L’Algérie relance ses mégaprojets agricoles vers l’Afrique

L’Algérie a officiellement lancé cette semaine une série de mégaprojets agricoles destinés à renforcer sa présence économique en Afrique subsaharienne. Ces initiatives, dévoilées par le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Youcef Cherfa, s’inscrivent dans la stratégie du gouvernement algérien visant à diversifier ses partenariats économiques au-delà des hydrocarbures. Selon des sources proches du ministère, ces projets ciblent en priorité le Mali, le Niger et la Mauritanie, trois pays où l’Algérie cherche à consolider son influence régionale.

Un partenariat public-privé ambitieux
Le premier de ces projets, baptisé « AgriSahel », prévoit la création de fermes agricoles intégrées sur une superficie de 50 000 hectares dans le sud algérien, près de la frontière avec le Niger. Ces fermes, gérées en collaboration avec des entreprises algériennes comme Cevital et le groupe public Sonatrach, produiront des céréales, des légumineuses et des produits laitiers destinés à l’exportation vers les pays voisins. « L’objectif est de répondre aux besoins alimentaires croissants de la région tout en créant des emplois locaux », a déclaré Cherfa lors d’une conférence de presse à Alger.

Le projet inclut également la construction d’unités de transformation agroalimentaire et de silos de stockage, financés en partie par la Banque africaine de développement (BAD). Selon un rapport récent de TRT Français, l’Algérie a obtenu un prêt de 300 millions de dollars de la BAD pour soutenir ces infrastructures. « Ce partenariat avec la BAD montre que l’Algérie est perçue comme un acteur crédible dans le secteur agricole en Afrique », souligne un analyste économique cité par El Watan.

Sécurité alimentaire et diplomatie économique
Ces projets s’inscrivent dans une logique plus large de sécurité alimentaire régionale. L’Algérie, qui importe encore une partie de ses besoins en céréales, cherche à réduire sa dépendance aux marchés internationaux en développant sa propre production. « En exportant vers l’Afrique subsaharienne, nous sécurisons nos approvisionnements tout en aidant nos voisins à faire face à leurs défis alimentaires », explique un responsable du ministère du Commerce.

Le Mali et le Niger, deux pays en proie à des crises politiques et sécuritaires, figurent parmi les principaux bénéficiaires de cette stratégie. L’Algérie a déjà signé des accords avec Bamako et Niamey pour faciliter l’exportation de produits agricoles algériens, notamment le blé et les dattes. « Ces accords sont une réponse concrète aux besoins des populations sahéliennes, mais ils renforcent aussi les liens économiques entre l’Algérie et ses partenaires africains », précise un diplomate algérien interrogé par l’APS.

Des défis logistiques et sécuritaires
Malgré l’ambition de ces projets, leur mise en œuvre se heurte à plusieurs obstacles. Le premier est logistique : le transport des marchandises vers les pays voisins nécessite des infrastructures routières et ferroviaires performantes. Or, les axes reliant l’Algérie au Sahel restent limités, et certains tronçons sont encore en construction. « Le corridor transsaharien, qui doit relier Alger à Lagos, est un projet clé pour faciliter ces échanges, mais sa réalisation prendra encore plusieurs années », reconnaît un expert en logistique cité par TSA.

Le second défi est sécuritaire. Les zones frontalières entre l’Algérie, le Mali et le Niger sont régulièrement touchées par des activités terroristes et des trafics illicites. Pour sécuriser ses investissements, l’Algérie a renforcé sa coopération militaire avec ces pays, notamment dans le cadre du G5 Sahel. « La stabilité de la région est une condition sine qua non pour le succès de ces projets », souligne un responsable de la Sûreté nationale.

Une réponse aux tensions géopolitiques
Ces initiatives agricoles interviennent dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques en Afrique. Le retrait récent de l’USAID, l’agence américaine de développement, a laissé un vide que l’Algérie cherche à combler. « L’Algérie propose une alternative concrète aux pays africains, basée sur des partenariats gagnant-gagnant plutôt que sur des conditionnalités politiques », analyse un chercheur de l’Institut français des relations internationales (IFRI).

Par ailleurs, l’Algérie a récemment rejoint les BRICS, une alliance économique qui pourrait lui ouvrir de nouveaux marchés en Afrique. « Les BRICS offrent une plateforme pour promouvoir nos projets agricoles et attirer des investisseurs étrangers », explique un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères.

Perspectives et prochaines étapes
Les premiers résultats de ces projets devraient être visibles d’ici 2026. Le gouvernement algérien prévoit d’organiser une conférence internationale sur l’agriculture saharienne en novembre prochain, à laquelle participeront des représentants du Mali, du Niger, de la Mauritanie et du Tchad. « Cette conférence sera l’occasion de présenter nos avancées et d’attirer de nouveaux partenaires », indique un communiqué du ministère de l’Agriculture.

Pour l’Algérie, ces mégaprojets agricoles représentent bien plus qu’une simple diversification économique. Ils s’inscrivent dans une vision stratégique visant à positionner le pays comme un acteur clé du développement en Afrique subsaharienne. « Notre objectif n’est pas seulement de vendre des produits, mais de construire une relation durable avec nos voisins », résume un conseiller du président Abdelmadjid Tebboune.

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