Les étudiants algériens qui choisissent la Tunisie pour leurs études supérieures se heurtent à une réalité brutale : des stages non rémunérés, souvent imposés comme condition d’obtention du diplôme, dans des conditions proches du travail dissimulé. Selon Jeune Afrique, cette pratique, largement répandue dans les filières médicales, paramédicales et techniques, expose des milliers de jeunes à des abus, tout en révélant les failles d’un système éducatif et professionnel transfrontalier mal régulé. Pour les entrepreneurs algériens et la diaspora, ce phénomène pose des questions cruciales sur la formation des compétences, l’attractivité des marchés régionaux et les risques d’exode des talents.
Des stages obligatoires, mais sans contrepartie
Le cas des étudiants en médecine est emblématique. Dans les hôpitaux tunisiens, les internes algériens, souvent envoyés par leurs universités d’origine, se voient confier des tâches similaires à celles des professionnels de santé, sans statut clair ni compensation financière. « On nous demande de faire des gardes de 24 heures, comme les médecins résidents, mais sans salaire ni reconnaissance officielle », explique un étudiant en sixième année de médecine cité par le magazine. Cette situation, qui touche aussi les filières paramédicales, crée une main-d’œuvre gratuite pour des établissements déjà sous pression, tout en privant les jeunes de droits élémentaires.
Un système transfrontalier à double tranchant
Pour les entrepreneurs algériens, cette situation pose plusieurs problèmes. D’abord, elle dévalorise la formation des jeunes diplômés, qui arrivent sur le marché du travail avec une expérience souvent mal reconnue, voire exploitée. Ensuite, elle crée une distorsion de concurrence : des cliniques ou entreprises tunisiennes bénéficient d’une main-d’œuvre gratuite, tandis que leurs homologues algériennes, soumises à des règles plus strictes, peinent à recruter des stagiaires sans les rémunérer. Enfin, elle risque d’alimenter un exode des compétences, les jeunes diplômés préférant s’installer en Tunisie ou ailleurs plutôt que de rentrer en Algérie, où les opportunités professionnelles restent limitées.
La diaspora algérienne, actrice malgré elle
Pour les entrepreneurs de la diaspora, ce phénomène soulève une question cruciale : comment valoriser les compétences acquises à l’étranger ? Beaucoup de jeunes diplômés algériens formés en Tunisie reviennent en Algérie avec un diplôme reconnu, mais une expérience professionnelle peu valorisée. Les startups et PME algériennes, qui manquent cruellement de main-d’œuvre qualifiée, pourraient pourtant tirer parti de ces profils. À condition, toutefois, que les stages effectués à l’étranger soient encadrés et reconnus à leur juste valeur.
Quelles solutions pour les entrepreneurs et les institutions ?
Pour les entrepreneurs algériens, cette crise est aussi une opportunité. En proposant des stages rémunérés et encadrés, ils pourraient attirer les jeunes diplômés formés en Tunisie, tout en renforçant leur image d’employeurs responsables. Certaines startups algériennes, notamment dans le secteur de la santé et des technologies, commencent déjà à cibler ces profils, en mettant en avant des conditions de travail attractives. Enfin, la diaspora pourrait jouer un rôle de facilitateur, en créant des réseaux d’entraide entre étudiants algériens en Tunisie et entrepreneurs en Algérie.
Un enjeu pour l’économie algérienne
Pour les entrepreneurs algériens, cela signifie une pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée, notamment dans les secteurs stratégiques comme la santé ou l’ingénierie. À l’inverse, une meilleure régulation des stages transfrontaliers pourrait transformer cette mobilité étudiante en atout, en permettant aux jeunes de se former à l’étranger avant de revenir enrichir le tissu économique algérien.
À retenir pour les entrepreneurs
Les stages non rémunérés en Tunisie exposent les jeunes Algériens à des abus, tout en privant l’Algérie de compétences clés. Pour les entrepreneurs, cette situation offre une opportunité de recruter des profils formés à l’étranger, à condition de proposer des conditions de travail attractives. Une harmonisation des règles entre l’Algérie et la Tunisie serait un premier pas pour sécuriser ces parcours professionnels.
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