (même si surexploitées).
– Une position géographique idéale pour exporter vers l’Europe.
Pourtant, elle risque de répéter les erreurs du passé :
1. Une approche extractiviste : l’hydrogène vert pourrait devenir une nouvelle rente, sans création d’emplois locaux ni transfert de technologie. Les partenariats avec le Vietnam (BTP) ou les entreprises européennes (comme Siemens) suggèrent une désindustrialisation par l’écologie – où l’Algérie fournirait la matière première (l’électricité solaire) sans maîtriser la chaîne de valeur.
2. L’oubli de l’eau : l’hydrogène vert nécessite d’énormes quantités d’eau dessalée. Or, l’Algérie est déjà en stress hydrique. Le symposium de l’AIG (Association des Ingénieurs Algériens) a beau vanter les opportunités, il passe sous silence le fait que le pays importe déjà 50 % de ses besoins en blé à cause de la sécheresse.
La Semaine africaine 2026, centrée sur « l’eau, enjeu vital », sonne comme un aveu : l’Algérie a externalisé sa réflexion sur l’environnement au point de ne plus savoir par où commencer.
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**Histoire et mémoire : la guerre des récits comme arme politique**
Cette guerre des mémoires n’est pas anodine. Elle sert deux objectifs :
1. Légitimer le régime : en rappelant sans cesse la guerre d’indépendance (1954-1962), le pouvoir se présente comme le garant de la souveraineté nationale. Toute critique devient une trahison.
2. Détourner l’attention : alors que le pays traverse une crise économique et sociale, les débats sur l’histoire (qui a trahi qui en 1962 ? Qui a le droit de parler au nom de l’Algérie ?) occupent l’espace médiatique.
Le paradoxe ? L’Algérie a besoin d’une histoire apaisée pour se projeter dans l’avenir, mais son régime a besoin d’une histoire conflictuelle pour se maintenir au pouvoir.
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**Économie : le déficit commercial, symptôme d’une maladie chronique**
Cette situation illustre l’échec de la diversification économique, pourtant promise depuis les années 1970. Trois raisons expliquent ce fiasco :
1. La malédiction des hydrocarbures : les recettes pétrolières et gazières (90 % des exportations) ont permis d’acheter la paix sociale, mais ont tué toute incitation à innover. Pourquoi investir dans l’agriculture ou l’industrie quand on peut importer du blé russe ou des voitures chinoises ?
2. La bureaucratie comme frein : les investisseurs étrangers (et locaux) se heurtent à un millefeuille administratif. Le code de l’investissement, réformé en 2022, reste inappliqué.
3. L’absence de vision industrielle : l’Algérie exporte du gaz, mais importe des engrais. Elle a du soleil, mais importe des panneaux solaires. Elle a des ports, mais pas de flotte marchande.
Le partenariat avec le Vietnam dans le BTP est révélateur : l’Algérie sous-traite sa modernisation. Au lieu de former des ingénieurs locaux, elle fait venir des entreprises étrangères pour construire des routes et des barrages. Résultat : le pays reste un marché, pas une puissance industrielle.
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**Numérique et éducation : la 5G comme miroir des inégalités**
1. La fracture numérique
– Le pays compte 25 millions d’internautes (sur 45 millions d’habitants), mais seulement 30 % de la population a accès à un internet de qualité.
– La panne géante en Espagne et au Portugal (juillet 2024) rappelle une vérité cruelle : l’Algérie dépend des câbles sous-marins européens pour son accès au web. Une vulnérabilité stratégique.
– Djallal Bouabdallah, expert en TIC, pointe du doigt le manque d’investissements dans les data centers locaux. Résultat : les données des Algériens sont stockées à l’étranger, sous contrôle de Google, Amazon ou Orange.
2. L’éducation, parent pauvre de la modernisation
– La brochure « École, inclusion et handicap » est un progrès, mais elle masque une réalité : l’Algérie dépense moins de 5 % de son PIB pour l’éducation (contre 6 % en moyenne en Afrique du Nord).
– Le Maroc lance « École Ouverte » pour les enfants handicapés, tandis que l’Algérie se contente de discours. Pourquoi ? Parce que le système éducatif algérien est conçu pour produire des fonctionnaires, pas des innovateurs.
– Les Jeux Olympiques de Paris 2024 sont célébrés comme un héritage pour le sport algérien, mais aucun plan concret n’est annoncé pour former des athlètes ou construire des infrastructures.
La 5G sans éducation, c’est comme un smartphone sans batterie : ça brille, mais ça ne marche pas.
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**Sport et politique : les athlètes comme exutoire national**
Mais derrière l’enthousiasme, deux réalités :
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