Tassili menacé le musée du monde

Une urgence pour le patrimoine algérien

Le Tassili n’Ajjer, ce joyau du Sahara algérien classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982, est aujourd’hui menacé. Selon un rapport publié cette semaine par tsa-algerie.com, la dégradation accélérée des sites rupestres, combinée à des pressions environnementales et au manque de moyens de préservation, risque de faire disparaître à jamais l’un des plus grands musées à ciel ouvert de la planète. Pour les entrepreneurs algériens, cette alerte ne concerne pas seulement la conservation du patrimoine : elle révèle aussi des opportunités économiques inexploitées dans le tourisme culturel et les technologies de préservation.

Le Tassili n’Ajjer s’étend sur plus de 72 000 km², principalement dans la wilaya de Djanet. Ses quelque 15 000 peintures et gravures rupestres, datant de plus de 10 000 ans, illustrent l’évolution des sociétés préhistoriques, des chasseurs-cueilleurs aux premiers agriculteurs. Pourtant, malgré son classement par l’UNESCO, le site souffre de plusieurs maux. D’abord, l’érosion naturelle, amplifiée par les changements climatiques, qui fragilise les parois rocheuses. Ensuite, le tourisme de masse non régulé, qui accélère l’usure des sites accessibles comme celui de Jabbaren ou de Tamadjert. Enfin, le manque d’infrastructures de conservation : selon les experts cités par tsa-algerie.com, seulement 10 % des œuvres sont protégées par des systèmes de couverture ou de surveillance.

Les autorités algériennes, conscientes du problème, ont tenté des solutions. En 2023, le ministère de la Culture a lancé un plan de restauration à hauteur de 500 millions de dinars, mais les résultats restent limités. Le directeur du parc culturel du Tassili, M. Ahmed Akli, a reconnu dans une interview à El Watan en 2024 que « les moyens humains et financiers sont insuffisants pour couvrir l’ensemble du site ». Les retards dans la mise en œuvre des projets, comme l’installation de systèmes de surveillance numérique, aggravent la situation.

Pour les entrepreneurs algériens, le Tassili représente bien plus qu’un site archéologique : c’est un levier économique sous-exploité. Le tourisme culturel, encore marginal en Algérie, pourrait générer des milliers d’emplois. Selon une étude de la Banque africaine de développement (BAD) publiée en 2025, le secteur du tourisme culturel africain représente déjà 12 milliards de dollars par an. L’Algérie, avec son patrimoine inestimable, pourrait en capter une part significative. Pourtant, aujourd’hui, le pays ne accueille que 2,5 millions de touristes par an, contre 10 millions pour le Maroc voisin.

Les opportunités sont multiples. D’abord, la restauration des sites : des entreprises spécialisées dans la conservation du patrimoine pourraient développer des solutions adaptées au climat saharien. Par exemple, des systèmes de surveillance par drone ou des revêtements protecteurs innovants, comme ceux testés en Tunisie sur les sites de Dougga. Ensuite, l’écotourisme : des agences locales pourraient proposer des circuits éducatifs, en partenariat avec les communautés touarègues, pour valoriser le site tout en limitant son impact. Enfin, la numérisation : des startups algériennes pourraient créer des plateformes de visite virtuelle, comme celle développée pour les pyramides d’Égypte, permettant de générer des revenus sans dégrader les sites.

Le gouvernement algérien a tenté d’encourager ce secteur. En 2025, le ministère du Tourisme a lancé un fonds de 1 milliard de dinars pour soutenir les projets touristiques dans les wilayas du Sud. Mais les critères d’attribution restent flous, et les entrepreneurs locaux dénoncent un manque de transparence. « Les appels à projets sont souvent réservés à des entreprises nationales déjà établies, sans réel accès pour les startups », confie un entrepreneur de Djanet à Liberté en 2025.

L’exemple du Maroc, voisin, est instructif. Le pays a développé une stratégie agressive pour son tourisme culturel, avec des résultats concrets. Le site de Volubilis, par exemple, attire plus de 300 000 visiteurs par an, générant des revenus estimés à 5 millions de dollars. L’Algérie pourrait s’inspirer de cette approche, en misant sur des partenariats public-privé pour financer la préservation et la promotion des sites.

Pourtant, le défi est de taille. La région du Tassili est isolée, avec des infrastructures routières et hôtelières insuffisantes. Les coûts logistiques, notamment pour acheminer des matériaux de restauration, sont prohibitifs. Enfin, la question de la propriété intellectuelle se pose : qui détient les droits sur les images des peintures rupestres ? Une startup algérienne développant une application de visite virtuelle a été bloquée en 2025 après des litiges avec le ministère de la Culture.

Malgré ces obstacles, certains entrepreneurs algériens tentent de saisir l’opportunité. À Alger, la startup Algeria Heritage Lab a développé un système de numérisation 3D des sites archéologiques, déjà testé sur des grottes de Kabylie. « Notre objectif est de créer une base de données accessible aux chercheurs et au grand public, tout en générant des revenus via des licences », explique son fondateur, M. Yacine Benali, dans une interview à El Khabar en 2025. Mais le projet, encore à l’état de prototype, manque de soutien financier.

À Djanet, une coopérative de femmes touarègues, Tassili M’Gharan, a lancé en 2024 une initiative de tourisme communautaire. Elles proposent des visites guidées dans leur dialecte, avec des ateliers de fabrication d’artisanat local. « Nous voulons montrer que notre patrimoine est vivant, pas seulement des pierres », déclare Fatima, l’une des membres, à TSA. L’initiative a attiré une centaine de touristes en 2024, mais le manque de promotion et de financements limite son expansion.

Le cas du Tassili n’Ajjer est emblématique des défis et des opportunités de l’Algérie en matière de patrimoine et d’entrepreneuriat. D’un côté, la dégradation accélérée du site menace une partie de l’histoire mondiale. De l’autre, les solutions existent : restauration, écotourisme, numérisation. Mais pour que ces initiatives voient le jour, il faut un cadre réglementaire clair, des financements accessibles et une volonté politique forte.

À retenir pour les entrepreneurs
Le Tassili n’Ajjer représente un marché potentiel de plusieurs milliards de dinars pour les entreprises spécialisées dans la préservation, le tourisme culturel et la numérisation. Les appels à projets du ministère du Tourisme en 2025 ciblent notamment les wilayas du Sud, mais les critères restent restrictifs. Les startups locales pourraient combiner innovation technologique et partenariats communautaires pour créer des modèles durables.

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