Tebboune relance la coopération sécuritaire avec la France

Le président Abdelmadjid Tebboune a reçu récemment à Alger Laurent Nuñez, coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme français, marquant une étape significative dans le rapprochement sécuritaire entre l’Algérie et la France. Cette rencontre, confirmée par plusieurs médias dont Mediaterranee.com et l’Agence Presse Service (APS), intervient après une période de tensions diplomatiques et ouvre la voie à une collaboration renforcée sur des dossiers sensibles.

La visite de Nuñez, ancien secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur français, s’inscrit dans un contexte où les deux pays cherchent à stabiliser leurs relations, notamment après les crises liées aux visas et aux déclarations sur la mémoire coloniale. Selon Mediaterranee.com, Tebboune a souligné l’importance de cette coopération pour lutter contre le terrorisme transfrontalier et le crime organisé, deux menaces persistantes en Afrique du Nord et au Sahel. Le président algérien aurait également insisté sur la nécessité d’une approche « équilibrée et respectueuse de la souveraineté » des États, une formule souvent reprise par Alger pour marquer sa différence avec les interventions militaires étrangères dans la région.

Des échanges centrés sur le Sahel et la Méditerranée

Un autre volet concerne la sécurité en Méditerranée. La France et l’Algérie collaborent déjà sur la surveillance des flux migratoires et la lutte contre les trafics illicites, mais cette coopération pourrait s’étendre à la protection des infrastructures énergétiques. Avec l’augmentation des tensions en mer Méditerranée orientale, notamment autour des gisements gaziers, Alger et Paris ont un intérêt commun à sécuriser les routes maritimes et les installations offshore. Le Quotidien d’Oran rapporte que des discussions seraient en cours pour renforcer les patrouilles conjointes et les exercices militaires entre les deux marines.

Une relation en reconstruction

Cependant, des divergences subsistent. L’Algérie maintient une position ferme sur la question du Sahara occidental, soutenant le plan d’autonomie proposé par le Maroc sous l’égide de l’ONU, tandis que la France, bien que prudente, a récemment durci son discours sur les droits de l’homme dans les territoires contestés. Par ailleurs, la question des visas reste un sujet sensible. En 2023, la France avait réduit de moitié le nombre de visas accordés aux Algériens, provoquant une vive réaction d’Alger. Si les quotas ont été partiellement rétablis, le dossier n’est pas encore clos.

Les enjeux économiques en toile de fond

La visite de Nuñez pourrait aussi préparer le terrain pour une rencontre entre Tebboune et Macron dans les prochains mois. Selon Liberté, les deux présidents pourraient aborder la question des investissements français en Algérie, notamment dans les énergies renouvelables. L’Algérie, qui vise une production de 15 000 mégawatts d’électricité solaire d’ici 2030, cherche des partenaires pour financer ses projets. La France, avec ses entreprises comme Engie et EDF, est bien placée pour répondre à cette demande.

Une diplomatie algérienne en mouvement

Sur le plan international, Alger maintient une position de neutralité active, refusant de s’aligner sur les blocs géopolitiques. Cette approche lui permet de jouer un rôle de médiateur, comme lors des tensions entre le Maroc et l’Espagne en 2024, ou dans les négociations sur le dossier malien. La coopération avec la France s’inscrit dans cette logique : ni rupture ni dépendance, mais un partenariat pragmatique fondé sur des intérêts communs.

Les défis à venir

Pour l’Algérie, l’enjeu est double : sécuriser ses frontières et ses intérêts stratégiques tout en préservant sa souveraineté. Pour la France, il s’agit de maintenir une influence dans une région où la Chine et la Russie gagnent du terrain. Dans ce contexte, la coopération sécuritaire pourrait servir de socle à une relation plus équilibrée, à condition que les deux parties fassent preuve de flexibilité.

Les prochaines semaines seront déterminantes. Si les engagements pris lors de cette rencontre se concrétisent, notamment en matière de lutte antiterroriste et de sécurité énergétique, cela pourrait ouvrir la voie à une nouvelle phase dans les relations franco-algériennes. Dans le cas contraire, les vieilles tensions pourraient resurgir, rappelant que la diplomatie, surtout entre anciens colonisateurs et colonisés, reste un exercice délicat.

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