Tebboune signe 5 milliards de dollars de contrats à l’IATF 2025

L’Algérie a marqué un tournant dans sa stratégie commerciale africaine lors de la 4ème Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025), organisée à Alger du 4 au 10 septembre. Le président Abdelmadjid Tebboune a supervisé la signature de contrats d’une valeur totale de 5 milliards de dollars, selon un communiqué officiel de la présidence relayé par tsa-algerie.com. Ces accords couvrent des secteurs clés comme l’énergie, l’agroalimentaire et les infrastructures, renforçant la position du pays comme hub économique en Afrique du Nord.

Parmi les contrats les plus importants, celui signé entre la SONATRACH et la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC) retient l’attention. Il prévoit la construction d’un gazoduc transsaharien de 4 128 km, reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger, pour un investissement estimé à 2,5 milliards de dollars. Ce projet, en discussion depuis plus de deux décennies, devrait permettre à l’Algérie d’exporter du gaz nigérian vers l’Europe via ses terminaux de Skikda et Arzew. « Ce gazoduc est une priorité pour l’Afrique et pour l’Europe, qui cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement », a déclaré le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, lors d’une conférence de presse à Alger.

Un autre accord majeur concerne le groupe agroalimentaire public GIPA, qui a conclu un partenariat avec la société kényane Bidco Africa pour la construction d’une usine de transformation d’huile de palme en Algérie. L’investissement s’élève à 300 millions de dollars, avec une capacité de production annuelle de 500 000 tonnes. « Ce projet créera 1 200 emplois directs et réduira les importations d’huile végétale, qui coûtent chaque année près de 1 milliard de dollars à l’Algérie », a précisé le PDG de GIPA, Abdelkader Bouazghi, à l’Agence Presse Service (APS).

Dans le domaine des infrastructures, le groupe public Cosider a signé un contrat de 800 millions de dollars avec la Côte d’Ivoire pour la construction d’un tronçon autoroutier de 120 km entre Yamoussoukro et Bouaké. Ce projet s’inscrit dans le cadre du Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA), financé par la Banque africaine de développement (BAD). « L’Algérie exporte désormais son savoir-faire en matière de travaux publics, après avoir réalisé des projets similaires au Mali et au Niger », a souligné le directeur général de Cosider, Mohamed Larbi Ould Khelifa, dans une déclaration à El Watan.

La participation algérienne à l’IATF 2025 a également été marquée par des annonces politiques. Tebboune a réitéré son engagement à supprimer les visas pour les ressortissants africains d’ici 2026, une mesure déjà appliquée aux citoyens de la Mauritanie, du Mali et du Niger. « Cette décision facilitera les échanges commerciaux et renforcera l’intégration régionale », a-t-il déclaré lors de la cérémonie d’ouverture. Le président a également appelé à la création d’une zone de libre-échange maghrébine, bloquée depuis des années par les tensions politiques entre l’Algérie et le Maroc.

Malgré ces avancées, des défis persistent. Plusieurs opérateurs économiques algériens ont exprimé des réserves sur la lenteur des procédures administratives pour les investissements étrangers. « Les contrats sont signés, mais leur mise en œuvre prend souvent des années en raison des lourdeurs bureaucratiques », a confié un homme d’affaires sous couvert d’anonymat à Liberté. Par ailleurs, la dépendance de l’Algérie aux hydrocarbures reste un point faible, alors que les prix du pétrole fluctuent. Les contrats signés à l’IATF 2025 visent justement à diversifier l’économie, mais leur succès dépendra de leur exécution rapide.

L’IATF 2025 a accueilli plus de 1 500 exposants de 54 pays africains, avec une forte participation des entreprises algériennes. Le ministre du Commerce, Kamel Rezig, a annoncé que l’Algérie organiserait la prochaine édition de la foire en 2028, confirmant ainsi son rôle central dans les échanges intra-africains. « Notre objectif est de faire d’Alger la capitale économique de l’Afrique », a-t-il déclaré, citant les infrastructures modernes du Palais des Expositions d’Alger (SAFEX), qui a accueilli l’événement.

Ces contrats s’ajoutent à d’autres initiatives récentes, comme la création d’une ligne maritime directe entre Alger et Lagos, lancée en juin 2025 par la Compagnie nationale algérienne de navigation (CNAN). Cette ligne, qui réduit le temps de transport de 20 à 7 jours, vise à booster les échanges avec l’Afrique de l’Ouest. « Les entreprises algériennes ont tout à gagner à se tourner vers le marché africain, qui représente 1,3 milliard de consommateurs », a analysé l’économiste Abdelatif Rebah dans une interview à El Khabar.

L’Algérie mise désormais sur l’Afrique pour réduire sa dépendance aux marchés européens et asiatiques. Les contrats signés à l’IATF 2025 pourraient marquer un tournant, à condition que les promesses se concrétisent sur le terrain. Pour l’instant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 5 milliards de dollars d’accords, une première pour le pays dans un événement panafricain. Reste à savoir si ces engagements résisteront aux aléas politiques et économiques du continent.

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