La pollution atmosphérique en Algérie atteint des niveaux alarmants, avec des conséquences sanitaires et économiques de plus en plus visibles. Selon des données récentes relayées par des médias spécialisés comme Allo Docteurs, le pays figure parmi les nations africaines les plus touchées par ce fléau, aux côtés d’autres États du continent. Les particules fines et les émissions industrielles, combinées à une urbanisation rapide, exposent des millions d’Algériens à des risques accrus de maladies respiratoires et cardiovasculaires.
Des chiffres préoccupants
Les études citées par Allo Docteurs révèlent que la pollution de l’air en Algérie contribue à une hausse des cas d’asthme, de bronchites chroniques et d’accidents vasculaires cérébraux. À Alger, Oran et Annaba, les concentrations de PM2,5 – ces particules fines capables de pénétrer profondément dans les poumons – dépassent régulièrement les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Une situation qui rappelle celle de New Delhi, où Le Monde a rapporté en décembre 2025 plus de 200 000 cas de maladies respiratoires en trois ans, attribués à la pollution.
Les sources du problème
Plusieurs facteurs expliquent cette détérioration de la qualité de l’air. Les émissions des véhicules, souvent vétustes et mal entretenus, représentent une part importante de la pollution urbaine. Selon des experts locaux, près de 40 % du parc automobile algérien roule encore avec des moteurs diesel ou essence de première génération, sans filtres à particules. Les zones industrielles, comme celle d’Arzew ou de Skikda, ajoutent à cette pression environnementale, avec des rejets non contrôlés dans l’atmosphère.
Le secteur énergétique, dominé par la production d’électricité à partir de centrales thermiques au gaz et au fioul, est également pointé du doigt. La Sonelgaz, principale entreprise publique du secteur, a reconnu dans un rapport récent que certaines de ses installations, vieillissantes, émettent des quantités significatives de dioxyde de soufre et d’oxydes d’azote. Ces polluants, en plus de dégrader la qualité de l’air, contribuent à l’acidification des sols et à la formation de pluies acides.
Un impact sanitaire sous-estimé
Les autorités sanitaires algériennes commencent à mesurer l’ampleur des dégâts. Le ministère de la Santé a récemment publié des statistiques indiquant une augmentation de 15 % des hospitalisations pour maladies respiratoires chez les enfants de moins de cinq ans dans les grandes villes. À l’hôpital Mustapha Pacha d’Alger, les services de pneumologie enregistrent une hausse des consultations pour bronchites aiguës et emphysèmes, directement liées à l’exposition aux polluants.
Les maladies cardiovasculaires, première cause de mortalité en Algérie, sont également aggravées par la pollution. Allo Docteurs a souligné dans un reportage récent que les Algériens présentent un risque accru d’infarctus du myocarde en raison de l’inhalation prolongée de particules fines. Une étude menée par l’Institut national de santé publique (INSP) a établi un lien entre les pics de pollution à Alger et une augmentation de 8 % des admissions aux urgences pour crises cardiaques.
Des solutions en discussion
Face à cette crise, des mesures commencent à émerger. Le gouvernement a annoncé en 2025 un plan national de réduction des émissions, incluant le renouvellement du parc automobile et l’adoption de normes Euro 6 pour les nouveaux véhicules. La Sonelgaz a également lancé un programme de modernisation de ses centrales, avec l’objectif de réduire de 30 % ses émissions d’ici 2030. Ces initiatives, bien que nécessaires, restent insuffisantes pour les associations environnementales comme Greenpeace Algérie, qui réclament des actions plus radicales, comme l’interdiction des véhicules diesel dans les centres-villes.
Sur le plan médical, les hôpitaux algériens tentent de s’adapter. Le CHU de Bab El Oued a mis en place une unité spécialisée dans les maladies liées à la pollution, tandis que des campagnes de sensibilisation sont menées dans les écoles pour informer les enfants des risques encourus. Le ministère de la Santé a également renforcé les contrôles sanitaires dans les zones industrielles, en collaboration avec l’Agence nationale de protection de l’environnement (ANPE).
Un coût économique lourd
Au-delà des conséquences sanitaires, la pollution atmosphérique pèse sur l’économie algérienne. Selon une étude de la Banque mondiale citée par El Watan, les coûts directs et indirects de la pollution de l’air – soins médicaux, absentéisme au travail, baisse de productivité – pourraient représenter jusqu’à 2 % du PIB annuel. Un chiffre qui place l’Algérie parmi les pays les plus touchés du continent, derrière l’Égypte et l’Afrique du Sud.
Les entreprises sont également affectées. Dans les zones industrielles comme celle de Rouïba, les travailleurs exposés aux polluants souffrent plus fréquemment de maladies professionnelles, entraînant des arrêts de travail et des coûts supplémentaires pour les employeurs. La Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI) a récemment alerté sur la nécessité d’investir dans des technologies propres pour préserver la compétitivité des entreprises locales.
Vers une prise de conscience collective ?
La question de la pollution atmosphérique commence à s’imposer dans le débat public. Les réseaux sociaux algériens relaient de plus en plus d’images de ciels voilés par les particules, tandis que des collectifs citoyens organisent des marches pour réclamer un air plus sain. À Oran, une pétition lancée par des habitants du quartier d’El Hamri a recueilli plus de 10 000 signatures pour demander la fermeture d’une usine accusée de rejets toxiques.
Les médias jouent également un rôle clé dans cette prise de conscience. El Moudjahid et L’Expression ont multiplié les reportages sur les effets de la pollution, tandis que des émissions comme Allo Docteurs diffusent des conseils pour limiter l’exposition aux polluants. Pourtant, malgré ces efforts, les experts estiment que les mesures actuelles restent en deçà des besoins. Comme le souligne un pneumologue de l’hôpital de Blida, « la pollution de l’air est une bombe à retardement. Si rien n’est fait, les générations futures paieront un prix très lourd. »
Un défi pour l’avenir
L’Algérie se trouve à un carrefour. D’un côté, son développement économique et industriel nécessite des investissements massifs dans des secteurs polluants. De l’autre, la santé de sa population et la préservation de son environnement exigent des choix radicaux. Les prochaines années seront déterminantes pour savoir si le pays parviendra à concilier croissance et qualité de l’air. Une chose est sûre : sans une action coordonnée entre les pouvoirs publics, les entreprises et les citoyens, la pollution atmosphérique continuera de faire des victimes silencieuses.