Waniss Taïbi, milieu de terrain de l’équipe nationale algérienne, a récemment soulevé une question cruciale pour le football local : la saturation des postes en sélection. Dans une déclaration exclusive à DZfoot, le joueur de 23 ans, formé à l’USM Alger avant de rejoindre le KV Courtrai en Belgique, a expliqué les défis auxquels font face les jeunes talents algériens pour s’imposer chez les Verts.
« Les postes sont chers en sélection », a-t-il lancé sans détour. Cette phrase résume une réalité que peu osent aborder publiquement. Taïbi, qui a fait ses débuts internationaux en 2024, pointe du doigt la forte concurrence dans des secteurs clés comme le milieu de terrain et les ailes offensives. « Quand tu vois des joueurs comme Bennacer, Feghouli ou Mahrez qui occupent les mêmes positions depuis des années, tu te dis que chaque place se gagne au prix d’un combat », a-t-il ajouté.
Cette déclaration intervient dans un contexte où l’Algérie peine à renouveler son effectif. Malgré des performances honorables lors des dernières compétitions, comme la CAN 2023 où les Fennecs ont atteint les quarts de finale, la sélection reste dépendante d’une génération dorée vieillissante. Riyad Mahrez, 33 ans, et Sofiane Feghouli, 34 ans, continuent d’occuper des rôles centraux, tandis que des jeunes comme Taïbi ou Rayan Aït-Nouri (23 ans) attendent leur tour.
Le cas de Taïbi illustre cette problématique. Malgré des performances solides en club, notamment en Jupiler Pro League où il a disputé 28 matchs la saison dernière, il n’a été appelé qu’à six reprises en sélection. « Je ne dis pas que je mérite une place automatique, mais il faut donner leur chance aux jeunes. Sinon, on risque de se retrouver avec un trou générationnel après 2026 », a-t-il souligné.
Cette situation reflète un débat plus large sur la gestion des talents en Algérie. Contrairement à des pays comme le Maroc ou la Tunisie, où des joueurs comme Achraf Hakimi (25 ans) ou Hannibal Mejbri (20 ans) ont été intégrés tôt en équipe A, l’Algérie tarde à faire confiance à ses jeunes. Selon des statistiques de la FIFA, l’âge moyen des joueurs algériens lors des matchs internationaux en 2024 était de 28,3 ans, contre 26,1 ans pour le Maroc et 25,8 ans pour la Tunisie.
Les clubs locaux, souvent critiqués pour leur manque de formation, ne facilitent pas la tâche. Waniss Taïbi lui-même a dû quitter l’Algérie pour progresser. « À l’USM Alger, j’ai appris les bases, mais c’est en Europe que j’ai pu me développer techniquement et physiquement. Beaucoup de jeunes n’ont pas cette opportunité », a-t-il expliqué. Son parcours rappelle celui d’autres talents algériens comme Hicham Boudaoui, passé par l’OGC Nice, ou Adam Ounas, formé à Bordeaux.
Pourtant, des signes d’espoir existent. Le sélectionneur Vladimir Petković, en poste depuis 2024, a commencé à tester de nouveaux visages. Lors des derniers matchs amicaux, des joueurs comme Mohamed Amoura (22 ans, Union Saint-Gilloise) ou Farès Chaïbi (21 ans, Eintracht Francfort) ont été titularisés. « Petković a montré qu’il était prêt à prendre des risques. C’est une bonne chose, mais il faut que ça devienne une habitude, pas une exception », estime Taïbi.
Cette transition générationnelle s’annonce d’autant plus cruciale que l’Algérie vise une qualification pour la Coupe du Monde 2026. Avec un groupe relevé comprenant le Sénégal, la RD Congo et le Togo, les Verts ne peuvent se permettre de compter uniquement sur leurs vétérans. « Si on veut jouer les premiers rôles en Afrique et dans le monde, il faut anticiper. Sinon, on va revivre les échecs de 2018 et 2022 », avertit Taïbi.
La Fédération algérienne de football (FAF) semble consciente du problème. En 2025, elle a lancé un programme de détection des jeunes talents, avec des centres régionaux à Alger, Oran et Constantine. « L’objectif est d’identifier les joueurs de 15 à 18 ans et de les préparer pour l’équipe nationale », a déclaré le directeur technique national, Youcef Belaili, à l’APS. Cependant, les résultats de ces initiatives ne seront visibles que dans plusieurs années.
En attendant, des joueurs comme Waniss Taïbi continuent de se battre pour gagner leur place. « Je ne lâcherai pas. Chaque entraînement, chaque match en club, c’est une chance de montrer que je mérite d’être là », a-t-il conclu. Son message s’adresse autant à ses coéquipiers qu’aux dirigeants du football algérien : la relève doit être préparée maintenant, pas demain.