Féminicides en Algérie, l’État absent selon les militantes

En octobre 2024, le quotidien Le Monde publiait un reportage accablant sur la réponse des institutions algériennes face aux féminicides. Selon l’article, des militantes féministes dénoncent l’inaction de l’État, pointant du doigt des lacunes juridiques, un manque de protection pour les victimes et une culture du silence persistante. Ces accusations interviennent dans un contexte où les violences faites aux femmes restent un sujet tabou, malgré des avancées législatives comme la loi de 2015 criminalisant les violences conjugales.

Des chiffres alarmants, une réponse insuffisante

La loi de 2015, bien que saluée comme une avancée, est jugée insuffisante. Elle ne prévoit pas de mesures concrètes pour héberger les victimes, ni de formation obligatoire des forces de l’ordre. « Les policiers et les juges minimisent les violences. Une femme battue se voit souvent reprocher d’avoir ‘provoqué’ son agresseur », explique Me Fatima Benbraham, avocate au barreau d’Alger. Selon elle, le manque de refuges pour femmes en danger aggrave la situation. Seuls quelques centres, comme celui de la wilaya d’Alger, existent, mais ils sont saturés et sous-financés.

L'impunité des agresseurs, un fléau persistant

Les réseaux sociaux jouent un rôle croissant dans la dénonciation de ces violences. Des hashtags comme #JusticePourLesFemmes ou #NiUneDePlus circulent régulièrement, relayant des cas de féminicides passés sous silence par les médias traditionnels. En septembre 2024, l’affaire de la jeune Amina, 22 ans, poignardée par son ex-compagnon à Constantine, avait provoqué une vague de protestations en ligne. Pourtant, malgré la mobilisation, l’agresseur n’a toujours pas été jugé.

Des initiatives locales face à l'absence de l'État

Ces initiatives restent cependant limitées par des moyens financiers et logistiques réduits. « Nous dépendons des dons et du bénévolat. L’État ne nous soutient pas, alors que c’est son rôle », déplore Nadia Aït Zai, présidente du Centre d’Information et de Documentation sur les Droits de l’Enfant et de la Femme (CIDDEF). En 2023, le CIDDEF a publié un rapport détaillant les carences du système judiciaire, mais aucune mesure concrète n’a été prise par les autorités.

Un appel à une mobilisation nationale

En attendant, les féminicides continuent. En octobre 2024, une jeune femme de 28 ans a été étranglée par son mari à Blida. Son cas n’a été médiatisé que grâce à l’intervention d’une association locale. « Combien de femmes devront encore mourir avant que l’État agisse ? », s’interroge Houria Bouteldja. Pour les militantes, la réponse est claire : la lutte contre les féminicides ne peut plus attendre.

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