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**Le miroir brisé de l’Algérie contemporaine**
Pourtant, ces actualités ne sont pas des fragments épars. Elles révèlent une logique profonde : celle d’un État qui cherche à concilier deux impératifs contradictoires. D’une part, l’urgence de se réinventer économiquement (solaire, agriculture, investissements étrangers) pour échapper à la malédiction des ressources. D’autre part, la nécessité de préserver une légitimité politique et sociale (traditions, contrôle de la diaspora, discours souverainiste) dans un contexte de méfiance généralisée envers les élites. Le résultat ? Une schizophrénie institutionnelle où l’Algérie se présente tour à tour comme un pays en pleine transition écologique et comme une forteresse assiégée par les influences extérieures.
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**Souveraineté alimentaire : le rêve et les réalités**
Pourquoi cette frilosité ? Parce que la souveraineté alimentaire exige des réformes structurelles (accès à la terre, modernisation des coopératives, lutte contre la corruption) qui menacent les équilibres politiques. L’agriculture algérienne est un secteur à la fois stratégique et clientéliste : les subventions aux petits agriculteurs servent de filet social, mais freinent l’émergence d’une agro-industrie compétitive. Le paradoxe est cruel : l’Algérie a les moyens techniques et financiers de devenir autosuffisante, mais pas la volonté politique de bousculer les rentes.
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**L’énergie solaire : une révolution en trompe-l’œil ?**
D’abord, parce que Sonatrach reste le vrai maître du jeu. L’entreprise publique, qui contrôle 95 % des exportations algériennes, voit les énergies renouvelables comme une menace pour son monopole gazier. Ensuite, parce que les investissements étrangers, pourtant nécessaires, sont freinés par un cadre juridique instable (expropriations, fiscalité changeante). Enfin, parce que la transition énergétique algérienne est plus rhétorique que réelle : le gouvernement parle de solaire, mais continue à subventionner massivement les carburants fossiles, creusant le déficit budgétaire.
Le cas algérien illustre une vérité plus large : la transition écologique ne se décrète pas, elle se négocie. Et en Algérie, les rapports de force sont clairs : les hydrocarbures restent la priorité, le solaire n’étant qu’un faire-valoir pour séduire les bailleurs de fonds internationaux.
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**La diaspora : richesse ou menace ?**
Pourtant, la diaspora est un atout majeur. Karim Dendène, figure médiatique, incarne cette double identité assumée, mais l’État algérien préfère une diaspora docile, cantonnée à un rôle économique. Les demandes de représentation renforcée au sein des institutions sont systématiquement ignorées, car elles remettraient en cause le monopole du FLN et de l’armée sur la vie politique.
Cette méfiance a un coût. L’Algérie se prive d’un levier de soft power : alors que le Maroc mise sur ses communautés à l’étranger pour promouvoir ses intérêts (via le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger), l’Algérie préfère les maintenir à distance. Résultat : la diaspora algérienne, l’une des plus importantes d’Europe, est sous-utilisée, voire instrumentalisée comme bouc émissaire lorsque le régime est critiqué.
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**Infrastructures : le béton contre la démocratie ?**
L’autoroute Est-Ouest, projet pharaonique lancé dans les années 2000, est emblématique. Officiellement, elle devait désenclaver le pays et booster l’économie. En réalité, elle a surtout renforcé le contrôle de l’État sur les flux (marchandises, personnes) et permis à l’armée de quadriller le territoire. Les infrastructures algériennes ne sont pas neutres : elles sont un outil de pouvoir.
Cette logique se retrouve dans d’autres domaines. Les vaccins, célébrés comme une avancée majeure, sont aussi un moyen de surveiller la population (via les carnets de vaccination numérisés). La société civile, encadrée par des dispositifs préventifs (comme celui de la saison estivale 2026), est maintenue dans un rôle de figurant. L’Algérie construit des routes, mais pas des institutions – et c’est là que le bât blesse.
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**Artisanat et traditions : le folklore comme politique**
Pourquoi tant d’articles sur les plats de l’Aïd ou le M’semen d’Oran ? Parce que ces sujets sont inoffensifs. Ils permettent de parler d’identité sans aborder les sujets qui fâchent : la répression politique, le chômage des jeunes, la fuite des cerveaux. L’artisanat algérien, lui, est célébré comme un patrimoine à préserver, mais aucune politique industrielle ne le soutient – contrairement au Maroc, où les coopératives artisanales sont intégrées dans une stratégie de développement touristique.
Cette focalisation sur les traditions a un double effet :
1. Elle essentialise l’Algérie, comme si son avenir se résumait à son passé.
2. Elle occulte les vraies questions économiques : comment moderniser l’artisanat sans le folkloriser ? Comment en faire un levier d’exportation, comme le fait la Tunisie avec ses tapis ou le Maroc avec ses poteries ?
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**Investissements étrangers : l’Algérie entre ouverture et méfiance**
Les exemples sont légion :
– Les énergies renouvelables : les projets solaires sont bloqués par Sonatrach, qui voit d’un mauvais œil la concurrence.
– L’agriculture : les investisseurs étrangers sont priés de s’associer à des partenaires locaux, souvent proches du pouvoir.
– Les infrastructures : les contrats sont attribués à des entreprises amies, sans appel d’offres transparent.
L’Algérie a besoin de capitaux étrangers, mais elle ne veut pas des conditions qui les accompagnent (transparence, lutte contre la corruption, règles de concurrence). Résultat : les investissements sont ponctuels et superficiels, sans impact structurel sur l’économie.
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**Politique étrangère : le grand écart**
Trois axes se dégagent :
1. L’Afrique comme priorité : l’Algérie se présente comme un leader continental (via la Banque africaine de développement, les alliances avec le Tchad), mais son influence reste limitée par son manque d’investissements sur le continent.
2. La méfiance envers l’Occident : l’Algérie critique l’accord UE-Israël, mais évite soigneusement de froisser Bruxelles, son premier partenaire commercial.
3. Le non-alignement sélectif : l’Algérie achète des armes à la Russie, mais négocie avec l’OTAN pour la sécurité en Méditerranée.
Ce grand écart a un coût : l’Algérie est respectée, mais pas crainte. Elle n’a pas la puissance économique du Maroc, ni l’influence militaire de l’Égypte. Sa diplomatie repose sur un équilibre fragile, qui pourrait voler en éclats si les tensions régionales (Libye, Sahel) s’aggravaient.
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