Revue de presse : Hôpitaux Algérie, Partis politiques Algérie, Armée algérienne…

**L’Algérie face à son miroir : un pays en tension entre modernisation et inerties**

Cette revue de presse n’est pas un simple inventaire thématique, mais une tentative de décrypter les fils rouges qui relient ces domaines en apparence disjoints. Car l’Algérie, comme tout système complexe, ne se comprend que par ses interconnexions : la santé et le numérique, l’armée et la finance islamique, le tourisme et la transition énergétique sont autant de facettes d’un même projet politique – ou de son absence.

**1. La santé : entre progrès africains et fractures territoriales**

La rencontre entre le ministre de la Santé, Abdelhak Saihi, et la délégation cubaine est symptomatique de cette quête de légitimité internationale. Cuba, modèle de médecine sociale exportée, est un partenaire historique de l’Algérie – mais aussi un aveu de faiblesse : malgré ses 40 000 médecins, le pays peine à couvrir ses besoins, notamment en spécialistes. La comparaison avec le Maroc, qui vient d’achever la réhabilitation de 1 400 centres de santé, est cruelle : Rabat mise sur une approche décentralisée, quand Alger concentre ses efforts sur des projets phares (comme le CHU de Constantine) sans résoudre la question de l’équité territoriale.

Contradiction majeure : L’Algérie dépense 6% de son PIB dans la santé (un taux élevé pour l’Afrique), mais les résultats restent inégaux. La raison ? Une bureaucratie sanitaire sclérosée, où les nominations dépendent plus des réseaux politiques que des compétences, et où l’hôpital public, malgré ses moyens, reste un lieu de corruption passive (pots-de-vin pour les lits, médicaments détournés).

**2. L’armée et les frontières : le retour de la realpolitik**

Trois dynamiques se croisent ici :
La guerre par procuration : L’Algérie, qui a longtemps soutenu le Polisario, voit avec inquiétude le rapprochement entre le Maroc et l’ONU sur le Sahara occidental. La résolution onusienne approuvant le plan d’autonomie marocain est un camouflet pour Alger, qui perd peu à peu son influence sur le dossier. D’où une radicalisation discrète : soutien aux groupes armés au Sahel (via des canaux officieux), pression sur la Mauritanie pour qu’elle ne cède pas aux sirènes de Rabat.
La Libye, angle mort stratégique : Avec le retrait progressif de la Turquie et de la Russie, l’Algérie pourrait devenir le nouveau parrain du gouvernement de Tripoli. Mais elle hésite, de peur de s’enliser dans un bourbier. Son approche ? Une diplomatie discrète, combinée à un renforcement militaire à la frontière (drones, radars).
Le Mali, laboratoire du chaos : La junte de Bamako, courtisée par la Russie, est devenue un foyer de déstabilisation. L’Algérie, qui a toujours privilégié le dialogue avec les groupes touaregs, voit ses marges de manœuvre se réduire. D’où son appel à une « collaboration africaine » contre le terrorisme – un euphémisme pour justifier une intervention indirecte.

Fils rouges avec d’autres domaines :
Finance islamique : Les fonds soufis et salafistes, actifs dans le Sahel, sont en partie financés par des circuits informels algériens. La lutte contre le terrorisme passe aussi par un assèchement de ces flux.
Transition énergétique : Les zones frontalières (comme le Tassili n’Ajjer) sont riches en terres rares, convoitées par les Chinois et les Russes. L’armée algérienne joue un rôle clé dans la sécurisation de ces ressources.

**3. La finance islamique : le capitalisme sous contrainte religieuse**

Trois enjeux clés :
Un marché captif : Les Algériens, traditionnellement méfiants envers les banques classiques, pourraient être séduits par des produits halal (comptes sans intérêts, sukuk). Mais le succès dépendra de la capacité de l’État à garantir la crédibilité de ces instruments.
Une concurrence régionale : Le Maroc et la Tunisie ont pris de l’avance dans ce domaine. L’Algérie, en retard, tente de rattraper son retard en s’appuyant sur des partenariats avec la Malaisie et les Émirats.
Un outil de contrôle social : La finance islamique est aussi un moyen de légitimer le pouvoir en place. En promouvant un capitalisme « éthique », l’État cherche à désamorcer les critiques sur la gabegie et les inégalités.

Contradiction : Comment concilier une économie de marché (même islamisée) avec un système politique verrouillé, où les véritables décisions se prennent dans l’ombre des généraux et des oligarques ? La Bourse d’Alger, malgré ses ambitions, reste un marché de niche, dominé par quelques groupes proches du pouvoir.

**4. Les femmes en politique : une révolution en trompe-l’œil ?**

Deux lectures possibles :
Une stratégie de communication : Dans un contexte régional marqué par les reculs des droits des femmes (Afghanistan, Iran), l’Algérie met en avant ses « progrès » pour redorer son image. Mais ces nominations restent largement symboliques.
Un changement de génération : Des figures comme Amara Benyounes (étoile montante du FLN) ou des militantes féministes indépendantes pourraient, à terme, bousculer les lignes. Mais elles se heurtent à un système patriarcal ancré dans les institutions.

Lien avec la santé : Les inégalités de genre se retrouvent dans l’accès aux soins. Les femmes rurales, notamment, sont les premières victimes des déserts médicaux. Le taux de mortalité maternelle, bien que réduit, reste supérieur à la moyenne maghrébine.

**5. Numérique et transition énergétique : les deux mamelles de la souveraineté**

Le numérique, parent pauvre :
– Les initiatives comme NanaTech (formation de femmes au codage) sont louables, mais restent marginales. L’Algérie manque cruellement d’infrastructures (seulement 60% de couverture 4G) et de compétences locales.
– Le vrai enjeu ? La cybersécurité. Avec des frontières poreuses et une armée engagée dans des conflits hybrides, l’Algérie est une cible pour les hackers (marocains, russes, chinois).

La transition énergétique, un pari risqué :
– La Cour des comptes tire la sonnette d’alarme : la dégradation de l’environnement est « avérée et continue ». Pourtant, les projets verts (solaire, éolien) peinent à décoller, faute de financements et de volonté politique.
Contradiction majeure : L’Algérie veut exporter du gaz « vert » (hydrogène) tout en continuant à exploiter ses gisements de pétrole. Une schizophrénie qui reflète son incapacité à sortir du tout-hydrocarbures.

**6. Tourisme et commerce : l’Algérie face à son isolement**

Deux pistes pour relancer le secteur :
Le tourisme local : Des initiatives comme les marchés artisanaux d’Alger (où l’on trouve des produits locaux à petits prix) montrent que les Algériens eux-mêmes pourraient être la première clientèle.
Le tourisme saharien : Des projets comme la « Route des Oasis » (Tamanrasset-Djanet) pourraient attirer les aventuriers. Mais la sécurité reste un frein.

Commerce : entre dépendance et diversification :
– L’Algérie exporte du gaz et importe tout le reste (médicaments, voitures, blé). Les droits de douane avec l’UE et les États-Unis sont un sujet de tension, mais aussi une source de revenus pour l’État.
Le vrai défi : Réduire la dépendance aux importations. Des secteurs comme l’agroalimentaire ou les énergies renouvelables pourraient créer des emplois, mais ils se heurtent aux lobbies des importateurs (proches du pouvoir).

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

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