L’Algérie prépare un appel d’offres de grande envergure pour le développement de projets solaires en 2025, selon des informations publiées par pv magazine France cette semaine. Ce nouvel appel s’inscrit dans la stratégie nationale de transition énergétique, qui vise à produire 15 000 mégawatts (MW) d’électricité renouvelable d’ici 2035, dont 80 % à partir du solaire. Le ministère de la Transition énergétique et des Énergies renouvelables, dirigé par Chems Eddine Chitour, n’a pas encore dévoilé les détails techniques ou le calendrier précis, mais les observateurs s’attendent à une procédure ouverte aux investisseurs nationaux et internationaux.
Cet appel d’offres s’ajoute aux projets déjà lancés dans le cadre du programme national des énergies renouvelables. En 2023, l’Algérie a inauguré la centrale solaire de Sétif (20 MW) et celle de Laghouat (30 MW), toutes deux construites par des entreprises locales en partenariat avec des acteurs étrangers. Le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), basé à Alger, a également annoncé en mars 2024 la finalisation de prototypes de panneaux solaires fabriqués localement, une première pour le pays. Ces avancées technologiques pourraient être intégrées aux futurs projets issus de l’appel d’offres.
Les autorités algériennes misent sur ce mécanisme pour accélérer la diversification du mix énergétique, actuellement dominé par les hydrocarbures. Selon l’Agence nationale pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (APRUE), l’Algérie dispose d’un potentiel solaire estimé à 3 000 heures d’ensoleillement par an, l’un des plus élevés au monde. Le ministre Chitour a souligné lors d’une conférence en novembre 2025 que « l’objectif n’est pas seulement de produire de l’électricité verte, mais aussi de créer une industrie locale des énergies renouvelables, génératrice d’emplois et de valeur ajoutée ».
Les investisseurs étrangers montrent un intérêt croissant pour le marché algérien. En octobre 2024, l’Algérie et les États-Unis ont signé un mémorandum d’accord dans le domaine climatique, incluant un volet sur le développement des énergies renouvelables. Ce partenariat pourrait faciliter l’accès à des financements et à des technologies américaines pour les futurs projets. Par ailleurs, l’Allemagne, via son ministre de l’Économie Robert Habeck, a exprimé en février 2026 sa volonté de renforcer la coopération avec l’Algérie dans les énergies vertes, notamment pour l’exportation d’hydrogène vert vers l’Europe.
Cependant, des défis persistent. Le cadre réglementaire reste en cours d’ajustement pour attirer les investisseurs privés, et les retards dans la mise en œuvre des projets passés ont parfois découragé les partenaires. La centrale solaire de Hassi R’Mel (150 MW), annoncée en 2019, n’a toujours pas été lancée, en raison de blocages administratifs et de difficultés de financement. Le gouvernement algérien devra donc simplifier les procédures et garantir la transparence des appels d’offres pour convaincre les acteurs du secteur.
Sur le plan régional, l’Algérie se positionne comme un acteur clé dans la transition énergétique en Afrique. En mai 2026, elle a partagé son expertise avec la Côte d’Ivoire lors d’un atelier sur les énergies renouvelables, organisé par la Sonelgaz. Le directeur général de Sonelgaz, Mourad Adjal, a déclaré que « l’Algérie est prête à exporter son savoir-faire en matière de gestion des réseaux électriques et de développement des énergies propres ». Cette coopération s’inscrit dans une dynamique plus large, où l’Algérie cherche à renforcer ses liens avec les pays africains tout en consolidant sa position de fournisseur d’électricité pour ses voisins, comme la Tunisie, vers laquelle elle exporte déjà de l’électricité depuis 2020.
L’appel d’offres prévu en 2025 pourrait marquer un tournant pour le secteur énergétique algérien. Si les conditions sont réunies – transparence, rapidité d’exécution et attractivité financière –, il pourrait attirer des géants du solaire comme TotalEnergies, ACWA Power ou des acteurs chinois, déjà présents dans d’autres projets en Afrique. Pour l’Algérie, l’enjeu est double : réduire sa dépendance aux hydrocarbures, qui représentent encore 95 % de ses exportations, et se positionner comme un hub énergétique régional. Les prochains mois seront décisifs pour concrétiser ces ambitions.