L’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), via sa filiale Sénalia, anticipe une baisse drastique de ses exportations pour la campagne 2024-2025. Selon Portail Réussir, les volumes devraient être divisés par deux par rapport à l’année précédente, une situation qui interroge la stratégie d’autosuffisance alimentaire du pays et ses capacités à répondre aux besoins internes.
Une chute des volumes à l’export
L’Algérie, traditionnellement exportatrice de blé dur, de semoule et de dérivés céréaliers vers des marchés comme la Tunisie, la Libye ou certains pays d’Afrique subsaharienne, voit ainsi sa marge de manœuvre se réduire. Cette contraction des exportations pourrait également affecter les recettes en devises du pays, déjà sous pression en raison de la volatilité des cours mondiaux des hydrocarbures.
Pression sur la production locale
Cette situation contraste avec les objectifs fixés par les autorités algériennes, qui misent sur une augmentation progressive de la production pour réduire la dépendance aux importations. En 2023, l’Algérie avait importé près de 8 millions de tonnes de céréales, principalement de blé tendre, pour un coût estimé à plus de 2 milliards de dollars. La réduction des exportations pourrait donc refléter une priorité accordée à la couverture des besoins internes, au détriment des opportunités commerciales.
Enjeux pour la sécurité alimentaire
Par ailleurs, la dépendance aux importations expose l’Algérie aux fluctuations des prix mondiaux. En 2022, la guerre en Ukraine avait provoqué une flambée des cours du blé, mettant en lumière la vulnérabilité du pays face aux crises géopolitiques. Bien que les prix se soient stabilisés depuis, la menace d’une nouvelle volatilité persiste, renforçant la nécessité de renforcer la production locale.
Stratégies alternatives et défis structurels
Cependant, ces mesures se heurtent à des défis structurels. Le secteur agricole algérien souffre d’un manque de mécanisation, d’un accès limité aux financements pour les petits producteurs et d’une bureaucratie souvent pointée du doigt pour son inefficacité. Sans une refonte en profondeur des politiques publiques, les objectifs d’autosuffisance risquent de rester hors de portée.
Impact sur les acteurs économiques
Les partenaires commerciaux de l’Algérie, notamment en Afrique du Nord et subsaharienne, devront également s’adapter à cette nouvelle donne. Certains pays pourraient se tourner vers d’autres fournisseurs, comme la Turquie ou la Russie, pour combler leurs besoins en céréales. Cette reconfiguration des flux commerciaux pourrait affaiblir la position de l’Algérie sur le marché régional.
Un signal pour les politiques publiques
L’Algérie dispose pourtant d’atouts pour relever ce défi. Son vaste territoire, ses ressources hydriques potentielles et son expérience dans la culture céréalière pourraient lui permettre de rebondir. Mais cela nécessitera une volonté politique forte et une approche coordonnée entre les différents acteurs du secteur.
En attendant, la réduction des exportations céréalières en 2024-2025 rappelle que la sécurité alimentaire reste un enjeu prioritaire pour le pays. Sans une action déterminée, l’Algérie risque de voir ses marges de manœuvre se réduire encore davantage, avec des conséquences directes sur son économie et sa stabilité sociale.