Tebboune relance la coopération sécuritaire avec Paris

La visite récente du coordinateur national du renseignement français, Laurent Nuñez, à Alger a marqué un tournant dans les relations sécuritaires entre l’Algérie et la France. Selon les déclarations rapportées par Le Parisien et Libération, cette rencontre avec le président Abdelmadjid Tebboune a abouti à l’annonce d’une « coopération sécuritaire de très haut niveau » entre les deux pays. Un engagement qui intervient après des années de tensions diplomatiques et qui pourrait redéfinir les priorités stratégiques de l’Algérie en matière de défense.

Un dialogue rétabli après des mois de froid
Les relations entre Alger et Paris ont connu des hauts et des bas depuis 2021, notamment après la décision française de réduire drastiquement les visas accordés aux Algériens et les déclarations controversées d’Emmanuel Macron sur la « rente mémorielle » algérienne. En avril 2025, la France avait même rappelé son ambassadeur à Alger, illustrant la dégradation des liens. Pourtant, les deux pays semblent désormais privilégier le pragmatisme, avec une reprise des échanges au plus haut niveau. La rencontre entre Tebboune et Nuñez, suivie d’une déclaration conjointe, confirme cette volonté de tourner la page.

Des enjeux communs face aux menaces régionales
L’Algérie et la France partagent des préoccupations sécuritaires similaires, notamment dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et la stabilisation de la Libye. D’après ISS Africa, les tensions récentes entre Alger et Bamako, liées à la présence de groupes armés à la frontière malienne, ont poussé le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine à s’impliquer. Dans ce contexte, une coopération renforcée avec Paris pourrait offrir à l’Algérie des moyens supplémentaires pour surveiller ses frontières et contrer les réseaux jihadistes.

Quels domaines de coopération ?
Les déclarations de Nuñez n’ont pas détaillé les contours précis de cette coopération, mais plusieurs pistes se dessinent. D’abord, un échange accru de renseignements, notamment sur les mouvements de groupes terroristes dans la région. Ensuite, une possible collaboration dans la formation des forces spéciales algériennes, comme cela avait été le cas par le passé. Enfin, une coordination sur les questions migratoires, un dossier sensible pour les deux pays. Le Parisien évoque également une « synergie » dans la lutte contre la cybercriminalité, un domaine où l’Algérie a récemment renforcé ses capacités.

L’Algérie garde le contrôle de sa souveraineté
Malgré cette relance, Alger reste ferme sur sa doctrine de non-alignement. Les manœuvres militaires conjointes avec la Russie à Béchar, en novembre 2022, avaient déjà montré que l’Algérie diversifiait ses partenariats stratégiques. Selon Atalayar, ces exercices, baptisés « Désert Shield », avaient impliqué des unités des forces terrestres et aériennes des deux pays. Une façon pour l’Algérie de rappeler qu’elle ne dépend d’aucun bloc et qu’elle entend mener une politique de défense autonome.

Un équilibre délicat entre partenariats
La reprise du dialogue avec la France ne signifie pas pour autant un abandon des autres alliances. L’Algérie continue de moderniser son armée avec des équipements russes, comme les systèmes de défense aérienne S-400, tout en développant ses propres capacités industrielles. La Fondation Méditerranéenne d’Études Stratégiques souligne d’ailleurs les « ambitions maritimes » de l’Algérie, avec un renforcement de sa flotte navale pour sécuriser ses eaux territoriales et ses ressources énergétiques.

Réactions et perspectives
Du côté algérien, les médias officiels ont accueilli cette annonce avec prudence. L’APS a souligné que cette coopération s’inscrivait dans « le respect mutuel et la souveraineté nationale », une formule qui reflète la méfiance persistante envers Paris. En France, certains analystes y voient une opportunité pour rétablir une influence dans une région où la Russie et la Turquie gagnent du terrain. Pour l’Algérie, l’enjeu est double : bénéficier de l’expertise française en matière de renseignement tout en évitant toute ingérence.

Cette relance sécuritaire intervient à un moment où l’Algérie cherche à consolider son rôle de puissance régionale. Entre la crise au Mali, les tensions en Libye et la montée des menaces asymétriques, Alger a besoin de partenaires fiables. La France, de son côté, semble prête à faire des concessions pour regagner une place dans le jeu maghrébin. Reste à savoir si cette coopération résistera aux prochaines crises diplomatiques, inévitables dans une relation aussi complexe.

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