Tébessa face à 498 cas de brucellose en 2016 : une épidémie aux racines profondes
Une alerte sanitaire qui s’aggrave
La gravité de la situation tient aussi à son caractère transfrontalier. Tébessa, située à la frontière avec la Tunisie, partage des dynamiques épidémiologiques avec ses voisins. Les mouvements de populations et de bétail entre les deux pays compliquent la maîtrise des foyers infectieux. Pourtant, aucune réponse coordonnée n’a encore émergé, malgré l’urgence.
Brucellose et leishmaniose : deux maladies, un même terreau de propagation
La brucellose, fléau des troupeaux et des populations rurales
Les symptômes de la maladie – fièvre persistante, douleurs articulaires et fatigue extrême – handicapent les travailleurs ruraux. Pire : sans traitement précoce, la brucellose peut entraîner des complications graves, comme des atteintes osseuses ou neurologiques. Les services vétérinaires de la wilaya ont identifié plusieurs foyers infectieux dans les communes rurales, où les contrôles sanitaires restent limités et irréguliers.
Pourtant, des solutions existent. La vaccination du bétail est prévue par les protocoles nationaux, mais son application se heurte à deux obstacles majeurs : le coût pour les éleveurs et leur méfiance envers les campagnes de vaccination, perçues comme superflues ou mal expliquées. Résultat : les troupeaux restent vulnérables, et les humains avec eux.
La leishmaniose, l’ombre des phlébotomes
Les cas enregistrés concernent surtout la forme cutanée, qui se manifeste par des lésions ulcéreuses sur la peau. Dans les cas les plus graves, la maladie peut toucher les muqueuses, entraînant des séquelles permanentes. Pourtant, la prévention reste minimale : les campagnes de démoustication sont ponctuelles, et les habitants ignorent souvent les méthodes de protection individuelle, comme l’utilisation de moustiquaires imprégnées ou de répulsifs.
Des réponses sanitaires à la traîne
Sensibilisation et dépistage : des efforts insuffisants
– Un déficit logistique : les moyens humains et matériels sont insuffisants pour couvrir l’ensemble du territoire, surtout dans les communes éloignées.
– Un retard dans les analyses : l’Office national de contrôle technique et de la protection des végétaux et des animaux (ONCTPV) a intensifié les tests sérologiques sur les troupeaux, mais les résultats mettent du temps à être exploités, retardant les mesures correctives.
– Un budget limité : les opérations de nettoyage dans les quartiers insalubres dépendent des crédits alloués, souvent insuffisants pour une action durable.
Un plan national bloqué sur le terrain
– Surveillance épidémiologique renforcée pour identifier les foyers avant qu’ils ne s’étendent.
– Éducation sanitaire pour changer les comportements, notamment chez les éleveurs.
– Amélioration des conditions de vie : accès à l’eau potable, gestion des déchets, modernisation des pratiques agricoles.
Sans ces mesures, les épidémies risquent de devenir endémiques, comme c’est déjà le cas dans d’autres wilayas du sud et de l’est (Biskra, Batna, El Oued), où des situations similaires sont moins médiatisées mais tout aussi préoccupantes.
Un enjeu socio-économique majeur
L’élevage en péril, des ménages fragilisés
Parallèlement, les coûts des traitements pèsent sur des ménages déjà précaires. Les éleveurs, souvent sans filet social, doivent assumer à la fois les dépenses vétérinaires et les soins pour leurs proches. Dans ce contexte, les appels à la vaccination ou aux bonnes pratiques sanitaires tombent parfois dans l’oreille d’un sourd.
Un cercle vicieux : santé, pauvreté et insalubrité
Pour briser cette dynamique, les autorités doivent agir sur les causes profondes :
– Moderniser l’élevage pour réduire les contacts directs entre animaux et humains.
– Améliorer les infrastructures sanitaires dans les zones rurales.
– Renforcer la coordination entre services vétérinaires et santé publique.
Sans ces changements structurels, les épidémies continueront de frapper, aggravant à la fois la crise sanitaire et la précarité économique.
À retenir pour les entrepreneurs
Cependant, toute initiative devra s’appuyer sur une collaboration étroite avec les autorités et les communautés, pour éviter d’aggraver les inégalités ou de proposer des solutions non adaptées aux réalités du terrain.