Un ancien ministre tunisien a récemment pris position en faveur de l’initiative marocaine d’autonomie pour le Sahara occidental, une prise de parole qui relance les débats sur les équilibres géopolitiques au Maghreb. Selon Hespress Français – Actualités du Maroc, cette déclaration intervient dans un contexte marqué par des tensions persistantes entre l’Algérie et le Maroc autour de ce dossier, considéré comme central dans les relations régionales.
L’ancien responsable tunisien, dont l’identité n’est pas précisée dans la source, aurait défendu le plan d’autonomie proposé par Rabat en 2007, le présentant comme une « solution réaliste et pragmatique » pour résoudre un conflit vieux de plusieurs décennies. Ce plan, qui prévoit une large autonomie sous souveraineté marocaine, est rejeté par le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, qui milite pour l’organisation d’un référendum d’autodétermination sous l’égide des Nations unies.
Cette prise de position tunisienne s’inscrit dans une dynamique où plusieurs pays africains et arabes ont récemment reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara. En 2020, les États-Unis, sous l’administration Trump, avaient officialisé cette reconnaissance, suivie par d’autres nations comme l’Espagne en 2022. Ces évolutions contrastent avec la position algérienne, qui maintient son soutien au Polisario et dénonce une « annexion » du territoire par le Maroc.
Pour l’Algérie, le dossier du Sahara occidental dépasse le cadre d’un simple conflit territorial. Il s’agit d’un enjeu stratégique, lié à sa vision d’un Maghreb uni et à sa rivalité avec le Maroc. Alger voit dans le soutien au Polisario un moyen de contrer l’influence marocaine en Afrique et de préserver son rôle de puissance régionale. La reconnaissance croissante de la position marocaine est donc perçue comme une menace, d’autant plus que le Maroc a renforcé ses alliances économiques et diplomatiques, notamment avec Israël, dans le cadre des accords d’Abraham.
La déclaration de l’ancien ministre tunisien pourrait également refléter des tensions internes en Tunisie, où le président Kaïs Saïed a adopté une ligne plus prudente sur le Sahara, évitant de s’aligner clairement sur l’une ou l’autre des parties. La Tunisie, traditionnellement neutre, a cependant accueilli en 2022 une conférence du Polisario, suscitant des protestations marocaines. Cette ambiguïté montre la difficulté pour les pays maghrébins de naviguer entre les positions algérienne et marocaine, sans compromettre leurs propres intérêts.
Sur le plan international, la question du Sahara reste un sujet de division au sein de l’ONU. Le Conseil de sécurité a prolongé à plusieurs reprises le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), sans parvenir à une solution consensuelle. Les résolutions récentes appellent au dialogue entre les parties, mais les positions restent figées : le Maroc refuse toute option autre que son plan d’autonomie, tandis que le Polisario exige un référendum incluant l’indépendance comme option.
Pour l’Algérie, cette situation représente un défi diplomatique et sécuritaire. Le pays, qui abrite des camps de réfugiés sahraouis à Tindouf, craint que la reconnaissance progressive de la souveraineté marocaine ne marginalise le Polisario et ne renforce l’isolement d’Alger sur la scène régionale. Par ailleurs, les tensions frontalières avec le Maroc, exacerbées par la rupture des relations diplomatiques en 2021, compliquent toute perspective de coopération maghrébine.
La déclaration tunisienne pourrait aussi s’inscrire dans une stratégie plus large de rapprochement avec le Maroc, dans un contexte où la Tunisie cherche à diversifier ses partenariats économiques. Le Maroc, de son côté, multiplie les initiatives pour consolider son influence, notamment à travers des projets d’infrastructures et des accords commerciaux avec des pays africains. Cette dynamique pourrait inciter d’autres États maghrébins à réévaluer leur position, au risque de froisser l’Algérie.
En Algérie, la réaction officielle à cette prise de position tunisienne n’a pas encore été rendue publique. Cependant, les médias proches du pouvoir ont déjà réagi avec virulence à des déclarations similaires par le passé, accusant les pays soutenant le Maroc de « trahison » et de « complicité avec l’occupation ». Cette rhétorique reflète la sensibilité du dossier, qui touche à des questions de souveraineté et d’identité nationale.
Au-delà des déclarations, le conflit du Sahara occidental continue d’avoir des répercussions concrètes sur le terrain. Les affrontements sporadiques entre le Maroc et le Polisario, bien que moins médiatisés, persistent, tandis que les populations sahraouies des camps de Tindouf vivent dans des conditions précaires. La communauté internationale reste divisée, avec des pays comme la France et l’Allemagne adoptant des positions nuancées, entre soutien au processus onusien et reconnaissance partielle des arguments marocains.
Pour l’Algérie, la défense du droit à l’autodétermination des Sahraouis reste un principe intangible, mais elle doit aussi composer avec les réalités géopolitiques. La montée en puissance du Maroc, son alliance avec Israël et son influence croissante en Afrique subsaharienne obligent Alger à repenser sa stratégie. Certains analystes estiment que l’Algérie pourrait être contrainte de modérer sa position, notamment si le Maroc parvient à obtenir une reconnaissance plus large de son plan d’autonomie.
Dans l’immédiat, la déclaration de l’ancien ministre tunisien rappelle que le dossier du Sahara occidental n’est pas seulement une question bilatérale entre l’Algérie et le Maroc, mais un enjeu régional qui engage l’ensemble des pays du Maghreb. La capacité des États de la région à trouver un terrain d’entente déterminera en partie l’avenir de l’intégration maghrébine, un projet au point mort depuis des décennies. Pour l’Algérie, l’enjeu est double : préserver son influence tout en évitant un isolement diplomatique qui affaiblirait sa position sur d’autres dossiers, comme la crise libyenne ou les relations avec l’Union européenne.