L’usine Fiat de Tafraoui, près d’Oran, vient d’intégrer un cinquième sous-traitant algérien dans son écosystème industriel. Selon MotorsActu, ce nouveau partenaire, la société Sarl Metallor, spécialisée dans la fabrication de pièces métalliques pour l’automobile, rejoint quatre autres entreprises locales déjà engagées dans la production de composants pour les modèles assemblés sur place. Ce renforcement s’inscrit dans la stratégie de Stellantis, qui vise à porter à 45 % le taux d’intégration locale d’ici fin 2025, contre 30 % actuellement.
Un réseau qui s’étoffe
Les quatre sous-traitants existants – Condor Electronics, SNVI, Cirta Métal et Algerian Automotive Components – fournissent déjà des éléments comme les faisceaux électriques, les sièges, les systèmes de freinage et les pièces de carrosserie. Metallor, basée à Sidi Bel Abbès, apportera des pièces embouties et des structures métalliques pour les modèles Fiat 500 et Tipo, actuellement produits à Tafraoui. « Cette collaboration permet de réduire les coûts logistiques et de renforcer la compétitivité de notre production », a déclaré un responsable de Stellantis Algérie, cité par MotorsActu.
Le groupe franco-italien, qui a investi plus de 120 millions d’euros dans son usine oranaise depuis 2017, emploie directement 1 200 personnes. Avec l’arrivée de Metallor, une centaine d’emplois supplémentaires devraient être créés, principalement dans la wilaya de Sidi Bel Abbès. « L’objectif est de former une filière automobile algérienne capable de répondre aux standards internationaux », a précisé le même responsable.
Des défis logistiques et réglementaires
Malgré ces avancées, des obstacles persistent. Les délais d’approvisionnement en matières premières, souvent importées, restent un frein à la production. « Les aciers et les alliages viennent principalement d’Europe ou de Turquie, ce qui allonge les cycles de fabrication », explique un cadre de SNVI. Par ailleurs, les procédures douanières et les fluctuations du dinar compliquent la gestion des stocks.
Le ministère de l’Industrie a récemment annoncé un plan pour faciliter l’accès aux devises et accélérer les dédouanements. « Nous travaillons avec la Banque d’Algérie pour simplifier les transactions et réduire les délais », a indiqué un haut fonctionnaire du ministère, sans donner de détails concrets. Ces mesures, si elles sont appliquées, pourraient permettre à Stellantis d’atteindre son objectif de 45 % d’intégration locale plus rapidement.
Un modèle pour d’autres secteurs ?
L’expérience de Stellantis à Tafraoui pourrait servir de référence pour d’autres industries. Le groupe Renault, qui assemble des véhicules à Oued Tlelat, a également lancé un appel d’offres pour des sous-traitants locaux. « L’automobile peut tirer vers le haut des filières comme la métallurgie, la plasturgie ou l’électronique », estime un expert du secteur, interrogé par El Watan.
Cependant, les PME algériennes peinent encore à répondre aux exigences techniques et qualitatives des constructeurs. « Les normes ISO et les certifications européennes sont un passage obligé, mais beaucoup d’entreprises n’ont pas les moyens de se mettre à niveau », souligne un consultant en industrie. Pour y remédier, l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI) a lancé en 2024 un programme de soutien aux sous-traitants, incluant des formations et des aides financières.
Perspectives économiques
Si Stellantis parvient à atteindre son objectif de 45 % d’intégration locale, cela pourrait réduire de 15 à 20 % le coût de production des véhicules assemblés en Algérie. « Cela rendrait nos modèles plus compétitifs sur le marché local et africain », affirme un responsable marketing de Fiat Algérie. Le groupe exporte déjà une partie de sa production vers la Tunisie et le Maroc, mais vise désormais des marchés comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal.
Pour l’Algérie, cette dynamique représente une opportunité de diversifier son économie, encore largement dépendante des hydrocarbures. « L’industrie automobile peut créer des emplois qualifiés et stimuler l’innovation », estime un économiste de l’université d’Alger. Reste à savoir si les autres secteurs, comme l’agroalimentaire ou la pharmacie, sauront s’inspirer de ce modèle pour développer leurs propres chaînes de valeur locales.