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**L’Algérie à l’épreuve de ses propres mythes**
Derrière les annonces officielles et les micro-événements se cache une question centrale : comment l’Algérie peut-elle concilier souveraineté et ouverture, sans tomber dans les pièges du nationalisme défensif ou de la dépendance néocoloniale ? La réponse, si elle existe, se niche dans les interstices de ces actualités, là où les contradictions deviennent des leviers.
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**La souveraineté, ou l’art de jouer sur tous les tableaux**
Cette stratégie rappelle celle de la Chine ou de la Russie, où l’État encadre strictement les secteurs stratégiques tout en les ouvrant aux investisseurs. Mais à la différence de Pékin, Alger n’a pas les moyens de son ambition. La Bourse d’Alger reste un marché étriqué, dominé par quelques entreprises publiques, et où la liquidité est aussi rare qu’un débat démocratique. Comment attirer les capitaux sans perdre le contrôle ? La question hante les couloirs du ministère des Finances.
Le lien avec les startups est évident : l’État algérien mise sur l’innovation pour réduire sa dépendance technologique, mais sans libéraliser vraiment l’économie. Résultat ? Un écosystème de startups subventionné plutôt qu’entrepreneurial, où l’État joue à la fois le rôle de tuteur et de frein. La Conférence nationale des startups, qui s’ouvre à Alger, promet des « mesures importantes » – mais on peut parier que ces mesures seront incitatives (subventions, exonérations) plutôt que libératrices (réforme du droit des affaires, ouverture aux capitaux étrangers).
**2. Transition énergétique : le paradoxe du pétrole vert**
Pourtant, les signaux contradictoires s’accumulent :
– D’un côté, l’Algérie se présente comme un champion des énergies renouvelables (objectif : 15 000 MW de solaire d’ici 2035).
– De l’autre, elle signe des contrats gaziers avec l’Europe (via le gazoduc Galsi et Medgaz) et continue d’exploiter ses réserves de gaz de schiste, malgré les risques environnementaux et les résistances locales.
Le vrai défi n’est pas technique, mais politique : comment financer la transition sans aliéner les rentiers du système (Sonatrach, l’armée, les oligarques) ? La réponse algérienne est typique des États rentiers : étaler la transition sur des décennies pour éviter les chocs sociaux. Mais le temps presse. L’Europe, qui a besoin du gaz algérien pour remplacer le russe, pourrait bien devenir un partenaire encombrant – surtout si Bruxelles impose des taxes carbone aux importations fossiles.
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**Identité et pouvoir : le triangle infernal**
Pourtant, derrière cette image lisse se cachent des tensions :
– La jeunesse algérienne, de plus en plus connectée, aspire à une société moins rigoriste (débats sur l’alcool, les relations hors mariage, les droits des femmes).
– Le pouvoir, lui, utilise l’islam comme rempart contre les revendications démocratiques (« l’Algérie n’est pas la Tunisie »).
Le Ramadan devient ainsi un marqueur de conformité : ceux qui ne jeûnent pas sont stigmatisés, ceux qui critiquent la place de la religion dans l’espace public sont accusés de « trahison ». La gastronomie, ici, n’est pas qu’une affaire de recettes – c’est une politique du ventre.
**4. Élections et diaspora : le peuple introuvable**
La réforme constitutionnelle visant les binationaux est révélatrice. Officiellement, il s’agit de « protéger la souveraineté nationale ». En réalité, c’est une manœuvre de division :
– D’un côté, le pouvoir craint que les Algériens de l’étranger (souvent critiques envers le régime) ne deviennent une force d’opposition.
– De l’autre, il a besoin de leurs devises (les transferts de la diaspora représentent 2 milliards de dollars par an).
Résultat : une politique schizophrène, où l’on flatte la diaspora tout en la suspectant. Comme si l’Algérie ne parvenait pas à décider si elle est une nation fermée ou une puissance ouverte.
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**Infrastructures et symboles : le théâtre du pouvoir**
Le tramway pour le Sénégal, mentionné en passant, est un autre symbole. L’Algérie se rêve en puissance régionale, capable d’exporter son savoir-faire. Mais dans un pays où les chantiers locaux traînent depuis des décennies, cette ambition sonne comme une fuite en avant.
**6. Le football : la nation en jeu**
Pourtant, derrière les exploits sportifs se cachent des réalités moins glorieuses :
– La corruption dans le football algérien (affaires de matchs truqués, détournements de fonds).
– La pression politique sur les joueurs (Djamel Belmadi, l’entraîneur, est un symbole : adulé quand il gagne, critiqué dès qu’il perd).
– Le nationalisme sportif qui sert de dérivatif aux frustrations sociales.
Le football algérien est un miroir grossissant : il reflète les espoirs d’une jeunesse en quête de reconnaissance, mais aussi les limites d’un système où le mérite individuel est souvent étouffé par les réseaux clientélistes.
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**Droits humains : l’invisibilisation des luttes**
Pourtant, ces drames sont invisibilisés :
– Les médias en parlent peu (sauf quand un accident fait plusieurs morts).
– Les syndicats sont affaiblis (le pouvoir les a domestiqués après le Hirak).
– Les familles des victimes n’ont souvent pas les moyens de se battre pour des indemnisations.
La « feuille de route » annoncée pour renforcer la prévention est un aveu : l’Algérie sait qu’elle sacrifie ses travailleurs sur l’autel de la croissance. Mais comme pour la transition énergétique, elle préfère étaler les réformes plutôt que de risquer un conflit social.
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