Revue de presse : Travaux publics Algérie, Femmes Algérie, Relations Algérie Tunisie…

**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan sans le nommer**

L’Algérie contemporaine est un pays où les contradictions ne sont plus des accidents de parcours, mais le moteur même de son fonctionnement. Les actualités des dix derniers jours dessinent une cartographie inquiétante : un État qui mise tout sur les hydrocarbures tout en appelant à les dépasser, une jeunesse célébrée dans les stades mais ignorée dans les usines, des femmes absentes des débats nationaux alors que leur corps devient un champ de bataille géopolitique, et une société civile réduite au rôle de spectatrice impuissante d’un système qui se reproduit par inertie. Derrière les communiqués officiels et les chiffres flatteurs se cache une réalité plus âpre : l’Algérie est un pays en apesanteur, suspendu entre la nostalgie d’un modèle rentier et l’urgence d’une transition qui ne vient pas.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de dialectique entre ces différents domaines. Chaque secteur semble évoluer dans un silo étanche, comme si l’Algérie était une somme de compartiments étanches plutôt qu’un organisme vivant. Pourtant, des fils rouges relient ces actualités en apparence disparates : la dépendance aux ressources naturelles, la gestion autoritaire de l’espace public, et l’incapacité chronique à transformer les potentialités en leviers de développement. Examinons ces dynamiques à travers trois prismes : l’économie politique de la rente, la guerre des corps et des symboles, et l’épuisement des imaginaires collectifs.

**1. La rente, ou l’éternel retour du même**

**Hydrocarbures : le piège des prix "librement négociés"**

Pourtant, les signes d’épuisement sont là. Les contrats alloués à Pertamina pour le transport des hydrocarbures révèlent une dépendance accrue aux partenaires étrangers, alors même que l’Algérie se targue de son indépendance énergétique. Pire : la libéralisation des prix du gaz pour les industriels annonce une segmentation du marché, où les petits consommateurs (ménages, PME) paieront le prix fort d’une transition mal maîtrisée. On pense à Frédéric Lordon et sa théorie des « affects capitalistes » : ici, la rente ne produit pas seulement de la richesse, mais une capture affective de l’État par les intérêts des élites, qui préfèrent gérer la pénurie plutôt que de risquer une révolution économique.

**Travaux publics : le théâtre de la modernité**

Les déséquilibres territoriaux persistent (comme le souligne la réunion sur l’organisation territoriale du pays), et les projets de transport restent concentrés dans les grandes villes, creusant le fossé entre un Nord urbanisé et un Sud abandonné. Le lancement de la ligne Alger-Libreville via Douala par Air Algérie est symptomatique : l’Algérie se rêve en hub régional, mais sans une véritable stratégie industrielle ou touristique, ces connexions aériennes restent des coquilles vides. On exporte des sièges d’avion, pas des richesses durables.

**Exportations : l’agriculture high-tech, ou l’illusion de la diversification**

La rencontre avec le président du Conseil d’affaires algéro-mauritanien est révélatrice : l’Algérie cherche des débouchés pour ses produits, mais sans remettre en cause un modèle économique qui privilégie la rente à la valeur ajoutée. On vend des tomates, pas de la technologie. On exporte des hydrocarbures, pas des cerveaux.

**2. La guerre des corps : femmes, médicaments et souveraineté symbolique**

**Femmes : le corps algérien, champ de bataille géopolitique**

Ce silence n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de contrôle des corps, où l’État et les conservateurs religieux se rejoignent pour maintenir les femmes dans un rôle subalterne. Le parallèle avec la Tunisie est éclairant : alors que Tunis a dépénalisé l’avortement dès 1973, l’Algérie traîne des pieds, comme si le corps des femmes était une variable d’ajustement dans un équilibre politique fragile. En Algérie, on parle de « valeurs traditionnelles » pour justifier l’oppression, comme on parle de « stabilité » pour justifier l’immobilisme.

**Médicaments : la pénurie comme arme politique**

Pire : cette dépendance aux laboratoires étrangers révèle une faille béante dans le modèle algérien. Alors que le pays exporte du gaz et des tomates, il est incapable de produire ses propres médicaments génériques. On parle de « souveraineté alimentaire », mais où est la souveraineté sanitaire ? La crise des médicaments n’est pas qu’une question logistique, c’est le symptôme d’un État qui a abandonné toute ambition industrielle au profit d’une gestion court-termiste de la rente.

**3. La jeunesse et la société civile : l’Algérie face à ses fantômes**

**Jeunesse : entre stades et chômage de masse**

Pourquoi cette schizophrénie ? Parce que la jeunesse algérienne est à la fois un symbole et un problème. Symbole, car elle incarne l’avenir d’un pays qui se veut moderne. Problème, car elle représente une menace pour un système qui n’a rien à lui offrir. Les « Cliniques d’été » du Real Madrid sont une aubaine pour les médias officiels : elles permettent de montrer une jeunesse dynamique, sans avoir à parler des usines qui ferment, des universités sous-financées ou des cerveaux qui fuient à l’étranger.

**Société civile : l’impuissance organisée**

Le chômage des diplômés, thème récurrent au Maghreb, est un révélateur de cette impuissance. L’Algérie produit des milliers de diplômés chaque année, mais son économie ne crée pas d’emplois qualifiés. Résultat : une génération de surdiplômés condamnés à l’exil ou à l’économie informelle. L’État algérien préfère gérer la pénurie que de risquer une révolution des compétences.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins (ou comment éviter l’effondrement)**

L’Algérie de 2026 est un pays qui avance à reculons. Elle mise sur les hydrocarbures tout en sachant qu’ils sont une impasse. Elle célèbre sa jeunesse tout en la condamnant au chômage. Elle parle de souveraineté tout en dépendant de l’étranger pour ses médicaments et sa nourriture. Ce qui manque, ce n’est pas les ressources, c’est une vision.

Trois scénarios se dessinent :

1. Le scénario de l’effondrement différé : L’Algérie continue à gérer la rente, à acheter la paix sociale avec des subventions, et à étouffer toute velléité de changement. Les infrastructures se multiplient

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