La Banque africaine de développement (BAD) a annoncé récemment le lancement d’un projet innovant de téléphérique urbain à Kigali, la capitale rwandaise. Selon African Development Bank Group, cette initiative, une première en Afrique centrale et de l’Est, vise à désengorger le trafic routier tout en offrant un mode de transport durable et accessible. Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation des infrastructures urbaines sur le continent, une tendance que l’Algérie pourrait observer avec intérêt, notamment dans le cadre de ses propres défis de mobilité.
Un modèle de transport alternatif pour les villes africaines
Le téléphérique de Kigali, dont les travaux devraient s’achever d’ici 2027, reliera plusieurs quartiers densément peuplés de la ville, dont Kimironko, Kacyiru et le centre des affaires. D’une longueur de 12 kilomètres, il transportera jusqu’à 4 000 passagers par heure dans chaque sens, avec des cabines espacées de 30 secondes en heure de pointe. Selon la BAD, ce système permettra de réduire les temps de trajet de près de 60 % par rapport aux bus traditionnels, tout en limitant les émissions de CO₂.
Le choix du téléphérique s’explique par sa capacité à s’adapter aux reliefs accidentés de Kigali, une contrainte géographique qui complique le déploiement de métros ou de tramways classiques. Le projet inclut également des mesures d’accompagnement social, comme la formation de techniciens locaux et la création d’emplois dans la maintenance des infrastructures. La BAD a souligné que ce modèle pourrait inspirer d’autres villes africaines confrontées à des défis similaires, notamment en matière de congestion et de pollution.
Des enseignements pour l’Algérie
L’expérience rwandaise offre plusieurs pistes de réflexion pour l’Algérie, où les projets de transport urbain peinent parfois à se concrétiser malgré des besoins criants. Alger, Oran ou Constantine, par exemple, pourraient étudier la faisabilité de téléphériques pour desservir des zones en hauteur ou mal connectées aux réseaux existants. Le téléphérique de Tlemcen, inauguré en 2017, a déjà démontré l’efficacité de ce mode de transport dans un contexte local, mais son utilisation reste limitée à un usage touristique.
Un déploiement plus large de téléphériques urbains en Algérie présenterait plusieurs avantages. D’abord, leur coût de construction est inférieur à celui d’un tramway ou d’un métro – environ 15 à 20 millions de dollars par kilomètre, contre 40 à 80 millions pour un tramway. Ensuite, leur mise en œuvre est plus rapide, avec des délais de deux à trois ans, contre cinq à dix ans pour un métro. Enfin, leur impact environnemental est réduit, avec une consommation énergétique moindre et une intégration paysagère facilitée.
Cependant, des obstacles persistent. Les téléphériques nécessitent des études techniques approfondies pour garantir leur sécurité, notamment en cas de vents violents ou de pannes techniques. Par ailleurs, leur capacité limitée (comparée à un métro) les rend plus adaptés à des lignes secondaires qu’à des axes structurants. En Algérie, où les projets de transport public sont souvent critiqués pour leur lenteur, une approche progressive, combinant téléphériques et extensions de tramways, pourrait être envisagée.
Un financement clé pour la réussite des projets
Le projet rwandais est financé à hauteur de 120 millions de dollars par la BAD, avec une participation du gouvernement rwandais et de partenaires privés. Ce montage financier pourrait servir de référence pour l’Algérie, où les budgets publics sont sous pression en raison de la baisse des recettes pétrolières. La BAD a indiqué que ce type de partenariat public-privé (PPP) permettait de partager les risques tout en accélérant la réalisation des infrastructures.
En Algérie, les PPP restent peu exploités dans le secteur des transports, malgré leur potentiel. Le tramway d’Oran, par exemple, a été entièrement financé par l’État, ce qui a alourdi la charge budgétaire. Une diversification des sources de financement, incluant des investisseurs privés ou des institutions internationales comme la BAD, pourrait permettre de multiplier les projets sans grever les finances publiques. Le gouvernement algérien a d’ailleurs exprimé son intention de recourir davantage aux PPP dans son plan de relance économique, mais les résultats concrets tardent à se matérialiser.
Vers une intégration régionale des solutions de mobilité
Au-delà des frontières nationales, le projet de Kigali s’inscrit dans une vision panafricaine de développement des infrastructures. La BAD a souligné que ce téléphérique pourrait être connecté à terme à d’autres modes de transport, comme le réseau de bus rapides (BRT) déjà en place dans la ville. Cette approche multimodale est essentielle pour créer des systèmes de transport intégrés, capables de répondre aux besoins croissants des populations urbaines.
Pour l’Algérie, cette intégration pourrait se traduire par une meilleure coordination entre les différents modes de transport, notamment entre les tramways, les bus et les téléphériques. Le pays dispose déjà d’un réseau ferroviaire en expansion, mais les liaisons entre les villes et les zones périurbaines restent insuffisantes. Un plan national de mobilité durable, incluant des solutions innovantes comme les téléphériques, pourrait combler ces lacunes tout en réduisant la dépendance à la voiture individuelle.
Le projet rwandais rappelle que l’innovation en matière de transport urbain ne se limite pas aux métropoles occidentales. En adaptant des solutions éprouvées ailleurs aux réalités locales, l’Algérie pourrait accélérer sa transition vers des villes plus durables et plus inclusives. La clé réside dans une planification rigoureuse, un financement diversifié et une volonté politique sans faille.