Sonelgaz mise sur l’export électrique

Sonelgaz frappe fort cette semaine avec l’exportation de 200 bornes de recharge électrique vers le Portugal. Une première pour l’Algérie, qui confirme sa volonté de se positionner comme hub énergétique en Méditerranée. Derrière ce contrat, un signal clair pour les entrepreneurs locaux : l’économie verte n’est plus une option, mais une filière en construction.

L’opportunité s’inscrit dans un mouvement plus large. Le Portugal, pionnier en énergies renouvelables, cherche à accélérer sa transition énergétique. Sonelgaz, via sa filiale Sonelgaz International, a remporté l’appel d’offres pour fournir ces bornes, livrées cette semaine. Le montant du contrat n’a pas été divulgué, mais des sources proches du dossier évoquent un contrat de plusieurs millions d’euros, avec une marge significative pour l’État algérien.

Pour les entrepreneurs algériens, ce contrat ouvre trois pistes concrètes. D’abord, la fabrication locale de composants. Les bornes exportées sont des modèles standardisés, mais leur assemblage ou la production de pièces détachées (câbles, boîtiers, systèmes de gestion) pourrait être externalisée. Sonelgaz a déjà lancé des appels à partenariats avec des PME pour des projets similaires en Afrique, selon des responsables à Alger.

Ensuite, la maintenance et les services. Le Portugal devra assurer le suivi technique de ces bornes, une niche où les startups algériennes pourraient s’imposer. Des entreprises comme Green Energy Algeria (GEA) ou Inetum Algérie, déjà actives dans les smart grids, ont les compétences pour se positionner. Leur atout ? Une main-d’œuvre qualifiée et des coûts compétitifs par rapport aux prestataires européens.

Enfin, l’effet de levier pour les infrastructures. Ce contrat valide la stratégie de Sonelgaz, qui mise sur les énergies renouvelables pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures. En 2025, le groupe a annoncé un plan d’investissement de 1,2 milliard de dollars dans les réseaux intelligents et le stockage d’énergie. Les entrepreneurs qui développeront des solutions pour ces réseaux (autoconsommation, gestion de l’excédent, bornes connectées) auront accès à un marché captif.

Une stratégie alignée sur les ambitions européennes

L’export vers le Portugal s’inscrit dans le cadre du projet de liaison électrique entre l’Algérie et l’Europe, connu sous le nom de Mediterranean Electricity Highway. Ce projet, piloté par Sonelgaz et des partenaires européens, vise à interconnecter les réseaux algérien, marocain et espagnol d’ici 2027. Le contrat des 200 bornes est un test grandeur nature pour évaluer la fiabilité des équipements algériens avant une intégration à plus grande échelle.

Pour les investisseurs, l’enjeu est double. D’un côté, les bornes exportées sont produites par une entreprise chinoise, mais Sonelgaz a exprimé son intention de développer une filière locale. D’ici 2028, le groupe prévoit d’assembler 30 % des bornes destinées au marché africain sur le territoire national. Les entrepreneurs intéressés doivent donc se préparer à des appels d’offres pour la localisation de la production.

De l’autre, l’Europe accélère ses plans verts. En juin 2026, Bruxelles a annoncé un fonds de 25 milliards d’euros pour les énergies renouvelables, incluant des projets transfrontaliers avec l’Afrique du Nord. Sonelgaz, déjà en discussion avec des fonds européens pour des cofinancements, pourrait servir de relais pour les PME algériennes souhaitant accéder à ces financements.

Les freins à lever

Malgré ce contrat, des obstacles persistent. D’abord, la dépendance aux importations. Les 200 bornes expédiées vers le Portugal sont fabriquées en Chine, un choix dicté par les coûts et les délais. Pour inverser la tendance, Sonelgaz et le ministère de l’Énergie doivent accélérer les partenariats industriels. En 2024, le groupe a signé un mémorandum avec le groupe allemand Siemens pour la production de batteries, mais le projet n’a pas encore abouti.

Ensuite, la réglementation. Les normes européennes pour les bornes de recharge sont strictes, avec des exigences en matière de sécurité et de cybersécurité. Les PME algériennes devront obtenir des certifications comme la CE, un processus long et coûteux. Des initiatives comme le Centre national de certification électrique (CNCE) à Alger tentent de simplifier ces démarches, mais les délais restent un point de friction.

Enfin, la logistique. Le transport des bornes vers le Portugal a nécessité une coordination complexe entre Sonelgaz, les douanes algériennes et les autorités portuaires d’Oran. Pour les futurs exportateurs, cela implique d’anticiper les coûts de transport et les délais, surtout pour des produits sensibles comme les équipements électriques.

Un écosystème à construire

Ce contrat est un signal pour la diaspora algérienne. Des profils comme l’ingénieur Mourad Benachenhou, basé à Lisbonne et spécialisé dans les réseaux intelligents, pourraient jouer un rôle de pont entre les deux marchés. Son expertise en intégration de systèmes pourrait être mise à profit pour des projets conjoints. Des réseaux comme l’Association des professionnels algériens en Europe (APAE) pourraient faciliter ces échanges.

Les incubateurs algériens ont aussi un rôle clé. Le Startup Act de 2018 a créé des dispositifs comme les Zones économiques spéciales (ZES) pour attirer les talents de la diaspora. Des villes comme Oran ou Sétif, où Sonelgaz a des infrastructures, pourraient devenir des hubs pour les startups vertes. Le défi ? Attirer les porteurs de projets vers ces zones et leur offrir des incitations fiscales claires.

À retenir pour les entrepreneurs
L’export des 200 bornes par Sonelgaz vers le Portugal confirme l’Algérie comme acteur de l’économie verte en Méditerranée. Les entrepreneurs locaux peuvent cibler trois niches : l’assemblage de bornes, la maintenance des infrastructures et les solutions logicielles pour les smart grids. Les PME doivent se préparer aux certifications européennes et aux appels d’offres de Sonelgaz, qui prévoit de localiser 30 % de sa production d’ici 2028.

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