L’Algérie a marqué un tournant dans sa lutte contre la désertification en organisant, récemment, une opération sans précédent : la plantation d’un million d’arbres en une seule journée. Cette initiative, rapportée par Espèces-menacées.fr, s’inscrit dans une stratégie nationale visant à freiner l’avancée du désert, qui grignote chaque année des milliers d’hectares de terres arables, notamment dans les régions du Sud.
Une mobilisation nationale sous l’égide du ministère des Forêts
Les espèces plantées – acacias, oliviers et palmiers dattiers – ont été choisies pour leur résistance aux conditions climatiques extrêmes du Sahara. Le ministre Omari a souligné, lors d’une conférence de presse à Alger, que cette action s’inscrivait dans le cadre du Plan national de reboisement 2020-2030, qui prévoit la plantation de 420 millions d’arbres d’ici la fin de la décennie. « Chaque arbre planté est un rempart contre l’érosion et un pas vers la sécurité alimentaire », a-t-il déclaré, citant des chiffres de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) selon lesquels l’Algérie perd environ 1 % de ses terres arables chaque année.
Des résultats concrets, mais des défis persistants
Par ailleurs, des partenariats ont été noués avec des institutions internationales pour renforcer les capacités locales. L’Union européenne, via son programme « Green Algeria », a débloqué un financement de 15 millions d’euros pour soutenir les projets de reboisement et de gestion durable des terres. De son côté, la Banque africaine de développement (BAD) a accordé un prêt de 50 millions de dollars pour moderniser les infrastructures d’irrigation dans les wilayas du Sud, où les nappes phréatiques s’épuisent à un rythme alarmant.
Une approche intégrée pour un impact durable
Les universités algériennes jouent également un rôle clé dans cette dynamique. L’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumédiène (USTHB) d’Alger a développé, en partenariat avec le CRSTRA, des variétés de plantes génétiquement adaptées aux conditions arides. « Nous travaillons sur des espèces capables de survivre avec très peu d’eau, tout en fixant les sols et en améliorant leur fertilité », explique le professeur Kamel Boudjemline, directeur du laboratoire de biotechnologie végétale de l’USTHB.
La société civile et les jeunes en première ligne
Sur les réseaux sociaux, la campagne a pris une ampleur inédite sous le hashtag #UnMillionPourLAlgérie, avec des milliers de publications partageant des photos et des vidéos des opérations de plantation. Des influenceurs, comme le youtubeur algérien « DZ Science », ont relayé des tutoriels sur les techniques de plantation et d’entretien des arbres, touchant un public jeune et urbain souvent éloigné des enjeux ruraux.
Un modèle pour la région ?
Pour l’Algérie, cette opération s’inscrit dans une vision plus large de transition écologique. Le pays, riche en ressources solaires et éoliennes, a également accéléré ses investissements dans les énergies renouvelables. Selon un rapport de la Sonelgaz publié en 2024, l’Algérie vise à produire 30 % de son électricité à partir de sources renouvelables d’ici 2030, avec des projets comme la centrale solaire de Hassi R’Mel, l’une des plus grandes d’Afrique.
Prochaines étapes : pérenniser l’effort
Par ailleurs, des voix s’élèvent pour réclamer une loi cadre sur la désertification, similaire à celle adoptée en Tunisie en 2023. « Nous avons besoin d’un texte fort qui encadre les pratiques agricoles, limite la déforestation et impose des sanctions contre les contrevenants », plaide Amine Belhocine, président de l’AAPN. Une proposition de loi est actuellement en discussion au Parlement, mais son adoption pourrait prendre plusieurs mois.
En attendant, les Algériens gardent les pieds sur terre – et les mains dans la terre. À El Oued, où le sable menace les palmeraies centenaires, les habitants ont déjà commencé à préparer la prochaine campagne de plantation. « Un arbre, c’est un peu comme un enfant : il faut en prendre soin pour qu’il grandisse », résume Mohamed, un agriculteur de 62 ans, en arrosant un jeune palmier. « Et ici, on n’a pas le choix : sans arbres, il n’y a pas de vie. »