Revue de presse : Tramway Algérie, Innovation Algérie, Technologie Algérie…

**L’algérie en mouvement : une modernité en tension**

**LES INFRASTRUCTURES COMME MIROIR D’UNE AMBITION NATIONALE**

D’abord, l’effet d’entraînement économique reste limité. Les tramways et métros, bien que nécessaires, peinent à s’articuler avec une industrie locale défaillante. Le cas du tramway destiné au Sénégal – encore au stade de projet – interroge : l’Algérie exporte-t-elle son savoir-faire ou ses excédents de capacité, dans une logique de rentabilisation des investissements plutôt que de coopération durable ? Ensuite, ces infrastructures masquent mal les déséquilibres territoriaux. Bab Ezzouar, pôle universitaire et économique, bénéficie d’une gare flambant neuve, tandis que les zones rurales, où vivent encore 40% de la population, restent à l’écart de ces dynamiques. Le contraste est saisissant avec les mobilisations des agriculteurs français, qui rappellent que la modernisation ne se décrète pas : elle se négocie avec les acteurs du terrain.

Enfin, la question de la maintenance et de la pérennité se pose avec acuité. Le lancement du site web de Setram pour les clients du tramway d’Alger est un pas vers la digitalisation des services, mais il intervient dans un contexte où les infrastructures existantes (comme le métro) souffrent parfois de retards et de dysfonctionnements. La modernité algérienne ressemble à ces buildings d’Alger-Centre : des façades rutilantes, mais des ascenseurs en panne.

**INNOVATION ET PRÉCARITÉ : LE PARADOXE ÉTUDIANT**

Le système éducatif algérien, héritier d’un modèle postcolonial élitiste, produit des diplômés dont les compétences ne correspondent pas toujours aux besoins du marché. Les appels à partenariat pour les Doctoriales 2024 sur l’entrepreneuriat et la recherche illustrent cette prise de conscience : il faut désormais lier formation et création de valeur, sous peine de voir les cerveaux s’exiler ou se reconvertir dans des secteurs informels. Pourtant, les freins sont nombreux :
Un écosystème de recherche fragmenté : les projets PRIMA (Partenariat pour la recherche et l’innovation en Méditerranée) visent à fédérer les chercheurs méditerranéens, mais l’Algérie peine à y jouer un rôle moteur, faute de moyens et de coordination entre universités et entreprises.
Des inégalités de genre persistantes : la carrière des femmes en sciences se heurte encore aux préjugés, comme le souligne une étude récente. Dans un pays où les femmes représentent 60% des diplômés universitaires, leur sous-représentation dans les postes à responsabilité (y compris dans la recherche) révèle un plafond de verre institutionnel.
Une précarité qui mine les vocations : les étudiants algériens, souvent contraints de travailler pour financer leurs études, n’ont ni le temps ni les ressources pour innover. La comparaison avec la Côte d’Ivoire, où des bourses d’excellence sont distribuées pour encourager les talents, est cruelle : en Algérie, l’innovation reste un luxe.

**SANTÉ ET PHARMACIE : ENTRE RÉFORMES ET RENTIERISME**

Plusieurs enjeux se croisent ici :
1. La souveraineté sanitaire : l’Algérie importe encore 70% de ses médicaments, malgré un potentiel industriel sous-exploité. La crise du Covid-19 a montré les risques de cette dépendance, mais les investissements locaux peinent à décoller, faute d’incitations fiscales et de stabilité réglementaire.
2. Le rôle des pharmaciens : leur expertise est reconnue comme déterminante pour une politique de santé performante, mais leur statut reste précaire. Beaucoup complètent leurs revenus par des activités parallèles, ce qui affaiblit leur engagement dans la recherche ou la prévention.
3. La gestion des déchets : la plaidoirie pour valoriser 30 à 40% des déchets en Algérie (dont les déchets pharmaceutiques) est révélatrice. Le pays produit 13 millions de tonnes de déchets par an, mais seulement 5% sont recyclés. La modernisation du secteur pharmaceutique passe aussi par une économie circulaire, encore balbutiante.

**DIPLOMATIE ET SOUVERAINETÉ : L’ALGÉRIE ENTRE ANKARA ET PARIS**

Pourtant, cette diplomatie active bute sur des limites internes :
L’économie algérienne reste dépendante des hydrocarbures : malgré les discours sur la diversification, 90% des exportations sont toujours liées au pétrole et au gaz. Les accords avec la Turquie ou le Vietnam (coopération agricole) ne suffiront pas à compenser cette vulnérabilité.
Les tensions régionales persistent : le conflit au Sahara occidental et les rivalités avec le Maroc continuent de peser sur la stabilité du Maghreb, limitant les marges de manœuvre d’Alger.

**FEMMES ET AGRICULTURE : LES GRANDES OUBLIÉES DU DÉVELOPPEMENT**

1. L’agriculture, parent pauvre de la modernisation :
– Le secteur emploie 10% de la population active, mais ne contribue qu’à 12% du PIB. Les coopérations avec le Vietnam (croissance commerciale) ou les dynamiques observées en Polynésie française (résilience face aux défis climatiques) montrent que l’Algérie pourrait tirer profit de son potentiel agricole… si elle investissait dans la formation, les infrastructures et l’accès au crédit.
– Les agriculteurs algériens, comme leurs homologues français, souffrent de la volatilité des prix et du manque de soutien public. Pourtant, contrairement à la France, où les mobilisations paysannes sont structurées, le monde rural algérien reste atomisé, sans relais politique fort.

2. Les femmes rurales, actrices invisibles :
– La Journée internationale des femmes rurales met en lumière leur rôle clé dans la sécurité alimentaire, mais aussi leur précarité. En Algérie, elles représentent 60% de la main-d’œuvre agricole, mais ne possèdent que 5% des terres.
– Les comparaisons avec l’Afghanistan (où l’accès aux soins pour les femmes rurales est un défi) ou la Côte d’Ivoire (où des chefs de communautés promeuvent l’éducation des filles) soulignent une réalité algérienne : les progrès en matière de droits des femmes restent urbains et élitistes.

**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : VERS UNE ALGÉRIE À DEUX VITESSES ?**

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