Tebboune et la présidentielle algérienne 2024 une formalité annoncée

Le 6 août 2024, Les Échos publiaient une analyse sur le scrutin présidentiel algérien prévu pour décembre de la même année, qualifiant la réélection d’Abdelmadjid Tebboune de « formalité ». Cette affirmation, relayée par plusieurs médias internationaux, s’appuie sur des éléments concrets : l’absence de concurrence crédible, le contrôle des institutions par le pouvoir en place et un contexte politique marqué par la continuité. Pourtant, cette élection soulève des questions sur la participation des femmes dans le processus électoral, leur représentation dans les instances décisionnelles et les défis qui persistent malgré les discours officiels sur l’égalité.

Un paysage politique verrouillé
Depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2019, Abdelmadjid Tebboune a consolidé son emprise sur les leviers de l’État. Les élections législatives de 2021, boycottées par une partie de l’opposition, avaient déjà illustré cette tendance. En 2024, les partis traditionnels comme le Front de libération nationale (FLN) ou le Rassemblement national démocratique (RND) peinent à mobiliser, tandis que les formations islamistes, comme le Mouvement de la société pour la paix (MSP), restent marginalisées. Selon Les Échos, cette configuration laisse peu de place à une alternance, d’autant que les candidatures indépendantes sont soumises à des conditions strictes, notamment la collecte de signatures dans plusieurs wilayas, un obstacle difficile à surmonter sans soutien institutionnel.

Les femmes, qui représentent 49 % de l’électorat selon les chiffres de l’Office national des statistiques (ONS), restent sous-représentées dans les candidatures. Lors des législatives de 2021, seulement 147 femmes avaient été élues à l’Assemblée populaire nationale (APN), soit 31 % des sièges, un chiffre en deçà de la parité fixée par la Constitution de 2020. Pour la présidentielle, aucune femme n’a encore annoncé sa candidature, bien que des figures comme la ministre de la Solidarité nationale, Kaoutar Krikou, ou l’ancienne députée Samia Zennadi soient régulièrement citées comme potentielsouts. Leur absence dans la course reflète un système où les réseaux masculins dominent encore les sphères du pouvoir.

Les femmes dans les institutions : entre avancées légales et blocages structurels
La Constitution de 2020 a introduit des mesures pour renforcer la participation des femmes en politique, notamment l’obligation de parité dans les listes électorales pour les scrutins proportionnels. Pourtant, dans les faits, les partis privilégient souvent des candidates en position non éligible sur les listes, limitant leur accès aux postes décisionnels. Selon un rapport de l’Union européenne publié en 2023, seulement 10 % des maires en Algérie sont des femmes, et leur présence dans les exécutifs locaux reste anecdotique.

Au gouvernement, sur les 28 ministres que compte le cabinet dirigé par Nadir Larbaoui, seules quatre femmes occupent des portefeuilles : Kaoutar Krikou (Solidarité nationale), Soraya Mouloudji (Environnement), Fazia Dahlab (Relations avec le Parlement) et Leila Benali (Énergie et Mines). Ce dernier poste, stratégique dans un pays où les hydrocarbures représentent 90 % des exportations, marque une première. Pourtant, comme le souligne El Watan, la nomination de Leila Benali à la tête du ministère de l’Énergie s’inscrit davantage dans une logique de continuité que de rupture. Ancienne cadre de Sonatrach, elle incarne une technocratie féminine qui peine à s’imposer face aux réseaux traditionnels du pouvoir.

L’emploi et l’autonomisation économique : un chantier inachevé
Si la représentation politique des femmes reste un enjeu, leur autonomisation économique est tout aussi cruciale. Selon la Banque mondiale, le taux d’activité des femmes en Algérie était de 16,6 % en 2023, l’un des plus bas de la région MENA. Les secteurs formels leur sont souvent fermés, et les entrepreneures peinent à accéder au financement. Le gouvernement a lancé plusieurs programmes, comme le Fonds national de soutien à l’emploi des jeunes et des femmes (FNSEJF), mais leur impact reste limité. D’après un rapport de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), seulement 22 % des entreprises créées en 2023 l’ont été par des femmes, et la majorité d’entre elles évoluent dans des secteurs peu rémunérateurs comme le commerce ou les services.

Les obstacles sont multiples : pesanteurs culturelles, manque de formations adaptées, et difficulté à concilier vie professionnelle et familiale. Dans les zones rurales, où vit près de 40 % de la population féminine, les femmes sont encore cantonnées à des rôles traditionnels. Le projet « Moubadara » (Initiative), lancé en 2022 pour promouvoir l’entrepreneuriat féminin, n’a touché que 15 000 bénéficiaires sur les 50 000 prévues, selon les chiffres du ministère de la Solidarité nationale.

Une société civile en quête de voix
Face à ces défis, la société civile tente de se mobiliser. Des associations comme « Femmes en communication » ou « Tharwa Fadhma n’Soumer » militent pour une meilleure représentation des femmes dans les médias et les instances décisionnelles. En mars 2024, une pétition signée par plus de 5 000 personnes a été adressée au président Tebboune pour demander l’application stricte de la parité dans les nominations aux postes de responsabilité. Pourtant, ces initiatives se heurtent à un État qui contrôle étroitement les espaces d’expression. Les manifestations féministes, comme celles organisées en 2021 pour dénoncer les violences faites aux femmes, ont été réprimées, et plusieurs militantes ont été poursuivies pour « atteinte à l’ordre public ».

Une élection sans surprise, mais des attentes persistantes
Si la réélection de Tebboune semble acquise, les attentes des Algériennes restent fortes. Lors de son premier mandat, le président a multiplié les déclarations en faveur de l’égalité, promettant notamment de porter à 30 % la part des femmes dans les conseils d’administration des entreprises publiques. Pourtant, selon le Forum des chefs d’entreprise (FCE), ce taux n’atteignait que 12 % en 2023. De même, la loi de 2015 criminalisant les violences conjugales n’a pas suffi à faire reculer les féminicides, avec 54 cas recensés en 2023 par l’association « SOS Femmes en détresse ».

Dans ce contexte, la présidentielle de 2024 pourrait être l’occasion pour Tebboune de réaffirmer ses engagements. Mais sans mesures concrètes – comme l’instauration de quotas contraignants dans les exécutifs locaux ou un accès facilité au crédit pour les entrepreneures –, les discours risquent de rester lettre morte. Comme le résume une militante associative citée par El Khabar : « Nous ne voulons plus de promesses, mais des actes. Les femmes algériennes méritent mieux que des strapontins. »

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