L’Algérie a franchi un cap en exportant près de 4 milliards de dollars hors hydrocarbures en huit mois, selon Zouhir Moussaoui, directeur central au ministère du Commerce extérieur. Une performance en hausse de 10 % par rapport à la même période l’an dernier. Mais derrière ce chiffre, se cache une réalité plus contrastée : la diversification économique reste un chantier inachevé, où les entrepreneurs locaux et la diaspora algérienne pourraient jouer un rôle clé.
L’agroalimentaire tire la croissance, mais reste marginal
Pour les entrepreneurs, le message est clair : le marché local est prêt à consommer des produits algériens, mais les volumes restent limités. Les marques locales peinent encore à concurrencer les importations, notamment dans les sauces et les produits transformés. Pourtant, le potentiel est énorme. En France, par exemple, les épiceries maghrébines génèrent plus de 1,5 milliard d’euros par an avec des produits algériens – un vivier que les créateurs d’entreprise pourraient exploiter.
La diaspora algérienne : un levier sous-utilisé
Des initiatives comme Algeria Shop ou DzShop tentent de combler ce vide, mais leur impact reste marginal. Pour les entrepreneurs, la diaspora représente un marché immédiat et fidèle, à condition de simplifier les démarches d’exportation et de garantir la qualité des produits. Une opportunité que le gouvernement semble enfin reconnaître, avec des mesures récentes pour faciliter les exportations vers l’Europe et l’Afrique.
4 milliards, mais 37 milliards d’hydrocarbures : le vrai défi
Le vrai enjeu ? Passer d’une logique de substitution d’importations à une stratégie d’exportation massive. Les secteurs porteurs existent : textile, pharmacie, cosmétiques, et même les technologies vertes. Mais sans accompagnement renforcé – formation, financement, accès aux marchés – les PME algériennes continueront à peiner.
À retenir pour les entrepreneurs
Un marché intérieur encore sous-exploité
Les 4 milliards de dollars enregistrés hors hydrocarbures reflètent surtout une substitution partielle des importations. Les consommateurs algériens privilégient encore les produits étrangers, malgré des prix souvent plus élevés. Les marques locales, même performantes, souffrent d’un manque de visibilité et de réseaux de distribution efficaces. Les sauces et produits transformés, secteurs en croissance, dépendent trop des circuits informels ou des petites surfaces. Une réforme des douanes et une meilleure logistique pourraient accélérer leur percée.
La diaspora, un relais à structurer
Les plateformes comme Algeria Shop ou DzShop montrent l’intérêt des Algériens de l’étranger pour les produits nationaux. Cependant, leur succès reste limité par des coûts logistiques élevés et des délais de livraison trop longs. Les entrepreneurs peinent aussi à obtenir des certifications sanitaires ou des labels européens, freinant les ventes à grande échelle. Le gouvernement pourrait simplifier ces démarches, comme le suggère l’ouverture récente de guichets dédiés aux exportations vers l’UE. Une coordination entre les acteurs publics et privés serait nécessaire pour éviter les initiatives isolées.
Vers une diversification qui dépasse les chiffres
Les 4 milliards ne suffisent pas à compenser les 37 milliards des hydrocarbures, mais ils révèlent un potentiel inexploité. Les secteurs comme le textile ou les cosmétiques pourraient devenir des piliers, à condition de renforcer la formation et l’accès au financement. Les PME algériennes manquent souvent de fonds pour investir dans l’innovation ou l’industrialisation. Les conséquences ? Une dépendance persistante aux importations et une faible valeur ajoutée. À surveiller : les accords commerciaux en cours avec l’Afrique, qui pourraient offrir de nouveaux débouchés si les produits algériens répondent aux normes locales.
Sources
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