Revue de presse : Traditions algériennes, Histoire Algérie, Solaire Algérie…

**L’Algérie, ou l’art de danser sur les failles**

**Le patrimoine, entre nostalgie et instrumentalisation**

La mort de Biyouna, icône du cinéma algérien, rappelle que le patrimoine n’est pas seulement matériel. Son parcours, de la scène algéroise aux plateaux français, incarne cette Algérie métisse, insoumise, qui refuse les carcans. Pourtant, son héritage artistique contraste avec la fragilité du cinéma national, souvent réduit à des productions folkloriques ou à des coproductions européennes. Le patrimoine, qu’il soit architectural ou culturel, est-il encore un levier de cohésion nationale, ou un simple argument touristique ?

Cette question rejoint celle des travaux publics, où les annonces de logements promotionnels aidés (LPA) et d’infrastructures flambant neuves se heurtent aux rumeurs de détournements et aux lenteurs administratives. L’Algérie construit beaucoup, mais construit-elle bien ? Les projets pharaoniques, comme la future banque de logement, risquent de reproduire les erreurs du passé : des immeubles vides, des villes-dortoirs, une urbanisation sans âme. Le patrimoine, ici, n’est pas seulement ce qu’on préserve, mais aussi ce qu’on détruit par négligence.

**L’énergie, ou l’illusion de la transition**

D’abord, le solaire. Le pays a lancé des méga-projets comme la centrale de Ouarzazate (en partenariat avec le Maroc, ironie de l’histoire), mais l’énergie photovoltaïque ne représente encore qu’une infime partie de la production nationale. Pourquoi ? Parce que le modèle économique algérien reste ancré dans la rente pétrolière. Les subventions aux énergies fossiles, qui coûtent des milliards de dollars chaque année, découragent les investissements dans les renouvelables. Pire, elles entretiennent une culture de la dépendance : pourquoi innover quand le pétrole coule à flots ?

Ensuite, la géopolitique. L’Algérie se présente comme un acteur clé de la transition énergétique mondiale, mais ses partenariats (avec la Suisse, l’Italie, ou les États-Unis) révèlent une réalité moins glorieuse : elle reste un fournisseur de matières premières, pas un leader technologique. Les projets de coopération en hydroélectricité ou en géothermie sont louables, mais ils ne suffiront pas à faire de l’Algérie un hub énergétique si le pays ne développe pas sa propre industrie des énergies vertes.

Enfin, la question sociale. La transition énergétique ne sera pas qu’une affaire de panneaux solaires ou de barrages. Elle implique une refonte du modèle économique, une reconversion des travailleurs du pétrole, une éducation aux nouvelles technologies. Or, la formation professionnelle, malgré des initiatives comme le Centre d’excellence des industries sidérurgiques à Arhab, reste en décalage avec les besoins du marché. Les partenariats avec l’Italie dans l’automobile à Tiaret sont prometteurs, mais ils ne concernent qu’une infime partie de la jeunesse algérienne, dont une grande partie est au chômage ou sous-employée.

**La jeunesse, entre mobilisation et désenchantement**

Le cas palestinien est révélateur. La jeunesse française d’origine algérienne (et plus largement maghrébine) se mobilise massivement pour Gaza, comme elle l’a fait pour la cause algérienne dans les années 1960. Cette solidarité transnationale montre que l’Algérie reste un marqueur identitaire fort, même pour les générations nées en Europe. Pourtant, en Algérie même, la mobilisation est plus timide. Pourquoi ? Parce que la jeunesse algérienne est prise dans un étau : d’un côté, un État qui instrumentalise la cause palestinienne pour légitimer son discours anti-impérialiste ; de l’autre, une société civile qui peine à s’organiser en dehors des cadres officiels.

Autre sujet brûlant : la lutte contre le tabagisme chez les jeunes. L’Algérie est l’un des pays où la consommation de cigarettes électroniques explose, malgré les campagnes de sensibilisation. Le marketing agressif des multinationales du tabac, qui ciblent les adolescents avec des saveurs sucrées et des influenceurs, rappelle les stratégies utilisées en Occident. Mais là encore, l’État semble en retard. Les mesures annoncées (interdiction de la publicité, hausse des taxes) sont insuffisantes face à un fléau qui touche près de 30 % des jeunes.

La diaspora, elle, reste un atout sous-exploité. Les performances de l’équipe nationale de football en 2014 (avec des joueurs comme Feghouli ou Brahimi, nés en France) ont montré le potentiel d’une Algérie unie par-delà les frontières. Pourtant, les relations entre l’État et la diaspora sont ambivalentes : tantôt courtisée pour ses transferts d’argent (plus de 2 milliards de dollars par an), tantôt suspectée de déloyauté. Le classement FIFA de l’Algérie, qui a bondi de 28 places, est une bonne nouvelle, mais il ne doit pas masquer les problèmes structurels du football national : corruption, manque d’infrastructures, formation défaillante.

**L’économie, entre intégration africaine et dépendance aux hydrocarbures**

D’abord, l’Afrique. L’Algérie a des atouts indéniables : une position géostratégique, des réserves de change importantes, une main-d’œuvre qualifiée. Mais elle reste en marge des grandes dynamiques africaines. Le commerce intra-africain ne représente que 3 % de ses échanges, contre plus de 15 % pour des pays comme le Maroc ou l’Afrique du Sud. Pourquoi ? Parce que l’Algérie a longtemps négligé ses voisins, préférant les partenariats avec l’Europe ou la Chine. Les projets d’infrastructures (comme la Transsaharienne) avancent à un rythme d’escargot, freinés par la bureaucratie et les rivalités régionales.

Ensuite, la diversification. L’Algérie mise sur l’industrie automobile (avec des projets à Tiaret) et les énergies renouvelables pour réduire sa dépendance au pétrole. Mais ces secteurs restent embryonnaires. Les partenariats avec l’Italie ou la Suisse sont encourageants, mais ils ne suffiront pas à créer les centaines de milliers d’emplois nécessaires pour absorber les jeunes diplômés. Le secteur informel, qui représente plus de 40 % de l’économie, reste un boulet : il prive l’État de recettes fiscales et entretient une économie parallèle difficile à réguler.

Enfin, la question monétaire. Le dinar algérien est l’une des monnaies les plus surévaluées au monde, ce qui pénalise les exportations hors hydrocarbures. La Banque d’Algérie résiste à une dévaluation, par crainte de l’inflation et des tensions sociales. Mais cette politique a un coût : elle décourage les investisseurs étrangers et maintient le pays dans une logique de rente.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

1. La transition énergétique : une révolution inachevée
L’Algérie a tout pour devenir une puissance solaire : un ensoleillement exceptionnel, des terres disponibles, une expertise technique. Mais pour y parvenir, elle doit rompre avec la logique de la rente pétrolière. Cela implique des réformes douloureuses : suppression des subventions aux énergies fossiles, investissements massifs dans les renouvelables, formation d’une main-d’œuvre qualifiée. Sans cela, le pays restera un géant aux pieds d’argile, dépendant des cours du baril et des caprices des marchés internationaux.

2. La jeunesse : un potentiel gaspillé ou une force motrice ?
La jeunesse algérienne est une bombe à retardement. Si l’État ne lui offre pas de perspectives (emplois, logements, libertés), elle pourrait basculer dans la radicalisation ou l’exil. Mais elle est aussi une chance : éduquée, connectée, consciente de son pouvoir. Le Hirak a montré qu’elle pouvait se mobiliser pour un projet commun. Reste à savoir si les élites sauront l’écouter, ou si elles préféreront la ré

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